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Revue Alterstice : Un enseignement de l’histoire des minorités pour construire une citoyenneté plurielle (ToutEduc)

10 décembre 2016 Version imprimable de cet article Version imprimable

Un enseignement de l’histoire des minorités pour construire une citoyenneté plurielle (revue Alterstice)

"La référence à l’histoire comme facteur de la pluralisation culturelle de la société paraît constituer pour les élèves minoritaires, issus de l’immigration postcoloniale, un important indicateur de la légitimité de leur identité française", constate Francine Nyambek Kanga-Mebenga Nnana, dans un article paru dans le dernier numéro de la revue Alterstice (revue internationale de la recherche interculturelle). Cette recherche s’appuie sur 105 entretiens menés auprès de collégiens de 3e de quatre établissements de la ville d’Amiens.

Pour certains de ces jeunes issus de l’immigration, "les événements historiques tels que la colonisation ou l’esclavage justifient par eux-mêmes et légitiment leur appartenance à la nation française", précise la chercheuse. Ces événements sont d’ailleurs souvent présentés comme "une dette morale de la France envers les populations ayant contribué à sa libération ou à son développement". Les élèves majoritaires, non issus de l’immigration, évoquent plus souvent les guerres mondiales comme faits historiques les plus marquants.

Dépasser les visions idéalisées, falsifiées ou réductrices

"Leurs versions et visions de ces héritages historiques puisent dans des registres biographiques, notamment à travers les récits familiaux (la plupart du temps chez des élèves minoritaires), ou des registres politico-médiatiques à travers la réappropriation (par certains élèves majoritaires) de catégories (économiques, sécuritaires, etc.) importées du débat sur l’immigration", observe Francine Nyambek Kanga-Mebenga Nnana.

La chercheuse suggère donc de "dépasser les visions idéalisées, falsifiées ou réductrices véhiculées par les récits familiaux ou par les politiques et les médias". Grâce à un travail critique sur ces mémoires, elle préconise de "confronter les différents régimes de vérité qui s’affrontent à travers ces versions de l’histoire et des mémoires, afin de construire une intelligibilité collective".

Un enseignement de l’histoire des minorités

Comment construire une citoyenneté plurielle ? "Ce travail passe par un enseignement de l’histoire des minorités, enseignement qui, par le développement de compétences critiques, offre le ressort de la compréhension des dynamiques identitaires et des inégalités traversant la société et son histoire", estime Francine Nyambek Kanga-Mebenga Nnana.

Dans ce cadre, elle recommande de diversifier les supports didactiques et pédagogiques pour enrichir "l’arsenal de lutte contre les représentations stéréotypées". À ses yeux, il serait intéressant "d’analyser par exemple la réception d’institutions culturelles comme les musées (de l’immigration ou de l’esclavage) et les pratiques des professionnels de l’éducation dans ce domaine".

Extraits

p. 3
[...] En outre, l’école et les familles s’affrontent sur le terrain de la culture, considérée ici comme un instrument de la distinction sociale et un patrimoine à transmettre. En effet, la massification et l’accueil de « nouveaux publics » issus de milieux populaires et de l’immigration (postcoloniale) dans les années 1970 ont mis en lumière la distance qui les séparait de la culture scolaire. Contrairement à ceux des classes sociales favorisées, l’on a observé que les destins scolaires de ces élèves étaient marqués par des difficultés d’apprentissage associées à la non-maîtrise des
codes, des normes implicites du travail et des comportements scolaires (Bautier et Rayou, 2009 ; Rochex et /Crinon, 2011 ; Thin, 1998). D’une manière générale, les travaux sociologiques ont établi un lien entre ces inégalités et une mise à l’écart des cultures populaires et minoritaires des programmes scolaires, à la suite d’un processus de sélection et de stratification des contenus d’enseignement (Berstein, 1975 ; Forquin, 2008 ; Isambert-Jamati, 1990 ; Lantheaume, 2010 ; Young, 2010). [...]

p. 5
L’analyse prend en compte les variables liées au contexte de scolarisation en milieu de ségrégation sociale et ethnique (Felouzis, Liot et Perroton, 2005), au parcours scolaire selon que les élèves sont en difficulté scolaire (section des enseignements généraux et professionnels adaptés, SEGPA) ou non (3e générale). Elle intègre enfin une variable « origine » définie par la distinction entre élèves minoritaires – ceux issus de l’immigration postcoloniale, FIIPC – et majoritaires – ceux d’origine européenne, FOE. Cette distinction a été élaborée par le croisement de la méthode de l’auto-déclaration avec des indicateurs relevant d’une ethnicité fine (Héran, 2010), notamment l’origine géographique et culturelle et du critère historique (la colonisation). [...]

L’article

Extrait de ToutEduc du 06.12.16 : Un enseignement de l’histoire des minorités pour construire une citoyenneté plurielle (revue Alterstice)

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