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De l’éducation prioritaire à l’éducation populaire, portrait du président de la Ligue de l’enseignement de l’Aube (Les Cahiers)

26 octobre 2021

S’engager pour s’émanciper
Lucien Aniesa, président de la Ligue de l’enseignement de l’Aube, a investi les différentes dimensions de l’éducation, au sein de l’école et en dehors. Il nous raconte les enjeux de l’engagement militant aujourd’hui pour l’éducation populaire.

Devenu instituteur au début des années 80, il a bénéficié d’une « véritable formation pédagogique » de trois ans à l’École normale. Il est nommé dans l’Aube, en zone d’éducation prioritaire, dans un quartier très populaire et dans une école où les activités physiques et sportives sont intégrées dans le projet. Il complète les cycles de travail par des rencontres le mercredi après-midi dans le cadre de l’USEP (Union sportive de l’enseignement du premier degré). « Il y avait peu d’activités de l’éducation populaire dans le quartier. J’emmenais les élèves faire du foot, du basket, du cross, filles et garçons, j’insiste. »
Quatre ans plus tard, au vu de son investissement, l’USEP lui propose un poste de délégué départemental en détachement de l’Éducation nationale. Il poursuit sur tout le département les actions de découverte des activités physiques et sportives qu’il menait dans son école, leur ajoute un volet de vie associative.

« Quand on fait du sport, qu’on se confronte, qu’on s’affronte, on apprend. Je ne suis pas contre l’autre, je suis avec l’autre. Au-delà du plaisir personnel, on est dans le collectif, on apprend et on grandit ensemble. » La participation des élèves et des enseignants pour le choix des cycles et des actions est pour lui un ingrédient majeur. « J’insistais beaucoup sur la coopération et l’axe citoyen avec l’engagement des élèves, des professeurs et des parents, sur la solidarité, le coenseignement. »

Au bout de sept ans, la Fédération des œuvres laïques, devenue depuis Ligue de l’enseignement, lui propose le poste de secrétaire général départemental, toujours dans l’Aube. Son parcours professionnel prend une nouvelle dimension, avec la gestion de différents services, englobant notamment la culture, la promotion de la laïcité, l’organisation de séjours éducatifs ou encore des actions pour la citoyenneté comme la semaine contre le racisme ou la vie associative post-scolaire. Ce travail, aux multiples facettes, le passionne, avec toutefois un bémol. « C’était assez épuisant avec quarante personnes dans les services, un budget à gérer, sans avoir de formation dans le domaine de la gestion d’une entreprise de l’économie sociale. »
Une expérience formidable

Après dix-neuf ans de détachement, il revient dans l’Éducation nationale en tant que proviseur-adjoint, sans rester éloigné de la Ligue de l’enseignement, cette fois en tant que bénévole. Aujourd’hui retraité, il occupe depuis dix ans la fonction de président de la fédération de l’Aube. Le métier de proviseur-adjoint lui plaît, d’abord dans un lycée professionnel, « une expérience formidable avec un public différent » puis en lycée général et technologique. Là encore, il mise sur la coopération. « Au lycée, j’ai toujours essayé d’amener une autre vision, un management différent où chacun a sa place, en partageant, coconstruisant, pour qu’élèves et équipes soient bien, actifs et acteurs. »

Dans son parcours professionnel et associatif, il investit ce qu’il nomme « les deux jambes de l’éducation », l’éducation formelle à l’école et le périscolaire avec l’éducation populaire. « La forme est différente. À l’école, il y a une commande institutionnelle, un cadre, une forme de pédagogie, des apprentissages codifiés. L’éducation populaire est plus une éducation où on partage les savoirs, où on travaille sur l’expérimentation, où le mouvement apporte une réflexion. » Pour les deux, la coopération, le partage, la discussion sont primordiales pour favoriser l’émancipation.
Le contrepouvoir associatif

Les associations sont pour lui « un contrepouvoir utile et positif, un corps intermédiaire essentiel ». Il constate un affaiblissement de l’engagement, une désaffection des militants dans le tissu associatif depuis quelques années. « Les publics ont changé. On ne s’abonne plus, on a plus un réflexe de consommation que d’affiliation. On consomme les actions qui ont du sens, avec un engagement ponctuel. »

Pour que ce contrepouvoir associatif perdure, joue son rôle à plein, il faut donc imaginer des solutions pour motiver un engagement au long cours, en particulier des jeunes. « On essaie d’amener les gens à s’investir plus durablement et de façon globale, sur un projet éducatif global et de transformation. » L’éducation populaire est là aussi pour que les liens se tissent au sein d’une population, d’une ville, d’un quartier, pour que les valeurs se construisent et se concrétisent en collectif.

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Extrait de cahierspedagogiques.com du 14.10.21

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