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Soigner son image en ZEP. Actions d’une assistante sociale et d’une infirmière au collège REP Montaigne, Angers

10 décembre 1999 Version imprimable de cet article Version imprimable

Soigner son image en ZEP : En forme pour l’an 2000

Collège [REP] Montaigne
Angers [49]
Contributeur(s) :
Mme Feutry, Mme Leblanc, Mme Boeldieu

Une assistante sociale et une infirmière en poste dans un collège de ZEP décident de proposer à tous les élèves une journée-forum où ils pourront reconstruire un peu leur image et se trouver bien dans leur peau.

Niveau
Collèges tous niveaux

Type pédagogique
Activité de découverte, article, sortie pédagogique

Public visé
Chef d’établissement, enseignant, inspecteur

Une vaste enquête
Le collège Montaigne vient d’être classé en ZEP, il compte près de 300 élèves de la sixième à la troisième ainsi qu’une CIPPA. L’assistante sociale, Madame Myriam Leblanc, et l’infirmière, Madame Agnès Fleury, à l’écoute de ces jeunes souvent agressifs et perturbés ont constaté que leur mal-être avait ses racines dans une mauvaise image d’eux-mêmes et un manque de confiance en leurs possibilités. Quelques confidences révélaient même que certains étaient parfois maltraités ou consommaient des produits illicites et l’équipe éducative se plaignait de l’attitude de quelques élèves et de leur manque de repères.

Cependant, il semblait abusif d’étendre à tous les élèves les conclusions provenant d’entretiens ou d’observations d’élèves “à problèmes” qui fréquentaient l’infirmerie ou le bureau de l’assistante sociale. Aussi, par souci d’honnêteté, les deux femmes ont élaboré un questionnaire proposé dès novembre à tous les élèves de l’établissement afin d’en avoir une image plus exacte ([voir l’encadré]). Il s’agissait de prendre prétexte du changement de millénaire pour interroger les élèves sur les aspects négatifs de leur passé proche, afin d’aborder l’an 2000 avec optimisme.
Les professeurs du collège, quant à eux, ne participaient pas à la construction de l’enquête, ils étaient eux-mêmes destinataires d’un questionnaire pour contribuer à la construction de ce qui, dans l’esprit des deux initiatrices, devait être une journée forum prévue en fin d’année scolaire.
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Après avoir dépouillé méthodiquement les questionnaires provenant des élèves, il est bien apparu, conformément aux hypothèses des deux femmes de santé, que 32% des jeunes manquaient de confiance en eux, 42% voulaient qu’on les aide à préparer leur avenir, 44% avaient besoin d’être motivés, 33% d’être écoutés. Quant aux adultes du collège, ils souhaitaient développer leur connaissance de l’adolescent et du milieu dans lequel il vivait, c’est-à-dire le quartier du Grand
Pigeon.

Les aider à se sentir bien
L’analyse des réponses des élèves corroborait donc les constats faits sur le terrain par l’infirmière et l’assistante sociale. Il fallait penser une action qui impulserait dans l’établissement une dynamique centrée sur la personne de l’élève, dynamique dont on espérait qu’elle aurait des prolongements dans les années qui suivraient. Tous les adultes du collège — professeurs, Atoss, administrateurs, aide-éducateurs — participeraient ce jour-là avec les élèves aux actions proposées.

Mais comment parvenir à modifier la perception négative que les élèves avaient d’eux-mêmes ?
L’hypothèse formulée par l’infirmière et l’assistante sociale était qu’en redonnant à chacun une image positive de soi, on résoudrait par là-même les problèmes de comportement, voire les conduites déviantes et on favoriserait l’investissement des élèves dans la scolarité. Or l’image de soi commence par la perception de son corps : les soins qu’on lui donne, les vêtements que l’on choisit, le rapport à la nourriture, à la beauté, à l’hygiène. Se sentir bien dans sa peau c’est aussi être confiant dans ses propres performances, ses compétences, pouvoir vivre avec les autres, savoir s’exprimer pour dire sa pensée… Autant de pistes à explorer par les organisatrices afin de trouver des intervenants, des approches, et des expériences à proposer ou à vivre pour que les jeunes du collège se réconcilient avec eux-mêmes et reprennent confiance en eux.

Dans ce même esprit, le choix d’une journée phare a été retenu pour donner une existence médiatique au projet, lui conférer une sorte de solennité. Les initiatrices souhaitaient que les élèves aient conscience qu’ils valaient la peine que de nombreux intervenants se déplacent pour eux : comédiens, esthéticiennes, médecins, personnels de la santé, de la gendarmerie, du planning familial… Ce n’était plus une seule classe qui était concernée mais bien tous les élèves du collège sans exception. Tous en valaient la peine. De plus la présence de la presse, le tournage d’une vidéo témoin de cette journée et le projet de faire une soirée retour sur ce forum dans la Maison pour tous du quartier montreraient l’importance que le quartier accordait à ses jeunes.

Une action collective
Un tel projet ne se réalise pas sans partenaires et sans financements. Il a fallu trouver d’abord les intervenants qui accepteraient de travailler avec des élèves. Or, de nombreux professionnels craignent le public scolaire : c’est un public à l’attention volatile et peu enclin à la retenue quand il s’ennuie, il peut même être agressif et violent. Cependant plusieurs professionnels et bénévoles ont accepté d’intervenir ([voir encadré]). Ils ont été contactés par les initiatrices du projet dans leurs réseaux de relation, par le biais du maillage social et médical autour du collège, par l’intermédiaire des acteurs de la ZEP.

La plupart de ces intervenants demandaient une rétribution et l’on n’organise pas une journée pour trois cents élèves sans frais, aussi l’établissement a-t-il voté un budget pour cette journée. Les frais couvraient entre autre les salaires des intervenants, leurs repas, l’achat de cassettes vidéo… Certaines institutions comme la CAF, la DDASS, la municipalité d’Angers, l’APIEL (association de parents d’élèves) ont accepté de subventionner cette journée dont le budget global s’élevait à 13500 francs.

Préparer la journée
Quelque temps avant la journée, fixée le 11 avril, des élèves sont allés au lycée Renoir d’Angers afin de bénéficier d’une préparation à la prise de vue. Ils allaient, lors du Forum, tourner un reportage sous la conduite d’un animateur jeunesse pour le présenter aux habitants du quartier
dans la salle de la Maison pour tous Marcelle-Menet, à deux pas du collège.

La journée approchait et, les intervenants s’étant engagés, le canevas des activités prenait forme. Le planning de la journée s’annonçait avec précision. Selon les compétences de chacun et les offres d’intervention, plusieurs formes d’activités pouvaient être proposées aux élèves : ateliers, débats, animations diverses, les uns réservés aux élèves, les autres ouverts aussi aux adultes. Une seule intervention était plus spécialement destinée aux adultes : l’exposé-débat animé par une pédopsychiatre sur le thème de l’adolescent.

Dans la logique de la journée, il allait de soiqu’il était inconcevable que des élèves ne choisissent pas les ateliers. Aussi, les professeurs principaux, informés du déroulement de la journée ont-ils
consacré l’heure de vie de classe pour présenter, avec l’infirmière et l’assistante sociale, le programme de la journée prévue, ses objectifs et les différentes activités. Chaque élève, sollicité par écrit, devait sélectionner les ateliers qu’ils voulaient pratiquer et les classer par ordre de préférence. Les premiers vœux seraient tous exaucés ([voir l’encadré]).

Parallèlement à cette démarche près des élèves, les professeurs étaient eux aussi interrogés : ils recevaient une lettre les questionnant sur leur vision de ’adolescent d’aujourd’hui et sur la relation enseignant-adolescent. En effet, la pédopsychiatre pressentie pour intervenir sur le thème de l’adolescence souhaitait cibler les demandes des professeurs pour y répondre : “Qu’est-ce qui selon vous a changé depuis dix ans dans le comportement des adolescents, en général ? en tant qu’élève ?” et “Aujourd’hui qu’est-ce qui vous pose le plus question face à un adolescent ? un groupe d’adolescents ?”. Les réponses étaient sollicitées par écrit et anonymement.

Les professeurs avaient souhaité mieux connaître le quartier duquel leurs élèves étaient issus, certains parents d’élèves déjà en contact avec le collège par l’intermédiaire d’une association d’entraide scolaire de la Maison de quartier avaient accepté de monter une exposition, de la présenter lors de la journée et d’animer des échanges avec tous ceux qui viendraient la voir. Cette exposition était destinée aux enseignants mais aussi aux élèves. Non seulement le collège mais aussi tous ceux qui dans un quartier gravitent autour de l’école se sentaient concernés et impliqués dans cette action en direction des jeunes.

Une journée particulière
Le 11 avril 2000, le collège Montaigne a vécu une journée riche, vivante, non sans quelques fausses notes, comme il est normal qu’il y en ait lorsque trois cents élèves se retrouvent dans le collège sans un seul cours ! Cependant, et c’est remarquable, aucun élève n’a “séché” ce jour-là !

Les élèves avaient trouvé, sur de grandes affiches à l’entrée du collège, les ateliers avec les noms des participants, pas plus de quinze élèves, les salles et l’heure où ils avaient lieu. Les élèves y étaient mélangés : classes et âges différents sauf en ce qui concerne les animations sur la sexualité.
Chaque animation durait une heure et demie ou trois heures, après quoi l’élève passait à une autre. Bien vite cependant, et malgré l’inscription préalable de chacun, certaines activités ont connu plus de succès que d’autres. Il a parfois été difficile d’endiguer le flot de ceux qui se rendaient à des ateliers qu’ils n’avaient pas choisis ou de retrouver la liste initiale des inscrits : des petits malins rayaient leur nom ou celui d’autres pour s’inscrire à la dernière minute quand le succès populaire avait élu un intervenant ou un atelier. Comme la présence des professeurs n’avait pas été souhaitée sur certains thèmes pour libérer la parole des élèves, des intervenants venus du monde professionnel, peu au fait des attitudes des élèves, ont eu quelques difficultés à gérer les rebelles. En effet des activités relevaient plus de l’animation que du cours et favorisaient une certaine décontraction : ateliers de maquillage par des esthéticiennes, jeu théâtral sur le look, relaxation et massage. D’autres exigeaient une attention plus soutenue comme les rencontres et les animations autour de l’alimentation, des changements physiologiques à l’adolescence, de la violence, la loi, l’alcool, l’avenir ou une initiation au secourisme.

Toute la journée, une équipe de reporters en herbe filmait sous la conduite d’un animateur. Les jeunes reporters devaient fixer les moments-clés de la manifestation pour en garder mémoire et présenter ultérieurement aux parents une vidéo de vingt-cinq minutes en juin.

Ils ont aimé
La journée, malgré ces quelques petits flottements, s’est bien déroulée et les élèves sollicités trois semaines après l’événement ont exprimé leur point de vue sur ce qu’ils avaient vécu : un petit questionnaire leur avait été donné où ils pouvaient évaluer les animations proposées, et contribuer à améliorer la journée dans l’éventualité d’une reconduction de l’expérience. Sur 142 réponses, 40% ont beaucoup aimé la journée, 30% ont apprécié moyennement, 8% n’ont pas du tout aimé, seuls 4% des élèves ne se sont pas prononcés.

Les élèves ont apprécié de pouvoir s’exprimer, de discuter sur des sujets de la vie qui les intéressent. L’atelier vedette parmi les élèves a été l’initiation au secourisme, de même que la relaxation et le maquillage, plébiscités aussi par les adultes. Leur déception, car il y eut quelques déçus, intervenait lorsque les représentations qu’ils avaient d’un atelier ne correspondaient pas à la réalité vécue pendant la journée. Ainsi, en secourisme, quelques élèves s’attendaient à travailler sur mannequin et pensaient obtenir un diplôme après une sensibilisation de trois heures ! Certaines propositions ont été faites par les élèves pour une future journée : ateliers danse, sport, mécanique.

Pour les intervenants, les élèves ont montré beaucoup d’intérêt et d’enthousiasme dans les différentes activités. Ils ont cependant indiqué qu’une concurrence normale s’établissait quand deux ateliers sur le même thème existaient, surtout si l’approche des intervenants différait.

Quant aux organisatrices, qui ont comptabilisé cent vingt heures de travail pour mettre sur pied cette journée et l’évaluer, elles ont jugé l’expérience positive. Elles ont constaté que l’atmosphère était meilleure le matin que l’après-midi ; sans doute la frustration de certains élèves n’était pas encore exprimée. Elles en déduisent qu’il faudrait prévenir les jeunes une semaine à l’avance de l’attribution des ateliers afin d’empêcher les changements de dernière minute qui désorganisent et créent du désordre. De plus, il parait évident que les mouvements d’élèves doivent être canalisés par des adultes lors des changements d’ateliers, à moins de prévoir des ateliers de plus longue durée : pourquoi pas une demi-journée ?

Lors de la soirée retour, organisée à la Maison de quartier, près de cent personnes sont venues regarder la vidéo, visiter l’exposition et participer à un échange entre les familles, l’équipe éducative du collège et les partenaires locaux sur l’image de soi. Le constat est fait que les élèves ont pu pendant cette journée s’exprimer, se confronter à la pensée des autres et dire leurs inquiétudes, ils ont apprécié que l’on s’occupe d’eux, qu’on les écoute. L’objectif d’améliorer l’image de soi a-t-il été atteint ? Difficile de répondre, mais les retours enthousiastes des élèves tendent à prouver qu’ils ont trouvé du bonheur au collège ce jour-là.

Quelle poursuite ?
Le succès des ateliers de secourisme fait que cette année (2000-2001), tous les élèves de sixième et de cinquième ont une initiation de huit heures par élève incluses dans l’emploi du temps. L’objectif de l’établissement est que les élèves bénéficient de cours de secourisme tous les ans jusqu’en troisième. Les élèves de quatrième et de troisième peuvent en faire sur la base du volontariat. Cette animation est facilitée par le fait que c’est l’infirmière du collège qui intervient : elle a passé l’an dernier le diplôme nécessaire pour créer le cours au collège.

La journée forum sur l’image de soi sera sans doute reconduite cette année mais l’envie de tous les acteurs est d’intégrer dans le quotidien l’esprit de la journée : redonner aux élèves confiance en eux, les valoriser.

Propos recueillis par A. GIRARD auprès de Mme FEUTRY, infirmière, de Mme LEBLANC, assistante sociale, et de Mme BOELDIEU, principale

En forme pour l’an 2000 (6 pages)
Extrait de pedagogie.ac-nantes.fr du 01.02.2001 : Eduquer à la santé

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