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De 1971 à 1981. Le PS et les ZEP, par Jean-Louis Piednoir (Bulletin OZP n° 9, novembre 1996)

29 novembre 1996 Version imprimable de cet article Version imprimable

Bulletin de l’association OZP, n° 9, novembre 1996

De 1971 à 1981. Le PS et les ZEP

Jean-Louis Piednoir

C’est Alain Savary, ministre du gouvernement socialiste, qui a mis en place les ZEP par une circulaire de juillet 1981. Mais l’idée des zones prioritaires est évidemment plus ancienne et Jean-Louis Piednoir, Inspecteur général de mathématiques, montre comment elle fait son chemin au parti socialiste entre 1972 et 1981.

Après plusieurs tentatives de renouvellement de son action, le socialisme français se dote en 1971 au congrès d’Épinay d’un nouvel outil politique : le parti socialiste, à la fois héritier des anciennes structures (SFIO, clubs, convention) et formation nouvelle désireuse de rompre avec les pratiques antérieures.
A parti nouveau, programme nouveau mais dont les idées, les propositions concrètes ont évidemment une histoire. Pour des socialistes les analyses de la société, les perspectives de transformation doivent, ou devraient partir des mouvements sociaux, des études scientifiques de la réalité sociale.

En matière éducative, 1971 est marqué par la prise en compte par de nombreux acteurs des mécanismes de la reproduction sociale par l’École. La réussite scolaire est liée au milieu social de l’élève. Au-delà du constat, tous ceux qui estimaient cette situation comme injuste s’interrogeaient sur les stratégies à mettre en œuvre pour la faire évoluer. Scolarisation précoce, nouvel équilibre des disciplines, renouvellement de la pédagogie sont le plus souvent évoqués dans les programmes des partis de gauche.
Celui du parti socialiste, rédigé en 1972 et intitulé Changer la Vie, reprend les idées précédentes et en ajoute une quatrième. Il ne s’agit pas encore de zone prioritaire mais il est dit que les jeunes ayant des difficultés particulières doivent bénéficier d’un encadrement pédagogique accru.

Il revenait à un organisme d’études associé au parti socialiste, le club Démocratie et Université, d’introduire dans le milieu politique l’idée des zones prioritaires.
Au départ, ce club regroupait les universitaires, au sens large du terme, de la Convention des institutions républicaines. Après le congrès de 1971 où la Convention, avec son chef Mitterand, est une des formations fondatrice du parti socialiste, le club s’élargit à un public nouveau et se transforme en un organisme d’études, de débats.

Des militants du SGEN y adhèrent, ils y rencontrent d’autres syndicalistes, membres de la FEN et militant avec les communistes au sein du courant Unité et Action. Très rapidement, le constat de la concentration des difficultés dans certains établissements scolaires, implantés dans des quartiers socialement typés fait que l’idée qu’il faille concentrer dans ces établissements les moyens supplémentaires évoqués dans le programme socialiste s’impose. Dans la plaquette Institution scolaire et socialisme, parue en 1974 la proposition des zones prioritaires est reprise sous le terme " École inégalitaire ", l’égalité formelle des moyens engendrant l’inégalité des destins scolaires.

La campagne présidentielle de 1974 étant passée, le parti socialiste peut mobiliser des militants pour approfondir son programme.
Louis Mexandeau et Roger Quillot sont nommés, en 1975, délégués nationaux du Parti à l’Éducation. Pour des raisons à la fois géographiques e de disponibilité (Roger Quillot est sénateur et maire de Clermont-Ferrand), c’est Louis Mexandeau qui deviendra l’animateur principal du secteur Éducation au parti socialiste.

Rapidement, la décision est prise de doter le parti d’un plan socialiste pour l’Éducation nationale. Un premier document intitulé Document de travail est soumis aux responsables fédéraux. Après une série d’amendements il deviendra " avant-projet ". Soumis à de larges assemblées de militants, à des responsables de niveaux divers, réamendé, l’avant-projet deviendra projet puis plan, après son adoption par le comité directeur en novembre 1977. Dans toutes ces rédactions l’idée des zones prioritaires est reprise sous le titre de " l’École inégalitaire ". Elle séduit et irrite à la fois.

Choqués par le mot inégalitaire, de nombreux militants croient à la faute de frappe ! Certains, membres éminents de la tendance majoritaire de la FEN, s’interrogent sur la mise en place des zones prioritaires et craignent d’ébranler l’édifice de contrôle syndical mis peu à peu en place à l’Éducation nationale depuis 1945. Celui-ci repose en effet sur le principe que toutes les écoles doivent être également traitées et que tous les maîtres se valent, d’où la culture du barème.
D’autres militants appartenant à la même mouvance surmontent son origine sulfureuse (le SGEN) et soutiennent l’idée. Dans toutes les réunions, après explication, le concept de zone prioritaire fait l’objet d’un consensus.

Arrive le 10 mai 1981 et la nomination d’Alain Savary comme ministre de l’Éducation nationale.
Le nouveau ministre n’a pas une connaissance approfondie des problèmes de l’Éducation mais c’est un homme de courage et de conviction. Il doit certes traiter le problème des rapports entre l’État et l’enseignement privé sur lequel les médias focalisent leur attention. Mais très vite il comprend qu’on attend beaucoup de choses, trop, d’un ministre socialiste et qu’il faut mettre rapidement en chantier un certain nombre de réformes. Pour lui, la lutte contre les inégalités sociales à l’École est un objectif majeur.
Par ailleurs, il a la conviction que dans ce domaine l’action institutionnelle est inefficace si elle n’est pas relayée sur le terrain par des hommes et des femmes de conviction.

Alain Savary prend à son cabinet deux membres de l’équipe animatrice de la délégation à l’Éducation nationale du parti socialiste et il est en contact fréquent avec le nouveau délégué et son équipe. Il est très rapidement séduit par l’idée de zones prioritaires et il donne son accord à la circulaire fondatrice de 1981.
Mais elle rencontre encore des interlocuteurs dont certains sont sceptiques quant à l’efficacité de la mesure. Personne n’ose en public, dans la mouvance de gauche, mettre les zones prioritaires en cause. Mais en privé, on multiplie les objections : certains n’en veulent pas par crainte d’être étiquetés (et s’en mordent les doigts aujourd’hui !), d’autres veulent tellement étendre le concept que tout le monde ou presque devient prioritaire, donc personne.

Pour aider le ministre à surmonter ces difficultés, le parti socialiste invite ses militants et ses élus à s’engager. Malgré quelques bavures, cela a certainement contribué à la mise en place des zones prioritaires. Le colloque organisé par le parti socialiste à Lille en février 1982 a donné à A. Savary l’occasion d’écouter des expériences de terrain et de s’exprimer publiquement sur les voies et les moyens à utiliser pour réduire les inégalités sociales à l’École.

Partie du terrain, l’idée des zones prioritaires a trouvé une formation politique pour la porter, un ministre pour en donner une traduction institutionnelle et des militants pour la répandre sur le territoire. Elle ne devait pas être mauvaise car depuis 14 ans aucun ministre, en particulier de droite, n’a osé les supprimer.

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