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B** Créer un jeu de société de coopération sur la mixité dans la cour de récréation à l’école REP Jean le Bail de Limoges

13 avril Version imprimable de cet article Version imprimable

Tic-tac, la récré de l’égalité : saurez-vous coopérer avant la fin de la récré ?

QUOI ?

Créer un jeu de société de coopération sur la mixité dans la cour de récréation. Les enseignants constatent depuis de nombreuses années que la cour est un lieu où les filles et les garçons ont du mal à partager des jeux communs. En outre le football prend une place considérable que ce soit dans l’espace de la cour mais aussi dans les esprits des élèves au point qu’ils ont du mal à revenir en classe dans un bon état d’esprit à la fin du temps de récréation. Cette réflexion a conduit les CM1-CM2 (année 2018-2019) a construire un jeu de société coopératif sur la mixité dans la cour de récréation. Cette année, en 2020, les CM2 écrivent la règle du jeu pour transmettre ce savoir aux élèves de CM1 et en permettre ainsi la transmission de génération en génération. Il a été aussi décidé de fabriquer un exemplaire supplémentaire pour le collège et ainsi permettre aux élèves de 6ème et de 5ème, à l’origine du projet, d’en bénéficier et d’en faire profiter tous leurs camarades collégiens.

Expérimentation

QUI ?

5 membre(s) dans l’équipe - 1 partenaire(s)

• Madame Marie-Mélanie Dumas, enseignante au C3, a impulsé un projet où les élèves ont découvert le principe de coopération, en appui sur des jeux de société.
Madame Sylvie Voisin, éducatrice à l’ALSEA, est intervenue pour accompagner ce projet à ses débuts.

• Ce partenariat inédit entre l’école et l’association avec l’objectif de repenser l’espace de cour de récréation a permis de fédérer un projet dans et hors les murs de l’école.
Dans le projet d’école, un axe fort de développement de partenariat avec les associations locales et clubs sportifs était souhaité, ce projet a permis de répondre à cet axe important.

• Le professeur documentaliste et le conseiller principal d’éducation du collège Maurois ont accepté avec enthousiasme de recevoir un exemplaire du jeu et de s’en emparer pour le diffuser aux élèves de leur établissement.
Ce projet intègre ainsi le projet du réseau d’éducation prioritaire du collège Maurois dans le cadre de la liaison inter-cycle et inter-degré.

- Les partenaires

• ALSEA : Acteur social pour prévenir les comportements à risques

- Les participants

• 25 élève(s)
• 1 enseignant(s)
• 1 autre(s) participant(s)

OÙ ?

JEAN LE BAIL, Limoges 087
Ecole élémentaire - CM1, CM2
École située en éducation prioritaire dans le réseau Maurois

L’école se situe en éducation prioritaire. La cour de récréation de l’école a été ciblée comme axe de réflexion. En effet, ce lieu est un lieu de vie dans lequel les enfants évoluent, tant sur le temps scolaire que péri-scolaire. Et dans ce lieu, on constate de nombreuses disparités, sur l’occupation de l’espace où les jeux de ballons sont prédominants et où jouent plus les garçons.

Alors que dans nos classes, nous prônons la mixité, nous avons souhaité que ce lieu puisse être dans la continuité de notre travail en classe. Le jeu de société réalisé sera utilisé au coin jeu pendant la récréation.

• 1 académie(s)
• 1 établissement(s)
• 1 classe(s)

POURQUOI ?

- Problème identifié

Agir sur le climat scolaire :

• pallier le manque de mixité dans la cour de récréation
• prévenir les comportements à risques
• continuer, chaque année, dans cette démarche sans un retour à zéro (transmission d’année en année)

Nous constatons que la cour est un lieu d’incidents et d’incivilités. Le centre de la cour est occupé par les garçons et le football, les filles étant reléguées à la périphérie.
La cour, espace de détente devient un lieu où naissent de nombreux conflits, conduisant à un retour en classe difficile, avec un temps important pour remobiliser l’attention et la concentration.

Le projet initié les années précédentes doit se transmettre ; les élèves doivent donc transmette leur réflexion et leurs solutions ; l’écrit devient nécessaire pour que la règle du jeu se transmette de génération en génération.

- Indicateur(s) qualitatif(s)

• Nombre de situations où la mixité est observée
• Nombre de jeux où les filles et les garçons sont séparés
• Observations et prises de vue de la cour de récréation en fin d’année afin de comparer l’occupation de l’espace avec le début de l’année
• Observation du nombre des comportements à risques chez les adolescents du quartier

QUAND ?

Du 08/01/2018 Au 01/07/2021

COMMENT ?

Au sein de sa classe, l’enseignante a mené une réflexion sur l’occupation de la cour de récréation pendant le temps scolaire sur plusieurs années :

• nature des jeux : avec ou sans ballon
• personnes concernées : filles ? garçons ?

Grâce au jeu de société coopératif réalisé par les élèves les années précédentes, une prise de conscience est en cours quant à l’importance de coopérer et de se mélanger pour jouer ensemble.

A partir des recherches initiales, les élèves ont ainsi identifié le problème et ont cherché leur solution : la rédaction de la règle du jeu coopératif pour que chaque année les générations d’élèves puissent continuer à l’utiliser et pour le transmettre au collège.

Les élèves de CM2 rédigent la règle du jeu et un nouvel exemplaire de ce dernier est réalisé afin d’initier les CM1 et ainsi vérifier l’efficacité de la règle. Enfin le nouvel exemplaire sera transmis et présenté au collège.

- Modalités de mise en œuvre

• 2018-2019 :
Etat des lieux et réflexion sur l’occupation de la cour. Avec Sylvie Voisin, éducatrice à l’ALSEA, les élèves ont dessiné leurs observations de la récré. L’éducatrice a coanimé avec l’enseignante les débats en classe.

Création du prototype du jeu Tic Tac de la récré de légalité, est constitué de la façon suivante :

◦ but du jeu : coopérer pour gagner les 4 badges liberté, égalité, fraternité et laïcité avant la fin de la récré et se rassembler sur le terrain de football.
◦ on peut jouer de 2 à 4 personnes
◦ 18 tuiles et 32 cartes :

◦ ◦ 18 tuiles qui font office de plateau de jeu et qui représentent les lieux de la récréation ; il s’agit de se déplacer sur les tuiles pour atteindre les badges.
◦ ◦ 32 cartes qui permettent de récupérer les badges.
◦ ◦ 6 cartes élèves qui représentent leurs rôles avec leurs pouvoirs (délégué, spectateur, arbitre, ami, facteur, suppléant)
◦ ◦ 18 cartes de déplacement

Chacun coopère avec ses cartes pour faire avancer le jeu et atteindre l’objectif des 4 badges d’ici la fin de la récréation.

• 2019-2020 :

Avant la période de confinement, les élèves ont été informés du projet par les anciens élèves. Une règle du jeu en co-écriture est envisagée mais le confinement n’a pas pu permettre d’aboutir à cet objectif.

En conseil de délégués, une réflexion a été menée avec les 13 classes sur l’organisation des récréations. Ce projet essaime donc dans l’ensemble de l’école par l’intermédiaire des élèves.

Lors de ce conseil, les élèves ont décidé de dédier une journée par semaine au Hand dans la cour en lieu et place du football. Les parties de Hand sont beaucoup plus mixtes. Les partenaires du quartiers notent une augmentation des adhérents au Hand. Le travail des élèves a donc une répercussion jusque dans les pratiques sportives hors de l’école.

• 2020-2021 :

Rédaction finalisée de la règle du jeu et transmission aux élèves de l’école et du collège. La directrice s’implique dans le projet pour faciliter l’écriture et la construction des exemplaires supplémentaires.

QUEL BILAN ?

- Modalités d’évaluation

• Auto-évaluation de l’action par l’équipe pédagogique

◦ Auto-évaluation de l’action par les élèves de CM1 : grâce à cet écrit : la règle du jeu, peut-on ou pas apprendre à jouer sans la présence des créateurs du jeu ?
◦ Les élèves ont découvert le principe de coopération via le jeu : tout le monde gagne ensemble grâce à l’entraide.
◦ Le terrain de la cour de récréation est utilisé désormais pour jouer au hand-ball une fois par semaine. Les joueurs sont aussi bien des filles que des garçons.

• Autre évaluation (par des associations, des consultants...)
Dans le quartier, les enfants de moins de 13 ans s’inscrivent de plus en plus au LH87 (club de hand-ball). Il est à noter que les équipes sont mixtes.

- Indicateur(s) qualitatif(s)

• Nombre de situations où la mixité est observée : les élèves s’emparent de plus en plus de jeux où ils sont en situation de mixité
• Diminution de jeux où les filles et les garçons sont séparés
• Observations et prises de vue de la cour de récréation en fin d’année afin de comparer l’occupation de l’espace avec le début de l’année
• Diminution des comportements à risques chez les adolescents du quartier : partenariat avec l’association ALSEA qui travaille hors les murs et qui est partenaire de ce projet afin qu’il s’étende hors l’école.

En raison de la crise sanitaire, les effets de ce projet ne sont pas tous mesurables car à ce stade, il n’y a plus de jeux partagés dans la cour.

ET APRÈS ?

Les élèves ont pris conscience de l’absence de mixité dans la cour, ils ont été acteurs de la réalisation du projet. La solution apportée est la leur. Pour que le projet essaime, les élèves doivent devenir des ambassadeurs de la mixité dans la cour puis au collège. En conseil des délégués, les élèves ont proposé de varier les jeux disponibles sur le temps de récréation afin d’inciter à plus de mixité.

- Développement et suite de l’action

• En 2020-2021, la règle du jeu doit être rédigée par les CM2 et le jeu sera ensuite mis à disposition des élèves de cycle 3 (y compris au collège).

• Travail en partenariat avec les structures péri-scolaires afin que les règles éditées dans l’espace cour soient valables sur tous les temps de vie à l’école, et qu’il y ait une cohérence et une harmonisation entre tous les adultes référents intervenant au sein de "l’espace cour"

Extrait de Innovathèque du 18.12.20

 

Marie-Mélanie Dumas : Le combat contre les inégalités de genre commence dans le cour de l’école
À l’école élémentaire Jean Le Bail de Limoges, les élèves de cycle trois repensent l’espace de la cour de récréation. Un espace où habituellement filles et garçons ne se mélangent pas, un espace où généralement ces derniers occupent la grande majorité de l’espace, les filles se contentant de rester sur les abords. Dans cette école REP de quatorze classes, qui accueille 220 élèves, les élèves de Marie-Mélanie Dumas travaillent sur la notion d’égalité filles-garçons et sur ce qu’elle signifie concrètement dans une cour de récré. « Égalité filles-garçons », c’est le nom du projet qui a permis un partenariat solide avec l’éducatrice du quartier ainsi que le collège du REP.

Professeure des écoles depuis dix-sept ans, Marie-Mélanie Dumas enseigne à l’école Jean le Bail depuis six ans. L’école, classée REP, accueille quinze enseignants mais aussi un RASED complet, fait assez rare pour être souligné. Elle est l’enseignante d’une classe de Cm1-Cm2 où cohabitent 10 filles et 10 garçons, un équilibre parfait pour travailler sur les différentes questions liées à l’égalité des genres.

La cour de récré, un espace d’inégalités

Le projet « « Égalité filles-garçons » est né lors de l’année scolaire 2018-2019, suite à l’observation d’une scène, malheureusement ordinaire, dans la cour de récréation. « Le terrain de basket était occupé par deux groupes d’enfants, le premier composé de filles et le second de garçons. Or les garçons faisaient un match utilisant le terrain en entier tandis que les filles faisaient des paniers d’un seul côté. Lorsque les garçons venaient tirer de leur côté, les filles s’interrompaient, attendaient qu’ils aient tiré et reprenaient ensuite sans jamais se plaindre de la gêne ni revendiquer un partage équitable du terrain. Cela a été le déclencheur… » raconte Marie-Mélanie.

La volonté de faire évoluer la question de l’occupation de l’espace de la cours germe dans son esprit et lorsqu’elle assiste à la conférence « Comment penser la cour d’école pour plus d’égalité entre les filles et les garçons ? » d’Édith Maruejouls proposée lors d’une réunion d’information syndicale, elle se dit qu’elle a là des pistes sérieuses à explorer. « À ce moment-là, la question qui me taraude est : les enfants ont-ils conscience que la cour n’est pas du tout un lieu de mixité ? » se souvient l’enseignante.

Un projet pour faire vivre les valeurs de la République

Elle en discute avec ses collègues et, ensemble, ils rédigent un projet clair aux objectifs ambitieux. « Nous voulions faire prendre conscience aux élèves des inégalités de l’utilisation de la cour : filles/garçons, grands/petits, football/autres activités. Nous voulions aussi en profiter pour réduire le nombre d’incidents et d’incivilités et développer les relations avec les éducateurs du quartier afin de faire de la prévention » explique Marie-Mélanie. Le projet « Égalité filles-garçons » a aussi permis aux enseignants et enseignantes d’aborder plusieurs facettes du programme, notamment en éducation morale et citoyenne. Quoi de mieux qu’expérimenter les valeurs de la république pour les assimiler ? Les notions d’égalité en droit, de discrimination, de conscience civique, d’engagement et de réalisation d’un projet collectif sont autant de notions qui ont pris sens et ne sont pas restés au niveau théorique.

Marie-Mélanie n’hésite pas à solliciter aussi l’éducatrice de quartier avec qui elle avait déjà échangé sur les difficultés que cette dernière rencontrait pour créer du lien avec les adolescents. « Elle nous avait demandé s’il était possible de faire la connaissance des enfants, qui sont de futurs adolescents, grâce à des projets ». La collaboration fonctionne, et très rapidement c’est ensemble qu’elles mènent leurs réflexions et encadrent les débats organisés avec les élèves. « Depuis, cette éducatrice travaille tous les ans avec au moins un enseignant de l’école, elle est tout à fait identifiée des élèves et elle continue à les suivre lorsqu’ils sont plus vieux. Nous espérons ainsi réduire les comportements à risques chez les adolescents du quartier ».

Confronter les représentations au réel

Forte de ces appuis et des connaissances engrangées lors de la conférence, Marie-Mélanie se lance dans l’aventure. « J’ai demandé, à brûle-pourpoint, aux élèves de dessiner la cour en se représentant eux et leurs copains. C’était la prise des représentations sans observation préalable et de mémoire. En effet, il ne fallait pas induire de réponses ». Ensuite est venu le temps du débat animé par l’enseignante et l’éducatrice de quartier. « Nous sommes parties de l’observation des dessins de la cour mais sans leur donner de pistes. Les élèves ont noté que le terrain de foot prenait généralement toute la place sur la feuille et que les filles étaient représentées en marge, autour. Nous avons ensuite décidé de prendre des photos et de réaliser du dessin d’observation pour confirmer ou pas nos soupçons. Les photos n’ont pas donné grand-chose mais les dessins ont confirmé les impressions : les garçons monopolisaient le terrain de foot et les filles, ainsi que les plus jeunes élèves, gravitaient autour et le long des murs ».

« Tic-Tac de la récré de l’égalité », le jeu qui permet de vivre l’égalité

Après ce constat et de riches débats, Marie-Mélanie propose d’inventer un jeu de société qui amènerait filles et garçons à coopérer et à dénoncer cette inégalité. Pour ce faire, elle s’appuie sur des jeux de coopération qu’elle présente lors des APC (activités pédagogiques complémentaires). Très vite les idées fusent et naît le jeu « Tic-Tac de la récré de l’égalité ». La professeure des écoles en explique le but, « l’enjeu est de coopérer pour gagner les quatre badges - liberté, égalité, fraternité et laïcité - en conservant la mixité des activités et avant la fin de la récré. Comme tout jeu de société coopératif les joueurs s’entraident, donc discutent entre eux de la meilleure stratégie. Chacun, lors de son tour de jeu, a des actions à faire mais doit aussi malheureusement piocher dans les cartes qui font perdre : ici le temps joue contre eux mais aussi les jeux de la cour qui sont généralement unisexe… Il faut donc veiller et à la mixité de la cour et au temps qui passe. On peut jouer de 2 à 4 personnes ».

Le support ? Construit par les élèves eux-mêmes, ils ont découpé, dessiné, collé, plastifié… « Pour le prototype, nous avons créé un jeu de tuiles, elles font office de plateau de jeu et représentent les lieux et leurs activités, terrain de foot, les marelles, terrain de ballon prisonnier... Il faut s’y déplacer pour atteindre les badges. Chacune est recto/verso, avec un côté coloré représentant la mixité fille/garçon et un côté noir et blanc, les jeux unisexes. Il y a aussi des cartes élèves qui représentent les personnages du jeu et leurs rôles avec leurs pouvoirs, délégué, spectateur, arbitre, ami, facteur, suppléant. Chacun coopère avec ses cartes pour faire avancer le jeu et atteindre l’objectif des quatre badges veillant à la mixité d’ici la fin de la récréation » explique Marie-Mélanie.

Depuis cette première édition, trois exemplaires sont en cours d’élaboration. L’un sera donné au collège du REP, « ainsi les premiers concepteurs désormais en cinquième en auront un exemplaire », un second sera mis dans la boîte de jeux collectifs de l’école et le troisième conservé en classe.

Apprendre l’égalité, c’est permettre aux élèves de faire vivre cette valeur fondamentale. Expliquer que les filles et les garçons ont les mêmes droits est certes nécessaire mais permettre à chacun de comprendre où se situent les inégalités, c’est leur permettre de s’en offusquer et de changer les choses. Alors, comme l’explique Marie-Mélanie, il n’y a pas de miracle, cela se met en place doucement comme lors des conseils des délégués où les élèves ont proposé de varier les jeux disponibles sur les temps de récréation afin d’inciter à plus de mixité. Un petit pas pour chacun mais un grand pas vers l’égalité.

Lilia Ben Hamouda

Voir aussi :
B* Combattre les inégalités de genre dans la cour de récréation avec un jeu de société à l’école REP Jean Le Bail de Limoges (Le Café)

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