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Ecole ouverte, par Jean-Michel Blanquer, Gallimard, septembre 2021 (Le Café, ToutEduc, Le Monde)

9 septembre 2021

JEAN-MICHEL BLANQUER
École ouverte
Hors série Connaissance, Gallimard
Parution : 09-09-2021
Feuilleter le livre

« Je fais et ferai tout pour que cette épidémie ait eu au moins ce mérite : nous obliger à retrouver le sens de l’École. Il y a encore dix-huit mois, avant que le virus ne barre le chemin des salles de classe aux enfants, l’effet de l’habitude avait comme dilué ce sens. La fermeture des écoles, à l’échelle de la France comme à celle du monde, a constitué un point de bascule historique.
Dans cette situation incertaine s’est joué le choix entre une École vue comme notre institution fondamentale ou comme la variable d’ajustement de nos peurs. C’est pourquoi, dans ce livre comme dans la vie, je l’écrirai avec une majuscule en tant que référence centrale de notre existence collective. »
112 pages, 140 x 205 mm

Extrait de gallimard.fr

 

JM Blanquer : Ecole ouverte, le roman d’un slogan
Conte ou programme ? "Pourquoi... y a-t-il eu une singularité française ? Les historiens y reviendront sans doute". Dès le début de son nouveau livre, L’école ouverte (Gallimard), JM Blanquer situe son action pendant la crise sanitaire dans l’Histoire. Mais c’est un conte qu’il expose au fil des pages, celui d’un homme d’Etat éclairé , clairvoyant et courageux qui fait face aux tenants du désordre pour sauver "les enfants de France". Une formule venue du passé... Au récit de JM Blanquer on opposera ce que d’autres acteurs ont constaté. Mais ce livre lance le programme de "l’école ouverte", cette école que JM Blanquer veut instaurer d’ici le printemps 2022. En ce sens il est moins anodin qu’il en a l’air.

Réécrire l’histoire

Dès avril 2020, Marc Bablet, sur son blog, avertissait que "l’autorité cherche à confisquer le récit" de la période du confinement. Cela a été confirmé un an plus tard quand le ministre entame une campagne médiatique sur l’anniversaire du premier confinement et en réécrit l’’histoire. La quasi totalité de "L’école ouverte" est consacré au récit blanquérien de la crise sanitaire de mars 2020 à cette rentrée 2021.

JM Blanquer raconte que "la France a été un des pays qui ont le plus maintenu les écoles ouvertes" et même le premier des grands pays. On a ainsi le récit de la semaine de mars où l’école ferme et où JM Blanquer annonce que "nous sommes prêt". Il nous fait grâce de toutes les déclarations où il promettait de ne pas fermer l’Ecole et de son sentiment au moment où E Macron annonce la fermeture contredisant ainsi son ministre.

Une Ecole dirigée depuis une war room

On a alors le récit d’une institution debout. "C’est une obsession pour moi garder la maison debout". Avec un ministre qui , depuis la "war room" du ministère de l’éducation nationale envoie des instructions aux recteurs, qui les transmettent aux inspecteurs d’académie, qui les donnent aux chefs d’établissement et aux IEN qui agissent immédiatement sur les enseignants. "En quatre niveaux, on peut ainsi atteindre les 13 millions d’élève de France". Pour autant c’est un pilotage doux : "tout au long de la crise nous n’avons cessé de rechercher la souplesse, la flexibilité", écrit JM Blanquer. Les résultats arrivent : "je voyais que nous avions sauvé les enfants de France d’un naufrage dramatique par delà toutes les vicissitudes et les manques".

Les vicissitudes ce sont tous ces ennemis qui grouillent pour détruire la France. "Dans cette situation incertaines s’est joué le choix entre une Ecole vue comme notre institution fondamentale ou comme la variable d’ajustement de nos peurs". Le ministre courageux doit sans cesse combattre les couards qui veulent l’empêcher de réouvrir les écoles. Mais il y a d’autres ennemis. A commencer par les "islamo gauchistes". Et JM Blanquer donne des noms.

Au final on a le grand pays où les écoles ont été ouvertes le plus longtemps et où le niveau des élèves s’est maintenu grâce à la clairvoyance et au courage de JM Blanquer. Enfin pas tout seul. Emmanuel Macron est aussi un personnage du livre. "Il fait nuit depuis longtemps. Il plonge ses yeux dans les miens comme il le fait à chaque fois qu’il veut absolument convaincre. Et nous nous quittons comme un officier quitte le chef de l’armée qu’il sert". Ce passage emprunte à la même plume, étoilée, venue de l’histoire, que la formule des "enfants de France"... Un clin d’œil ?

La réalité : le radeau de la Méduse

Ce merveilleux récit est quand même contredit par les faits. Administration & éducation, la revue de l’association des administrateurs de l’éducation, a consacré son numéro 169 à l’école et la crise sanitaire. Les inspecteurs généraux C Bisson Vaivre et A Tobaty ont gardé une autre image de ce mois de mars 2020. C’est le radeau de la Méduse et la sortie de port du Charles de Gaulle. Le radeau de la Méduse c’est quand les fonctionnaires de l’Education nationale ont vu leur administration s’éloigner au loin et l’Ecole menacée de couler. Tout ce mois de mars où les enseignants sont seuls à faire face, avec des outils qui ne fonctionnent pas pour courir après les élèves. Pendant plusieurs semaines, "war room" ou pas, c’est la grande déroute de l’administration. Une bonne partie des cadres ne sont plus là. Le Charles de Gaulle c’est quand l’administration revient et bombarde d’enquêtes et de consignes, souvent hors sol, ceux qui tiennent l’Ecole depuis le 12 mars 2020. Marc Bablet, Philippe Claus et Annie Tobaty soulignent "l’inadéquation de ce management face à la crise" et "la résistance de l’institution grâce à la résilience des enseignants". Pour eux, "si l’Ecole a tenu son rôle, c’est surtout grâce à la professionnalité des acteurs et au respect de leur liberté et de leur autonomie dans le cadre sanitaire qui leur était imposé. Ces deux conditions ont permis des adaptations créatives, des relations renouvelées avec les élèves et leurs parents, des interrogations fécondes sur le numérique et ses limites, des dynamiques collectives, dans l’échange comme dans la décision". Dans un ouvrage publié en septembre 2020 (L’éducation au temps du coronavirus, La dispute), Stéphane Bonnery et Etienne Douat dressent le même constat.

Quelle gestion de la crise sanitaire ?

La France est-elle le grand pays qui a le plus gardé ses écoles ouvertes ? L’OCDE a travaillé sur la gestion de la crise sanitaire dans les pays d’organisation. Ce qu’elle relève d’abord c’est que la France, pays où JM Blanquer est ministre de l’éducation depuis 3 années, était le pays le moins bien préparé à faire face à cette crise du fait des faibles compétences numériques des enseignants et du nombre important d’élèves par classe empêchant le respect de la distanciation. L’OCDE montre qu’en 2020 la France est le 5ème pays en terme d’ouverture des écoles derrière l’Allemagne et le Danemark par exemple. La France est aussi en avril 2021 au dernier rang pour la vaccination des enseignants. Dans 19 pays sur 30 , en mars 2021, les enseignants sont prioritaires. En France ils ne le seront... qu’en même temps que tout le monde, ce que ne rappelle pas JM Blanquer. Enfin la France a mené une politique de ressources pédagogiques particulières selon l’OCDE. Elle n’a publié de ressources particulières ni pour les smartphones, alors que c’est l’outil utilisé par les élèves défavorisés, ni pour les élèves issus de l’immigration ou des minorités.

Le maintien du niveau scolaire ?

Mais au moins cette politique a t-elle permis de maintenir le niveau des élèves tout en réduisant les inégalités sociales comme le dit JM Blanquer ? En novembre 2020, la Depp (division des études du ministère) a publié les résultats des évaluations de rentrée en CP et Ce1. Elles montrent une légère baisse de niveau en français et en maths, ce qui n’est pas surprenant venant après les perturbations de l’année 2019-2020. Par contre ce qu’il faut retenir c’est une forte progression des écarts entre les élèves des écoles hors éducation prioritaire et ceux de l’éducation prioritaire en CP et un creusement encore plus grave des inégalités en CE1. Cela veut dire que, à cette rentrée 2020, les dédoublements n’ont pas eu les effets positifs promis par le ministre. En mars 2021 ce sont les résultats des évaluations de mi CP qui sont publiées. L’écart entre les écoliers de l’éducation prioritaire et les autres augmente. Ainsi en compréhension à l’oral 14% des écoliers hors rep ont des difficultés mais 38% en Rep+.

Le programme à appliquer d’ici le printemps

La seconde partie du livre est consacrée à ce qui semble être le programme de l’Ecole ouverte. "Il est évident que nos sociétés doivent investir massivement dans l’Ecole pour compenser les difficultés crées par les différents confinements", écrit JM Blanquer. Il se vante (page 84) de la part du PIB consacré à la dépense d’éducation qui est supérieure à la moyenne OCDE. Et là il ne manque pas de culot. Car cette dépense est passée de 6.8% du PIB en 2017 à 6.7% en 2018 puis 6.6% depuis 2019. 6.6% c’est le point le plus bas. Il avait déjà été atteint en 2006 quand JM Blanquer était directeur adjoint du cabinet de Robien... La France est aussi dans les plus faibles niveaux de dépense publique d’éducation avec 7.8% des dépenses publiques quand la moyenne est au dessus de 9.8%. Ce qui explique ce bas niveau ce sont les salaires des enseignants, particulièrement bas en France, et surtout le coût salarial par élève, très bas car en plus les classes sont surchargées. "Il vaut mieux investir l’argent public dans une éducation de qualité", écrit il. Mais il fait le contraire...

JM Blanquer parle malgré tout de la revalorisation des enseignants. Mais c’est pour évoquer "les 12 engagements" du Grenelle de l’éducation "qui constituent une révolution pour notre maison". JM Blanquer parle de "personnalisation des parcours" là où un statut l’organise avec le PPCR. Il parle de "la prise en compte du mérite". Il veut "développer la culture collaborative entre les professeurs" mais "cet esprit peut passer par une nouvelle gouvernance dans les écoles et les établissements". On en a une illustration à Marseille où des directeurs d’école pourront recruter les enseignants.

Un ministre pressé par le temps

Ainsi ce livre a une double fonction. Réécrire l’histoire du confinement en faisant oublier ces semaines où le ministère a disparu et où les enseignants étaient les seuls maitres à bord. Il gomme l’impréparation permanente face à la crise, notamment le scandale d’avoir envoyé des enseignants sans masque accueillir les enfants de soignants puis de s’être opposé à la priorité vaccinale pour les enseignants. Il a une autre fonction : cette histoire prépare les réformes en cours. Comme si JM Blanquer pensait qu’il a encore le temps de les appliquer.

François Jarraud

Jean-Michel Blanquer, Ecole ouverte, Gallimard, ISBN 978-2-07-296623-1, 12€

Extrait de cafepedagogique.net du 09.09.21

 

Jean-Michel Blanquer : son bilan, ses références philosophiques, ses ambitions ("Ecole ouverte", Gallimard)

Jean-Michel Blanquer a, incontestablement, le sens de l’anecdote qui fait mouche, qui favorisera l’empathie du lecteur. Ainsi lorsqu’il évoque le premier confinement, la désorganisation du ministère : "Mon chef de cabinet doit continuer de faire tourner la boutique avec un bureau du cabinet intégralement en télétravail (...). Nous mangeons midi et soir des sandwichs achetés à la boulangerie d’à côté." L’un des enjeux de son dernier ouvrage, "Ecole ouverte", est en effet de retracer, de donner à vivre presque en temps réel la vie d’un ministre faisant face à une crise inédite dans sa forme et sa durée. Il évoque ses rencontres avec le chef de l’Etat, notamment celle du 12 mars au soir, après l’allocution présidentielle qui annonce le confinement : "Nous nous quittons comme un officier quitte le chef de l’armée qu’il sert." Il revient sur ses déclarations, les mauvaises interprétations qui en ont été faites, les interventions "des professionnels du tohu-bohu". Et, s’agissant de la gestion de la crise sanitaire, il dit sa certitude d’avoir eu raison malgré "les critiques, les attaques et même les insultes" : "Nous avions sauvé les enfants de France d’un naufrage dramatique par-delà toutes les vicissitudes et tous les manques", même s’il a dû parfois accepter l’inévitable : "Ce ne fut pas sans une certaine amertume que j’annonçai (pour la session 2020 du baccalauréat) le contrôle continu complet. Il n’y avait pas d’autre solution."

Le second enjeu est philosophique. Jean-Michel Blanquer refuse "le relativisme intellectuel". Il situe son action dans le prolongement de celle de Condorcet, il lie "éducabilité de l’être humain" et "idée de progrès". Il "n’ignore pas que ces piliers de la modernité ont été considérés comme désuets par des courants de la philosophie contemporaine, relayant le doute profond de la civilisation sur elle-même après les errements tragiques du xxè siècle". Il vise alors Ivan Illitch et son livre, "Une Société sans école". Il invoque à l’inverse la définition de la liberté de Rawls.

Le troisième enjeu est politique. Alors que s’approche la fin de la mandature, Jean-Michel Blanquer fait le bilan de son action et des réformes qu’il a entreprises. La pandémie et le confinement auraient pu déboucher sur "l’abattage d’un oiseau au début de son vol", et ont effectivement provoqué "un affaissement, en septembre 2020, du niveau général des élèves en CP", mais "dès février 2021, cet affaissement a été rattrapé", grâce à la mobilisation des enseignants "et du travail qui a été accompli sur les ressources et la formation". D’ailleurs, depuis 2017, a été généralisée "une approche qui efface les dernières scories de la méthode globale". Il ne voit rien à retrancher, nonobstant les critiques qui apparaissent, dans son récit, comme absurdes ou malhonnêtes. C’est ainsi qu’il dénonce, par exemple "l’incroyable absence de scrupules des milieux anti-républicains", ce qui l’a amené à parler "d’islamo-gauchisme", une formule qu’il ne regrette en rien, même si cette publication lui donne l’occasion d’expliquer le sens qu’elle prend pour lui.

Et surtout, il en appelle à "bâtir une alliance pour le monde qui vient" et qui "reposera nécessairement sur quatre piliers : l’éducation, la santé, la prospérité et l’environnement". Il centre son propos sur le "pilier éducation", sur "l’alliance éducative des professeurs et des personnels" et sur "le triptyque élève/famille/professeur". "Il nous reste encore à progresser sur la coéducation des enfants", ajoute-t-il. Est-ce la tâche à laquelle il souhaiterait s’atteler si la majorité présidentielle actuelle était reconduite l’an prochain ou se situe-t-il dans une perspective plus large, plus ouverte ? Il n’en dit rien mais cet ouvrage, petit par la taille, est riche d’ambitions que justifient, estime l’auteur, son bilan.

Ecole ouverte, Jean-Michel Blanquer, Ecole ouverte, Galllimard, 114 pages, 12€

Extrait de touteduc.fr du 05.09.21

 

EXTRAIT de la lettre de ToutEduc du 08.09.21
Editorial. L’évènement de la semaine est, évidemment, la publication du livre de Jean-Michel Blanquer, "Ecole ouverte" , et il devait faire l’objet de cet éditorial puisque ce ministre est le premier depuis très longtemps, qui, sauf accident, aura fait toute la mandature. Mais comment le commenter ? L’auteur est amené à dresser son bilan sur bientôt cinq ans et, tout naturellement, celui-ci devient un plaidoyer pro domo. C’est d’abord la gestion de la pandémie, qui a permis que les écoles restent ouvertes, ce que le monde nous envie, et des réformes qui sont toutes des succès. Si elles sont contestées, c’est uniquement le fait des "professionnels du tohu-bohu", d’esprits faux et mal intentionnés... Curieusement, cet adepte de la gestion par les résultats, du gouvernement par les chiffres n’en cite aucun, sinon sur le confinement. Il doit aussi tracer des perspectives, mais il ne peut proposer un programme pour la prochaine mandature, sauf à couper l’herbe sous le pied du candidat Macron. Il se limite donc à invoquer une nouvelle vision davantage globale de l’action publique, qui associerait dans "une nouvelle alliance" éducation, santé, environnement, progrès technique et expansion économique, mais celle-ci reste à décliner en propositions concrètes et, dans le domaine scolaire, il (se) propose de davantage associer les parents au fonctionnement de l’école, sans davantage de précisions. L’ouvrage n’offre donc pas de prise au commentaire, ou plus exactement, n’étant jamais sur le mode de l’interrogation, il n’appelle pas de réponse, il n’invite pas au dialogue, il est clos sur lui-même. Cet évènement, la publication du bilan et de la vision du ministre qui a, plus que tous ses prédécesseurs, eu le temps d’agir et de transformer l’Ecole, en est-il un ?

 

Dans « Ecole ouverte », Jean-Michel Blanquer vent debout contre les voix discordantes
Le ministre de l’éducation nationale revient, dans un essai, sur sa gestion de la crise sanitaire, dressant le bilan peu critique de ses réformes et en premier lieu la décision de fermer les écoles le moins longtemps possible.

[...] Au fil des pages, on décèlera moins son sens de l’intérêt général et la priorité qu’il accorde aux enfants – dont personne ne doute de la part d’un ministre de l’éducation – qu’une méfiance à la limite de l’obsession à l’encontre des diverses opinions contraires qui traversent le monde éducatif. Celles des journalistes, des syndicats, des élus, de tous ceux qui ont trouvé à redire à ses décisions. Dans la deuxième partie de l’ouvrage, ce ministre à la longévité exceptionnelle – il vient d’achever sa cinquième rentrée – dresse aussi le bilan de ses réformes, nombreuses, dont le dédoublement des CP et CE1 en éducation prioritaire.

En creux se dessine ainsi une image très précise de l’école. Celle d’un lieu où chacun devrait se ranger derrière une vision, la sienne, d’une « école ouverte » sur le monde moderne, mais aussi alignée derrière une méthode d’apprentissage de la lecture qui « efface les dernières scories de la méthode globale ». Une école uniformément convaincue des bénéfices de la réforme du lycée – pourtant contestée par certains enseignants. A force, on serait tenté de lui répondre que l’école est un bien commun, un héritage partagé, qui nous appartient à tous. Que si l’on y forme les citoyens de demain, c’est précisément pour qu’ils aient les moyens, et le droit, de porter haut leurs désaccords.

Extrait de lemonde.fr du 09.09.21

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