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B* Combattre les inégalités de genre dans la cour de récréation avec un jeu de société à l’école REP Jean Le Bail de Limoges (Le Café)

5 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Marie-Mélanie Dumas : Le combat contre les inégalités de genre commence dans le cour de l’école
À l’école élémentaire Jean Le Bail de Limoges, les élèves de cycle trois repensent l’espace de la cour de récréation. Un espace où habituellement filles et garçons ne se mélangent pas, un espace où généralement ces derniers occupent la grande majorité de l’espace, les filles se contentant de rester sur les abords. Dans cette école REP de quatorze classes, qui accueille 220 élèves, les élèves de Marie-Mélanie Dumas travaillent sur la notion d’égalité filles-garçons et sur ce qu’elle signifie concrètement dans une cour de récré. « Égalité filles-garçons », c’est le nom du projet qui a permis un partenariat solide avec l’éducatrice du quartier ainsi que le collège du REP.

Professeure des écoles depuis dix-sept ans, Marie-Mélanie Dumas enseigne à l’école Jean le Bail depuis six ans. L’école, classée REP, accueille quinze enseignants mais aussi un RASED complet, fait assez rare pour être souligné. Elle est l’enseignante d’une classe de Cm1-Cm2 où cohabitent 10 filles et 10 garçons, un équilibre parfait pour travailler sur les différentes questions liées à l’égalité des genres.

La cour de récré, un espace d’inégalités

Le projet « « Égalité filles-garçons » est né lors de l’année scolaire 2018-2019, suite à l’observation d’une scène, malheureusement ordinaire, dans la cour de récréation. « Le terrain de basket était occupé par deux groupes d’enfants, le premier composé de filles et le second de garçons. Or les garçons faisaient un match utilisant le terrain en entier tandis que les filles faisaient des paniers d’un seul côté. Lorsque les garçons venaient tirer de leur côté, les filles s’interrompaient, attendaient qu’ils aient tiré et reprenaient ensuite sans jamais se plaindre de la gêne ni revendiquer un partage équitable du terrain. Cela a été le déclencheur… » raconte Marie-Mélanie.

La volonté de faire évoluer la question de l’occupation de l’espace de la cours germe dans son esprit et lorsqu’elle assiste à la conférence « Comment penser la cour d’école pour plus d’égalité entre les filles et les garçons ? » d’Édith Maruejouls proposée lors d’une réunion d’information syndicale, elle se dit qu’elle a là des pistes sérieuses à explorer. « À ce moment-là, la question qui me taraude est : les enfants ont-ils conscience que la cour n’est pas du tout un lieu de mixité ? » se souvient l’enseignante.

Un projet pour faire vivre les valeurs de la République

Elle en discute avec ses collègues et, ensemble, ils rédigent un projet clair aux objectifs ambitieux. « Nous voulions faire prendre conscience aux élèves des inégalités de l’utilisation de la cour : filles/garçons, grands/petits, football/autres activités. Nous voulions aussi en profiter pour réduire le nombre d’incidents et d’incivilités et développer les relations avec les éducateurs du quartier afin de faire de la prévention » explique Marie-Mélanie. Le projet « Égalité filles-garçons » a aussi permis aux enseignants et enseignantes d’aborder plusieurs facettes du programme, notamment en éducation morale et citoyenne. Quoi de mieux qu’expérimenter les valeurs de la république pour les assimiler ? Les notions d’égalité en droit, de discrimination, de conscience civique, d’engagement et de réalisation d’un projet collectif sont autant de notions qui ont pris sens et ne sont pas restés au niveau théorique.

Marie-Mélanie n’hésite pas à solliciter aussi l’éducatrice de quartier avec qui elle avait déjà échangé sur les difficultés que cette dernière rencontrait pour créer du lien avec les adolescents. « Elle nous avait demandé s’il était possible de faire la connaissance des enfants, qui sont de futurs adolescents, grâce à des projets ». La collaboration fonctionne, et très rapidement c’est ensemble qu’elles mènent leurs réflexions et encadrent les débats organisés avec les élèves. « Depuis, cette éducatrice travaille tous les ans avec au moins un enseignant de l’école, elle est tout à fait identifiée des élèves et elle continue à les suivre lorsqu’ils sont plus vieux. Nous espérons ainsi réduire les comportements à risques chez les adolescents du quartier ».

Confronter les représentations au réel

Forte de ces appuis et des connaissances engrangées lors de la conférence, Marie-Mélanie se lance dans l’aventure. « J’ai demandé, à brûle-pourpoint, aux élèves de dessiner la cour en se représentant eux et leurs copains. C’était la prise des représentations sans observation préalable et de mémoire. En effet, il ne fallait pas induire de réponses ». Ensuite est venu le temps du débat animé par l’enseignante et l’éducatrice de quartier. « Nous sommes parties de l’observation des dessins de la cour mais sans leur donner de pistes. Les élèves ont noté que le terrain de foot prenait généralement toute la place sur la feuille et que les filles étaient représentées en marge, autour. Nous avons ensuite décidé de prendre des photos et de réaliser du dessin d’observation pour confirmer ou pas nos soupçons. Les photos n’ont pas donné grand-chose mais les dessins ont confirmé les impressions : les garçons monopolisaient le terrain de foot et les filles, ainsi que les plus jeunes élèves, gravitaient autour et le long des murs ».

« Tic-Tac de la récré de l’égalité », le jeu qui permet de vivre l’égalité

Après ce constat et de riches débats, Marie-Mélanie propose d’inventer un jeu de société qui amènerait filles et garçons à coopérer et à dénoncer cette inégalité. Pour ce faire, elle s’appuie sur des jeux de coopération qu’elle présente lors des APC (activités pédagogiques complémentaires). Très vite les idées fusent et naît le jeu « Tic-Tac de la récré de l’égalité ». La professeure des écoles en explique le but, « l’enjeu est de coopérer pour gagner les quatre badges - liberté, égalité, fraternité et laïcité - en conservant la mixité des activités et avant la fin de la récré. Comme tout jeu de société coopératif les joueurs s’entraident, donc discutent entre eux de la meilleure stratégie. Chacun, lors de son tour de jeu, a des actions à faire mais doit aussi malheureusement piocher dans les cartes qui font perdre : ici le temps joue contre eux mais aussi les jeux de la cour qui sont généralement unisexe… Il faut donc veiller et à la mixité de la cour et au temps qui passe. On peut jouer de 2 à 4 personnes ».

Le support ? Construit par les élèves eux-mêmes, ils ont découpé, dessiné, collé, plastifié… « Pour le prototype, nous avons créé un jeu de tuiles, elles font office de plateau de jeu et représentent les lieux et leurs activités, terrain de foot, les marelles, terrain de ballon prisonnier... Il faut s’y déplacer pour atteindre les badges. Chacune est recto/verso, avec un côté coloré représentant la mixité fille/garçon et un côté noir et blanc, les jeux unisexes. Il y a aussi des cartes élèves qui représentent les personnages du jeu et leurs rôles avec leurs pouvoirs, délégué, spectateur, arbitre, ami, facteur, suppléant. Chacun coopère avec ses cartes pour faire avancer le jeu et atteindre l’objectif des quatre badges veillant à la mixité d’ici la fin de la récréation » explique Marie-Mélanie.

Depuis cette première édition, trois exemplaires sont en cours d’élaboration. L’un sera donné au collège du REP, « ainsi les premiers concepteurs désormais en cinquième en auront un exemplaire », un second sera mis dans la boîte de jeux collectifs de l’école et le troisième conservé en classe.

Apprendre l’égalité, c’est permettre aux élèves de faire vivre cette valeur fondamentale. Expliquer que les filles et les garçons ont les mêmes droits est certes nécessaire mais permettre à chacun de comprendre où se situent les inégalités, c’est leur permettre de s’en offusquer et de changer les choses. Alors, comme l’explique Marie-Mélanie, il n’y a pas de miracle, cela se met en place doucement comme lors des conseils des délégués où les élèves ont proposé de varier les jeux disponibles sur les temps de récréation afin d’inciter à plus de mixité. Un petit pas pour chacun mais un grand pas vers l’égalité.

Lilia Ben Hamouda

Extrait de cafepedagogique.net du 05.05.21

 

Voir aussi B** Créer un jeu de société de coopération sur la mixité dans la cour de récréation à l’école REP Jean le Bail de Limoges

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