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Les démissions d’enseignants. Pour les jeunes enseignants, « le choc a toujours lieu entre l’idéal du métier et le réel" (Françoise Lantheaume dans le Monde)

23 novembre Version imprimable de cet article Version imprimable

Les démissions d’enseignants augmentent et l’éducation nationale n’arrive pas à répondre à ce malaise
Des stagiaires qui renoncent, des professeurs qui partent…Rapportés au total de 800 000 enseignants, ces départs ne pèsent pas grand-chose. Mais d’année en année, ils se font de moins en moins rares.

[...] Pourquoi partir ? Il y a dans les arguments avancés par ces enseignants un clivage générationnel assez net. Après quinze ou vingt ans de métier, la plupart invoquent l’alourdissement des tâches et l’épuisement professionnel qui en découle. Souvent, aussi, le manque de reconnaissance. Et la peur de devenir ce qu’ils ne veulent pas être : un enseignant « aigri », sourd aux besoins des élèves et mis en incapacité d’y répondre.
L’argumentaire est différent chez les néophytes : eux insistent plutôt sur le choc entre le métier idéalisé et la réalité. Et des contraintes qu’ils n’avaient pas toujours anticipées. C’est ce que raconte Baptiste : « On quitte du jour au lendemain son lieu de vie [le concernant, la Normandie] pour être parachuté sur le terrain [un collège du Nord]. Et ça, ça passe ou ça casse… » Quand le jeune homme a compris que, sans points au barème des affectations, sans expérience, sans enfants, il ne reviendrait pas chez lui de sitôt, il s’est senti coincé.

[...]
22 %
C’est la part de personnels contractuels au sein de l’éducation nationale en 2020-2021, quand ils n’étaient que 14,5 % entre 2015-2016. Une hausse d’autant plus notable que, dans le même temps, le nombre de titulaires comptabilisés est resté stable. Elle s’explique « principalement par les recrutements d’assistants d’éducation [AED] et d’accompagnants d’élèves en situation d’handicap (AESH) », plus que de personnels prenant charge d’une classe, tempère-t-on au ministère de l’éducation. Il y a un an, la Cour des comptes relevait déjà que la hausse des contractuels dans la fonction publique résultait, essentiellement, des recrutements à l’éducation nationale.

Extrait de lemonde.fr du 22.11.21

 

Pour les jeunes enseignants, « le choc a toujours lieu entre l’idéal du métier et le réel »
Selon la sociologue Françoise Lantheaume, les conditions d’entrée dans le métier sont très difficiles pour nombre de jeunes enseignants, qui mettent du temps à s’acclimater à la réalité de la profession.

Françoise Lantheaume, sociologue, chercheuse en sciences de l’éducation à l’université Lyon-II, est la co-auteure de Durer dans le métier d’enseignant (Academia-L’Harmattan, 2019). Elle rappelle que le mouvement de démissions à l’école n’est pas « propre à la France », avant d’en analyser les raisons et l’impact au sein d’un secteur de plus en plus « hétérogène ».

[...] Les conditions d’entrée dans le métier rendent l’exercice très difficile – voire impossible à supporter – avec une responsabilité pleine dans la classe et une charge de travail énorme. Il faudrait donner du temps aux nouveaux professeurs – un service allégé, des temps de supervision et d’échanges entre collègues… C’est sur ce levier-là que les politiques éducatives pourraient se concentrer.

Les enseignants parlent aussi d’un « trop-plein » de réformes…
L’accumulation de réformes est évoquée par tous les enseignants comme une entrave à leur travail. Ce sentiment d’accumulation n’est pas dénué de fondement : dans les années 1980 par exemple, les bulletins officiels étaient assez bref et peu réguliers. Ils sont aujourd’hui beaucoup plus longs et paraissent chaque semaine, signe de l’essor des injonctions. Et pourtant, notre école a une position très moyenne dans les enquêtes PISA. Cela donne aux professeurs le sentiment de subir des réformes finalement peu efficaces.

Les démissions sont aussi le fait d’enseignants expérimentés. Comment l’expliquer ?
Oui, on en compte chez des enseignants plus âgés, notamment parmi ceux qu’on appelle les « reconvertis », ces femmes et ces hommes qui embrassent le métier après une première carrière dans le privé. Ils ont des attentes très fortes en matière de réalisation personnelle ; ils ont souvent quitté un bon poste, bien rémunéré, pour « donner du sens » à leur trajectoire professionnelle. Or ces reconvertis accumulent souvent les déconvenues, sur le plan de la pesanteur ressentie du « système » qu’ils supportent assez mal, comme, parfois aussi, dans la relation aux élèves qu’ils avaient idéalisée. Sans compter qu’ils espéraient, très souvent, reprendre le contrôle sur leur temps de travail, rééquilibrer vies personnelle et professionnelle : sur ce plan-là, également, beaucoup déchantent

Extrait de lemonde.fr du 22.11.21

 

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