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Un rapport de l’Igesr sur les rapports entre les acteurs du scolaire et du périscolaire et les enjeux en matière de continuité éducative, juillet 2021 (Le Café, ToutEduc)

14 décembre 2021

Le secteur périscolaire victime du manque de moyens et de considération
C’est le jour même d’une grande grève des animateurs que le ministère de l’éducation nationale publie un rapport de l’Inspection générale, dirigé par Frédéric Mansuy, sur les métiers de l’animation dans le secteur périscolaire. "Les intervenants du champ périscolaire ont du mal à s’inscrire dans cette perspective de réussite, car le secteur est confronté à un manque de stabilité et de clarté des politiques publiques, générateur de difficultés de recrutement, de qualifications et de reconnaissance. La qualité insuffisante des emplois constitue un frein à une plus grande professionnalisation des animateurs. Les emplois, souvent précaires, se caractérisent par de faibles quotités de temps travaillés, des champs professionnels variables et mal définis et des compétences professionnelles attendues difficilement identifiées", écrit l’Inspection. "En matière de continuité éducative, les intervenants cohabitent davantage qu’ils ne coopèrent, et peuvent parfois se trouver en situation d’opposition. La coordination des projets et des temps de l’enfant relève majoritairement de l’informel et constitue un point faible pour une réelle mis en oeuvre d’une stratégie de complémentarité éducative. Les animateurs des temps périscolaires souffrent d’un réel manque de reconnaissance de leur action éducative qui peut même parfois être considérée comme perturbatrice des objectifs assignés à l’école". C’est donc la complémentarité éducative qui est victime de cette situation. Dans les recommandations, le rapport demande de "penser les locaux en termes de complémentarité scolaire - périscolaire" et de "rappeler par une circulaire le cadre d’exercice des intervenants du périscolaire, membres à part entière de la communauté éducative". Il demande aussi de "positionner le directeur d’école comme référent territorial de la complémentarité éducative".

Extrait de cafepedagogique.net du 15.12.21

 

Scolaire - périscolaire : "le directeur d’école est le maillon opérationnel de la complémentarité éducative" (IGESR)

Lorsque la notion de "continuité éducative" est "réellement" prise en compte, c’est "souvent le résultat de l’implication volontariste d’acteurs territoriaux", faute de quoi "la continuité éducative n’existe même pas au titre d’une dynamique. La coexistence des temps scolaire et périscolaire ainsi que la cohabitation des intervenants (les animateurs et les enseignants principalement, mais aussi parfois les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles-ATSEM) sont plutôt marquées par le cloisonnement et la discontinuité", constate l’IGESR. L’inspection générale de l’Education nationale, du Sport et de la Recherche était saisie après que la crise sanitaire "a mis en évidence le rôle positif des accueils périscolaires en matière de continuité éducative". Mais le secteur reste "confronté à des problèmes de stabilité et de clarté des politiques publiques de l’État (...). L’origine identifiée de cette difficulté est l’absence d’une définition du concept de continuité éducative tant en matière de pilotage que d’objectifs."

"Sous la même terminologie, la perception peut être très variable, se limitant parfois à une continuité des temps (modalités de garde) pour aller parfois, mais plus rarement, jusqu’à la conception et la mise en œuvre de projets éducatifs partagés. L’usage qui en est fait dans le discours et la communication du ministère est lui-même ambigu, la continuité éducative désignant expressément depuis quelques mois la continuité des missions de l’école en période de crise sanitaire."

Cette notion renvoie à des réalités mouvantes. "De l’aménagement du temps de l’enfant à celui des rythmes de vie de l’enfant et du jeune, en passant par les contrats bleus, ou plus récemment la réforme dite ’Peillon’ de 2013, le plan mercredi, les cités éducatives, l’État tente d’inciter les collectivités, les associations et l’école à se concerter et se coordonner. Les exigences portées par ces différents programmes sont parfois différentes, les dispositifs ont une durée de vie limitée et sont modifiés sans qu’une évaluation précise soit menée. Une grande majorité des interlocuteurs ont souligné que le premier obstacle à toute forme de continuité restait l’instabilité des dispositifs développés par l’État qui sont le plus souvent perçus comme des réponses conjoncturelles plus que de réelles stratégies politiques durables."

La mission pointe d’ailleurs "un ressenti de manque de considération", d’autant que les familles sont "assez peu impliquées, mais présentent une exigence de qualité d’accueil grandissante" et que "le regard que portent les enseignants sur les animateurs est vite dévalorisant", mais "... l’inverse est tout aussi vrai". La différence de statut et de niveau de formation en est une explication, "à quoi on pourrait ajouter l’âge des animateurs et animatrices qui a pour effet de les assimiler à de ’grands enfants’ plutôt qu’à des adultes (...). Le plus souvent, enseignants et animateurs cohabitent dans une ignorance réciproque. Par exemple, selon plusieurs responsables d’accueils périscolaires, certains enseignants sont surpris que ces derniers se préoccupent aussi de pédagogie et d’éducation." Les inspecteurs généraux trouveraient "intéressant de privilégier (...) des dispositifs favorisant une meilleure connaissance réciproque", notamment dans le cadre de la formation initiale des enseignants et des animateurs.

Il ne s’agit pas de confondre pour autant le temps scolaire et "les temps du périscolaire (qui) doivent pouvoir affirmer une approche pédagogique différenciée de celle de l’école alors que beaucoup attendent qu’elle en soit (le) prolongement, sans reconnaître une légitimité aux intervenants de développer une démarche éducative spécifique, notamment bâti sur le caractère non obligatoire des activités proposées". Le rapport évoque même "une forme de rivalité" : "l’action des uns (les animateurs) peut être perçue comme nuisible à celle des autres (les professeurs des écoles). Les synergies, quand elles existent, sont le fait de relations interpersonnelles ou de volontés politiques locales, mais ne résultent que rarement d’une organisation systémique (...). Il n’existe pas, au plan local, de personnels bénéficiant de temps dédiés à cette fonction d’assembleur(...). En la matière, la place du directeur d’école semble fondamentale et devrait être consolidée. Au-delà d’une relation hiérarchique que le statut des animateurs rend impossible, une forme d’autorité académique ou fonctionnelle serait envisageable (...). Il devrait bénéficier d’une formation spécifique et disposer d’un temps de concertation et d’animation dédié."

Les inspecteurs évoquent une autre difficulté : "L’emploi dans le champ périscolaire est par nature très fractionné", la plupart des emplois sont à temps partiel (20 heures hebdomadaires payées 820 € brut) et la mission estime qu’ "une stratégie pour augmenter la quotité de temps travaillé des animateurs et tendre vers des emplois à temps plein" serait opportune. Se pose aussi la question des qualifications. BAFA et BAFD "sont souvent qualifiés d’insuffisants au regard des exigences éducatives renforcées que connaissent les temps périscolaires", mais les diplômes professionnels, brevet et diplômes d’Etat sont "peu accessibles". Le CPJEPS (Certificat professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport) constitue une alternative, mais depuis trop peu de temps "pour qu’il soit possible de mesurer objectivement sa capacité à répondre aux besoins sectoriels". Peut-être faudrait-il plutôt prévoir "une formation professionnalisante complémentaire" du BAFA et valorisant les acquis de l’expérience.

La mission pointe également l’absence de "données consolidées" permettant une analyse tant de la nature des dépenses engagées par les collectivités en matière d’accueil périscolaire que sur les modalités de gestion de ces politiques, d’autant qu’ "il est fréquent de constater que la structure qui met en place l’accueil du matin et du soir est différente de celle qui organise la restauration scolaire et les accueils extra-scolaires du mercredi ou des petites vacances". Si les collectivités plébiscitent les marchés publics "à bons de commande", les délégataires "en revanche, n’y trouvent pas l’assurance d’une continuité de leur action", alors qu’ils ont des "frais fixes et pour partie invisibles mais néanmoins essentiels". Les IG estiment que le SIEG (Service d’intérêt économique général) mériterait d’être davantage développé.

Mais au-delà de ces considérations, "dans la majorité des situations observées par la mission, c’est la dynamique elle-même et le désir des acteurs de s’engager dans un projet commun qui font défaut (...). Le partage des locaux ou l’usage commun de matériels sont fréquemment source de tension voire de conflit (...). L’articulation entre enseignants et animateurs en la matière mérite d’être clarifiée mais cela ne peut se faire que si l’activité de l’autre est reconnue (...). Dans tous les cas, le directeur d’école est le maillon opérationnel de la complémentarité éducative."

Le rapport "État des lieux des métiers de l’animation dans le secteur périscolaire et enjeux en matière de continuité éducative" ici

Extrait de touteduc.fr du 13.12.21

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