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La réforme du lycée professionnel présentée par Emmanuel Macron (dossier)

5 mai 2023

Réformer les lycées professionnels : faire du lycée professionnel un choix d’avenir pour les jeunes et les entreprises

Le président de la République a présenté, le jeudi 4 mai 2023, la réforme des lycées professionnels qui se déploiera progressivement à partir de la rentrée scolaire 2023. Le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse et la ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels s’engagent à transformer la voie professionnelle pour qu’elle assure l’avenir de tous les élèves, au plus près de leurs besoins et de leurs aspirations, et réponde à la promesse républicaine d’égalité des chances.

Extrait de de education.gouv.fr du 04.05.23

Les 12 mesures

Mesure 1 : Gratifier les périodes de stages des élèves de la voie professionnel dès la rentrée 2023
Rentrée scolaire 2023 : Application à tous les lycées

Mesure 2 : Permettre des enseignements aux savoirs fondamentaux en classes réduites
Rentrée scolaire 2023 : Application dans les lycées professionnels volontaires
Rentrée scolaire 2024 : Application dans tous les lycées professionnels

Mesure 3 : Permettre aux élèves de choisir des options
Rentrée scolaire 2023 : Application dans les lycées professionnels volontaires
Rentrée scolaire 2024 : Application dans tous les lycées professionnels

Mesure 4 : Organiser l’année de terminale en lien avec le projet de l’élève : obtenir un diplôme puis, accéder à l’emploi, soit poursuivre ses études
Rentrée scolaire 2023 : Application pour les élèves qui entreront en classe de première (1re session du baccalauréat professionnel en 2025)

Mesure 5 : Créer trois nouveaux dispositifs pour prévenir les risques de décrochage pendant et après le lycée :
Rentrée scolaire 2023 : Application dans tous les lycées professionnels

Mesure 5.1 : Créer un dispositif Tous droits ouverts, qui coordonne le lycée et les partenaires locaux de l’accompagnement pour proposer très tôt aux élèves en risque de décrochage scolaire toute une palette de solutions
Rentrée scolaire 2023 : Application dans tous les lycées professionnels

Mesure 5.2 : Créer un dispositif Ambition emploi, offrant un filet de sécurité pour aider les jeunes sans solution, avec ou sans diplôme après leurs années au lycée, à trouver leur voie
Rentrée scolaire 2023 : Application pour les jeunes sans solution

Mesure 5.3 : Ouvrir un Parcours de consolidation, qui permet de multiplier les chances des bacheliers professionnels qui poursuivent leurs études en BTS d’obtenir leur diplôme.
Rentrée scolaire 2023 : Expérimentation dans les lycées volontaires
Rentrée scolaire 2024 : Généralisation à l’ensemble des académies

Mesure 6 : Mieux préparer l’insertion professionnelle grâce à des partenariats extérieurs.
Rentrée scolaire 2023 : Accompagnement de 50% des élèves en année terminale souhaitant s’insérer après leur diplôme
Rentrée scolaire 2024 : Accompagnement de 100% des élèves en année terminale souhaitant s’insérer après leur diplôme

Mesure 7 : Adapter l’offre de formation pour préparer l’avenir professionnel des jeunes en fixant des objectifs ambitieux :

Mesure 8 : Passer de 4 500 à 20 000 le nombre de places en formation de spécialisation en Bac + 1 à la rentrée 2026, afin de faciliter l’insertion professionnelle des lycéens.

Mesure 9 : Créer un bureau des entreprises dans chaque lycée.
Rentrée scolaire 2023 : Application à tous les lycées

Mesure 10 : Permettre aux professeurs volontaires d’exercer de nouvelles missions rémunérées pour favoriser la réussite et un meilleur accompagnement des élèves.
Rentrée scolaire 2023 : Application pour les professeurs en lycée professionnel volontaires

Mesure 11 : Accompagner une prise de fonction réussie des nouveaux chefs d’établissement de lycée professionnel.
Rentrée scolaire 2023 : Déploiement de la nouvelle offre de formation destinée aux chefs d’établissement et à leurs adjoints nouvellement affectés
Rentrée scolaire 2024 : Déploiement de la nouvelle offre de formation destinée aux cadres y compris pour les cadres déjà en poste

Mesure 12 : Permettre une nouvelle approche pédagogique du lycée professionnel autour du projet de l’élève.

 

Réforme du lycée professionnel : les annonces de Macron posent la question de leur mise en œuvre
Gratification des stages, révision de la carte des formations, objectif zéro décrocheur… Le président de la République a présenté, jeudi 4 mai, à Saintes (Charente-Maritime), les grands axes de cette réforme, qu’il prône depuis la campagne présidentielle.

Par Sylvie Lecherbonnier

Quelle est la vocation du lycée professionnel ? Emmanuel Macron l’oriente résolument vers l’emploi « et le bon emploi ». « Le but, c’est que chacun puisse trouver un bon métier, un métier avec un bon salaire, et qui a du sens », écrit le chef de l’Etat dans une tribune sur le sujet publiée sur Facebook et LinkedIn, mercredi 3 mai.

Accompagné des ministres de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, du travail, Olivier Dussopt, et de l’enseignement professionnel, Carole Grandjean, le président de la République présente, jeudi 4 mai, à Saintes (Charente-Maritime), les grandes lignes de cette réforme qu’il ne cesse de mettre en avant depuis la campagne présidentielle, avec un fort accent mis sur les relations école-entreprises.

M. Macron affiche son ambition pour « cette cause nationale » avec 1 milliard d’euros d’investissement prévu. « Nous ne sommes pas au rendez-vous de la promesse que nous avons faite à cette jeunesse, estime le chef de l’Etat, à Saintes. Nous doublons les inégalités. Ce n’est pas la faute des enseignants, c’est le système qui est mal fichu. » [...]

Extrait de lemonde.fr du 04.05.23

 

Lycée professionnel : Macron enfonce le clou

« Ce n’est pas simplement une réforme dont je suis venu parler aujourd’hui. C’est une cause nationale. Parce que je crois que les élèves qui sont là ont toutes les raisons d’être fiers d’être dans ces voies » a déclaré le Président en introduction de ses annonces sur le lycée professionnel dont il estime que le système « est mal-fichu ». C’est ce jeudi 4 mai qu’Emmanuel Macron a enfin tracé les grandes lignes de la réforme engagée depuis près d’un an. Pour le Président qui évoque un milliard d’euros par an, cette réforme doit répondre à trois objectifs : viser le 0 décrocheur, 100% d’insertion pour les jeunes et « reconnaître l’engagement des professeurs de lycées professionnels ».

Mettre fin au décrochage scolaire

Pour Emmanuel Macron, la découverte des métiers dès la Cinquième permettra de limiter les orientations subies, « un choix par défaut », et de créer des vocations. « C’est pourquoi, à partir de la rentrée prochaine, à partir de la cinquième, chaque élève se verra proposer dans son cursus pédagogique un temps dédié à la découverte des métiers » a déclaré le président. « On aura des professionnels, des enseignants de lycée professionnel qui pourront aller dans les établissements présenter leur métier… Des collectivités locales et des entreprises viendront présenter les métiers, les besoins, les métiers qui sont en tension, les métiers de demain ». Les enseignants de lycées professionnels seront donc particulièrement associés à la découverte de leurs formations en classe de Cinquième.

Le Président a aussi évoqué un « effort de vérité sur les débouchés des filières professionnelles ». « Nous afficherons les taux d’insertion et de poursuite d’études par filière et par établissement, mis au regard du besoin d’emploi… Toute famille et tout élève, au printemps prochain, aura la possibilité de dire quand il voit dans tel établissement, telle filière, combien des élèves sont allés vers un BTS ou une autre formation dans le supérieur ou combien sont allés vers un emploi et en ont eu un ». Et le discours est clair, quand une filière ne mène pas à l’emploi, elle sera tout simplement fermée.

Autre élément pour atteindre le 0 décrocheur, un effort en termes de moyens pour accompagner les élèves en difficulté scolaire. Le Président promet plus de travail en petits groupes, plus de suivi personnalisé, un enseignement plus adapté aux besoins des élèves. « Ce sont les chefs d’établissement avec la communauté pédagogique qui doivent évaluer les besoins et en fonction de cela, on pourra avoir des heures de mathématiques et de français qui pourront être allouées ». Les élèves allophones et en situation de handicap seront aussi mieux accompagnés promet le Président. C’est dans le cadre du Pacte que les enseignants exerceront ces missions. Des cours optionnels, comme des cours d’entreprenariat ou d’une seconde langue vivante, seront aussi proposés.

Pour finir, dès la fin du premier trimestre, si un élève présente des signes de décrochage, le dispositif « Tous droits ouverts » lui sera proposé. Ce dispositif permettra « lorsque les professeurs et le proviseur seront inquiets pour un jeune qui s’absente, décroche, ils pourront agir immédiatement, sans attendre l’expiration de délais administratifs, qui sont préjudiciables à l’intérêt du jeune et de manière collégiale, en fonction de l’évaluation qu’ils font, de pouvoir travailler avec la Mission locale, les écoles de la deuxième chance, les EPIDES, pour mobiliser sans délai les bonnes solutions pour les élèves et éviter qu’on gâche complètement une année scolaire et qu’on laisse une situation de déscolarisation s’installer ».

Objectif : 100% d’insertion

Pour le Président il existe beaucoup trop de filières qui présentent trop peu de débouchés. Il s’agit donc selon lui d’adapter la carte de formation en fonction des besoins. « Quand il y a un mauvais taux d’accès à l’enseignement supérieur et à l’emploi, il ne faut pas garder la formation » évoque Emmanuel Macron qui annonce une carte des métiers en tension et une carte des métiers en devenir (numérique, nucléaire, renouvelable) qui seront définies selon trois prismes. « Quand on a une formation dans un établissement où il y a un mauvais taux d’accès à l’enseignement supérieur et un mauvais taux d’accès à l’emploi, c’est une formation qu’il ne faut pas garder… Quand on peut avoir des formations sur lesquelles beaucoup de jeunes vont s’orienter vers l’emploi, il faut absolument la garder, même s’il y en a peu qui choisissent les voies supérieures. Le deuxième instrument, c’est la carte des métiers en tension… Puis, c’est la carte des métiers en devenir. On sait qu’à horizon de 5 ou 10 ans, la nation aura besoin encore plus de former certaines compétences. Ces trois instruments, c’est-à-dire la réalité des débouchés, les métiers en tension d’aujourd’hui et les métiers en devenir doivent nous conduire à réaménager nos cartes de formation de manière beaucoup plus transparente et courageuse, c’est-à-dire de fermer là où il faut et d’ouvrir plus massivement là où il le faut ». Cette évolution de la carte ne doit pas « se faire depuis Paris » a rappelé le Président mais au plus près du terrain, des établissements.

Autre levier pour atteindre l’objectif de 100% d’insertion : le mentorat. Pour le Président dont l’objectif est que 100% des lycéens volontaires aient un mentor en 2025, « le mentorat, c’est donner un réseau aux élèves qui n’en ont pas ».

Et toujours, dans cet objectif d’insertion, l’année de Terminale est modifiée. Emmanuel macron évoque de la « souplesse ». Le baccalauréat aura lieu plus tôt dans l’année, à l’image de ce qui se déroule en lycée général et technologique. Et en fonction du projet de l’élève, la fin de l’année scolaire n’aura plus la même coloration. « Pour ceux qui voudront immédiatement s’insérer professionnellement avec le bac en poche, la durée des stages sera augmentée de 50 % (passant ainsi à 12 semaines) et ils seront accompagnés par Pôle emploi, France Travail, tout au long de leur année scolaire, pour les aider à avoir un contact avec les employeurs potentiels et les aider à une transition… On va adapter leur terminale si leur projet n’est pas de poursuivre des études supérieures. Pour les autres, ils auront une période de quatre semaines de cours supplémentaires pour mieux préparer leur entrée en BTS ». Le nouveau bac sera effectif dès septembre 2023 pour tous les élèves qui entrent en première professionnelle.

Le président annonce aussi des formations complémentaires dans le cadre d’une spécialisation sur une année et un recrutement important de professeurs associés, « des professionnels spécialistes de leur métier pour épauler les enseignants ». Il ne s’est pas appesanti sur le rôle de ces derniers dans le parcours des élèves. Et comme le lycée est une « troisième voie » selon Emmanuel Macron, il faut « créer plus de lien entre monde éducatif et professionnel ». Pour cela, il évoque la mise en place d’un « bureau des entreprises » dans chaque établissement. « Le bureau aura pour mission d’accompagner les jeunes dans la recherche des stages, de suivre la qualité des stages ou de l’apprentissage, de développer des partenariats, en lien avec le chef d’établissement et les enseignants ».

Pour finir, les stages seront dorénavant indemnisés car les élèves « seront d’autant plus motivés qu’ils auront une indemnité de stage progressive ». 50 euros la semaine en seconde ( et première année de CAP), 75 en première, 100 en terminale. Tout cela à la charge de l’état, pour un cout de 420 millions sur les un milliard d’euros supplémentaires par an alloué au lycée professionnel.

Et lorsque les élèves auront leur bac en poche, ils pourront compter sur le soutien de leur professeurs de lycée s’il sont en difficulté en première année de BTS (un dispositif d’heures de soutien est prévu) et de France Travail s’ils ont décidé d’entrer sur le marché du travail.

Revalorisation des enseignants

Les enseignants de lycées professionnels se voient proposer un Pacte « sur mesure » afin de « reconnaître leur engagement ». Sur le milliard alloué, 285 millions y seront dédiés. Remplacements de courte durée, cours dédoublés, coordination du CNR de cartographie, interventions des parcours de consolidation, accueils de collégiens sur les plateaux techniques, accompagnement des élèves en BTS… seront au menu de ces missions complémentaires. Contrairement à leurs collègues de primaire, de collège, de lycée général et technologique, les professeurs de lycées professionnels n’auront pas le choix. S’ils veulent pouvoir bénéficier du pacte, ils devront signer pour l’ensemble des missions. Il s’agira donc de deux heures hebdomadaires supplémentaires de face à face pédagogique pour les enseignants « pactés ». « Ce sera la participation à l’ensemble des nouveaux dispositifs du lycée professionnel, des options, l’intervention dans les parcours de consolidation, l’intervention dans le dispositif Ambition emploi, les accueils de collégiens sur les plateaux techniques pour l’orientation ». En contrepartie, chaque enseignant pourra prétendre à une augmentation pouvant aller jusqu’à 7500 euros bruts annuels. Soit entre 680 à 780 euros par mois. « Le rôle de ces enseignants volontaires sera enrichi. Ils deviendront également l’interface entre les lycées et les entreprises, les institutions, les partenaires et tous les acteurs du service public de l’emploi ». Et pour piloter tout cela, les chefs d’établissement « seront plus autonomes pour tracer le chemin qu’ils souhaitent emprunter avec leurs équipes, pour accompagner ces élèves vers la réussite ». Ils verront leur rémunération revalorisée et auront des indicateurs plus précis et des objectifs pour « contractualiser ».

Faire du lycée professionnel une voie d’excellence, un choix motivé pour les élèves et non une orientation subie, voilà l’objectif affiché par le gouvernement. Pour autant, on peut interroger cette volonté de mettre fin à une « orientation subie » si celle-ci dépend uniquement des besoins à court et moyen terme des entreprises situées dans le bassin d’emploi. La mise en concurrence des établissements selon les taux d’emploi des filières, l’exclusion des élèves dès la fin du premier trimestre de seconde, la fin du baccalauréat professionnel comme diplôme d’accès au supérieur, l’incidence de la réforme de la carte des formation sur les professeurs en poste… sont autant de points qui laissent présager une rupture sans précédent. Cette réforme semble loin d’être ambitieuse pour les élèves qu’elle accueille et ne semble pas répondre à leurs besoins des élèves et à ceux de leurs enseignants.

Lilia Ben Hamouda

Extrait de cafepedagogique.net du 05.05.23

 

Lycée professionnel : rien ne va pour les syndicats

Alors que les syndicats avaient dès l’automne dernier signifié leur désaccord sur la réforme du lycée annoncée par le Président, le gouvernement a décidé de faire fi d’une grande partie de leurs objections. Le SNUEP-FSU, la CFDT et SUD éducation réagissent.

Au SNUEP-FSU, à la CFDT et chez SUD éducation, les annonces passent mal. Même si Sigrid Gerardin du SNUEP-FSU reconnait « qu’aider financièrement les élèves des lycées pros est une bonne chose ». Pour autant, la secrétaire générale du syndicat voit dans le conditionnement de cette aide à l’effectivité des stages un mauvais signal de plus à l’endroit des professeurs des lycées professionnels (PLP). « C’est jeter le discrédit sur le travail global effectué dans les lycées professionnels par les professeurs. La voie professionnelle scolaire présente des spécificités : les cours en atelier, les cours en classe et les stages. Décider de ne valoriser que les stages révèle la vision étriquée et réactionnaire du gouvernement. C’est penser la formation professionnelle initiale des jeunes au seul prisme du travail, celui de la simple reproduction des gestes techniques et non de la formation globale et équilibrée entre savoirs généraux, savoirs professionnels en établissement et la mise en application des connaissances acquises au lycée durant les stages ».

« De la main d’œuvre gratuite pour les entreprises »

« Si ce sont uniquement les stages qui sont valorisés alors pourquoi n’avoir pas exiger des entreprises une contribution financière ? » interroge-t-elle. « Pour rappel, les entreprises ne sont pas formatrices pour nos élèves, en stage nos élèves travaillent. Il sont souvent mis sur des tâches subalternes et répétitives et, très souvent , ils et elles sont affectés sur des postes de salariés absents ou en congés ou encore sur des activités liées à un accroissement temporaire d’activité de l’entreprise. Sans ce vivier très important de stagiaires, les entreprises seraient obligées de recruter. Il serait donc logique qu’elles contribuent à la rémunération de nos élèves. En finançant les stages avec de l’argent public le gouvernement, avec la complicité du ministre de l’Éducation Nationale, dévoile sa vision et son objectif pour nos élèves de lycée professionnel : offrir aux entreprises de la main d’œuvre gratuite. Exit le projet ambitieux de les former globalement et solidement. On est ici sur la même logique que beaucoup d’autres mesures qui prétendent lutter contre le chômage des jeunes : distribuer de l’argent public sans condition aux entreprises ». Sigrid Gerardin rappelle que le SNUEP-FSU « porte depuis toujours l’exigence d’une allocation d’études conditionnée à l’entrée dans la voie professionnelle scolaire pour remédier aux problèmes spécifiques rencontrés par les élèves ». Des élèves qui sont majoritairement issus de classes populaires et donc « souvent obligés de chercher des jobs pour subsister. Ils cumulent de la fatigue qui de fait est défavorable à leur réussite scolaire ».

Pour la CFDT et ses deux fédérations Éducation, Fep et Sgen, « les mesures contre le décrochage et pour l’insertion professionnelle vont dans le bon sens ». Même si « la gratification des stages reconnait l’investissement des élèves, elle ne résout pas l’ensemble des difficultés » déplorent les syndicats. « Il faut aussi améliorer la dimension formative des stages et combattre leurs biais discriminants – genre, origine sociale, territoires. Autant de points qui nécessiteront l’engagement des structures accueillantes ».

Revalorisation : »un nouveau signe de mépris

Sur le volet revalorisation des enseignants et d’un pacte spécifique au lycée professionnel, là aussi, le SNUEP-FSU fait part de son mécontentement. « Comme pour tous les autres enseignants, nous dénonçons ce pacte qui revient à travailler plus pour gagner plus, pour augmenter du pouvoir d’achat alors qu’au regard de l’inflation, même avec des missions supplémentaires, les enseignants en perdent ». Et sur le fait qu’il s’agisse d’un pacte spécifique aux professeurs de lycées professionnels, Sigrid Gerardin y voit aussi un mauvais signal. « Il n’y a eu aucune concertation. On voit que c’est une réforme autoritaire, où les décisions sont prises en haut. Il y aurait quatre missions. Deux quantifiables qui seront liées à la réforme qu’ils ont décidés de nous imposer alors même qu’elle est fortement contestée. Deux autres aux contours encore assez flous. On attend donc les textes officiels pour une analyse plus précise en attendant l’intersyndicale doit se réunir ».

Pour la CFDT, cette revalorisation est un « super pacte Lycée Professionnel », elle y voit un « nouveau signe du mépris et de la méconnaissance de la réalité de leur investissement au service des élèves. La CFDT refuse l’idée d’ajouter du travail à des personnels déjà épuisés. Elle revendique que l’ensemble des taches déjà effectuées soient rémunérées à leur juste valeur ».

Carte des formations : un « adéquationnisme forcené »

Quant aux formations en fonction du territoire, du bassin d’emploi, Le SNUEP-FSU dénonce un « adéquationnisme forcené » des cartes de formation qui seraient dépendantes des besoins économiques locaux, des intérêts particuliers des entreprises locales. « C’est une rupture d’égalité entre les jeunes puisqu’en fonction de leur lieu géographique de scolarisation et de vie, ils ne pourront pas accéder aux formations de leur choix. C’est une instrumentalisation du parcours scolaire des jeunes pour répondre aux besoins des entreprises ». Et s’il y a un problème de conjoncture économique et que des entreprises délocalisent ou ferment, qu’en sera-t-il de ces jeunes formés spécifiquement aux besoins de celles-ci ? interroge la responsable syndicale. « On aura formé des jeunes uniquement sur un métier spécifique lié à une entreprise – et pas à un métier plus global. C’est prendre un gros risque pour l’avenir professionnel de ces derniers ».

Pour SUD éducation aussi rien ne va. « Sous couvert de promouvoir “l’excellence”, Macron procède à la mise à sac de l’enseignement professionnel » déclare le syndicat dans un communiqué. « L’adaptation des filières aux réalités économiques locales scelle la soumission de l’enseignement professionnel aux besoins des entreprises et non aux besoins de notre société à travers la reconversion écologique de notre économie par exemple. Cette territorialisation de l’enseignement va contraindre les élèves à s’orienter vers une filière qu’elles et ils n’auront pas choisie mais qui leur sera imposée par l’offre de formation locale décidée par le patronat local ». Quant à l’indemnisation avec « des fonds publics », le syndicat y voit un choix de « sous-payer les élèves en stage avec des indemnités allant de 1,4 € de l’heure pour les élèves de seconde professionnelle à 2,8 € de l’heure en terminale ». Et l’allongement des périodes de stages sont autant de « perte de centaines d’heures d’enseignement pour les élèves et des suppressions de postes sans précédent dans les lycées professionnels » déclare-t-il. Quant à la revalorisation, il la juge inacceptable. « Ces annonces montrent à quel point la volonté d’augmenter le temps de travail des personnels va de pair avec celle de mettre l’école au service de l’entreprise en développant la découverte des métiers dès la classe de cinquième » conclut le syndicat.

Ainsi, pour les syndicats, les annonces présidentielles du jour n’annoncent rien de bon pour le lycée professionnel, déclaré grande cause nationale par le Président.

Lilia Ben Hamouda

Extrait de cafepedagogique.net du 05.05.23

 

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Enseignement professionnel : les réactions syndicales aux annonces d’E. Macron

Les organisations syndicales réagissent au mieux avec des interrogations, pour la plupart très négativement aux annonces d’Emmanuel Macron, hier 4 avril, sur la réforme de l’enseignement professionnel. Toutes dénoncent le pacte qu sera proposé aux enseignants des lycées professionnels.

Pour le SNUEP, "on va vers une transformation en profondeur, sur le modèle de l’apprentissage" du lycée professionnel. Sigrid Gérardin, co-secrétaire générale du syndicat FSU de l’enseignement professionnel, interrogée par ToutEduc, estime que le travail des enseignants est dévalorisé, notamment du fait de l’entrée dans les établissements d’acteurs économiques et des agents de "France travail", "comme s’ils étaient plus compétents que les professeurs". Elle dénonce surtout l’absence de toute référence à une élévation du niveau de qualification. "Les élèves ont besoin de plus de temps d’enseignement. Depuis la mise en place du bac pro en 3 ans, les problèmes n’ont fait que s’amplifier. Le ministère annonce la multiplication des années complémentaires à bac +1, mais c’est du bricolage." Elle s’inquiète aussi de l’obligation qui sera faite aux enseignants du domaine professionnel de "se former en entreprise ou dans un campus des métiers a minima tous les trois ans" et de mesures qui vont dans le sens d’une annualisation du temps de travail. Autre sujet de fond pour le SNUEP, "une individualisation forcenée des enseignements aux dépens du groupe classe".

L’ensemble des syndicats de la FSU (SNUEP, SNES, SNEP, SNETAP, SUI) "dénoncent la forme et le fond de cette réforme" qui "signe un transfert progressif mais avancé de la voie professionnelle scolaire vers le ministère du travail et à la solde des branches professionnelles" : "Les jeunes des lycées professionnels ne sont plus considérés comme des élèves en formation mais comme une main d’œuvre immédiatement exploitable" tandis que les personnels se voient offrir "de vastes plans de reconversion et un pacte pour travailler plus". Les organisations syndicales estiment notamment que "les perspectives de poursuite d’étude en BTS sous statut scolaire sont remises en cause pour l’ensemble des élèves", que "l’évolution de la carte des formations est prise uniquement sous le prisme de l’adéquationisme forcené" et que le pacte constitue "une véritable provocation envers les personnels des lycées professionnels".

Le SNETAA n’est pas moins inquiet. Le syndicat FO de l’enseignement professionnel "s’opposera à toute carte des formations totalement adéquationniste qui limiterait l’éventail de formations pour les jeunes" et il met en garde "contre la concurrence entre apprentis et élèves gratifiés". S’il n’est pas opposé au principe de la gratification qui permet de donner aux élèves "une meilleure estime de soi", il aurait préféré que les entreprises soient encouragées à reconnaitre l’investissement des élèves pendant les stages tandis que l’État pouvait revaloriser les bourses, promouvoir des "incitations pour l’accession à la culture" et "discuter sur un statut spécifique du lycéen professionnel". L’organisation de la classe de terminale lui paraît "impossible" à mettre en oeuvre : "80 % des bacheliers pro s’inscrivent sur parcoursup pour effectuer des études supérieures ; la réponse de parcoursup n’intervenant qu’en juillet, les élèves ne pourront pas choisir avant cette date." Et surtout, l’organisation syndicale estime que la réforme oublie que "le rôle du LP (est) de former le jeune à un métier, pas à un emploi (...). Il ne s’agit pas de donner plus de temps d’entreprises aux jeunes (...) mais de plus d’école et mieux d’école."

Pour sa part, "le SNALC accueille avec de fortes craintes les annonces faites par le président de la République sur une énième réforme de la voie professionnelle". Le syndicat des lycées et collèges dénonce "l’instrumentalisation des lycées professionnels au service des branches professionnelles" et un "adéquationnisme à courte vue". L’organisation syndicale dénonce également "l’allongement de 50% des périodes de formation en classe de terminale, quand bien même il ne concernerait pas 100% des élèves". Elle alerte "sur la volonté de multiplier les mentions complémentaires" plutôt que de "retrouver un parcours en 4 ans pour la majorité des élèves". Quant au Pacte, qui représente "une rémunération supplémentaire loin d’être négligeable", "il demande de s’investir dans tant de missions à la fois (…) qu’il n’est pas dit que le jeu en vaille la chandelle". L’organisation syndicale demande à Emmanuel Macron d’arrêter de vanter "la réussite de l’apprentissage alors même que près d’un contrat sur trois est rompu avant son terme" : "le président ne maîtrise pas ce dossier, et se réfère à des images d’Épinal sur le sujet".

La CGT Educ’action estime de même que "le président mène une charge injuste contre la voie professionnelle sous statut scolaire" lorsqu’il la compare à l’apprentissage. Elle ajoute que "le cœur de la réforme repose sur une posture idéologique : l’entreprise forme et insère mieux". Elle note que "beaucoup de zones d’ombre persistent" et elle estime que "la faisabilité de cette réforme risque de se fracasser sur le mur des réalités scolaires, pédagogiques et économiques". Elle considère qu’ "au final, il s’agit surtout de mettre le lycée professionnel au service du patronat" et annonce qu’ "elle s’engagera dans la lutte, dans une démarche interprofessionnelle et intersyndicale".

SUD Education dénonce un "passage en force contre le lycée pro" et "des annonces qui font fi de l’opposition des personnels" : "L’adaptation des filières aux réalités économiques locales scelle la soumission de l’enseignement professionnel aux besoins des entreprises et non aux besoins de notre société". Quant aux annonces relatives au Pacte, elles "sont inacceptables alors que la revalorisation prévue pour septembre 2023 ne couvrira pas les effets de l’inflation". Elle appelle à la grève aux manifestations interprofessionnelles du 6 juin.

Le SGEN-CFDT et la FEP-CFDT considèrent que le "super pacte LP" est "un nouveau signe du mépris et de la méconnaissance de la réalité de l’ investissement (des enseignants) au service des élèves". La CFDT refuse l’idée d’ajouter du travail à des personnels déjà épuisés. Elle revendique que "l’ensemble des tâches déjà effectuées soient rémunérées à leur juste valeur". Les deux fédérations estiment pourtant qu’elles ont été entendues sur "l’abandon de l’augmentation de 50% des périodes de stage en bac pro" et elles considèrent que "les mesures contre le décrochage et pour l’insertion professionnelle vont dans le bon sens". Au total pourtant, les annonces sont "en partie déconnectées de la réalité des lycées professionnels".

Pour l’UNSA Education, les annonces présidentielles ouvrent "des perspectives intéressantes" et elles "correspondent à certaines de (ses) attentes et propositions : pas d’augmentation généralisée des PFMP, plus et mieux d’accompagnement de nos élèves, une 4e année optionnelle pour l’orientation et la réorientation". La fédération salue "la création d’un bureau des entreprises" à la condition qu’il apporte une aide matérielle et humaine aux DDFPT. Le SE-UNSA estime pour sa part que "le président dresse un diagnostic assez juste des défis posés à la voie professionnelle", lesquels sont "en partie" le résultat de la réforme "conduite sous son premier quinquennat". Mais ces annonces sont "plombées par la vision dogmatique du Pacte" qui lie "la revalorisation salariale à des missions supplémentaires". Avec le pacte, "le président met la pression sur les personnels et prend le risque d’essorer et d’exploser les équipes".

Extrait de touteduc.fr du 05.05.23

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