> ACTEURS (EP et hors-EP) > Enseignants (Identité, Métier) > Enseignants (Etudes, Dossiers et Guides, Actes) > Pourquoi les enseignants démissionnent, en France (Le Café) et au Québec (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Pourquoi les enseignants démissionnent, en France (Le Café) et au Québec (ToutEduc)

13 juin

Démissions : Qu’est ce qui pousse les enseignants ?
Alors que le taux de démissions est en rapide hausse en France, deux sociologues, Richard Etienne et Céline Avenel (LIRDEF Université P Valéry de Montpellier) interrogent des enseignants démissionnaires, d’autres qui souhaitent partir et des formateurs sur les raisons de ces départs. Ils montrent comment la formation et l’organisation du système éducatif jouent un rôle dans ces départs.

Dysfonctionnements

Qu’est ce qui pousse des nouveaux enseignants à refuser le bénéfice de leur concours ? Richard Etienne et Céline Avenel (LIRDEF Université P Valéry de Montpellier) interrogent dans la revue Recherches en éducation n°48) une dizaine d’enseignants ayant démissionné ou persévérant en attendant une opportunité de retrouver un emploi hors éducation nationale. Ils ont aussi interrogé deux responsables de formation sur leur vision de cette attrition des enseignants.

Ce qu’ils font apparaitre c’est le lien entre le fonctionnement de l’Education nationale et ces démissions. Ainsi Marianne réussit avec facilité le concours mais doit démissionner quand elle apprend qu’elle est nommée à 250 kilomètres du domicile familial. Aurélie , cadre dans le privé, obtient le CRPE. Mais durant son année de stage cela se passe mal avec une de ses deux maitresse formatrice. L’institution choisit de soutenir la formatrice et Aurélie démissionne dégoûtée. Bernard obtient le capes d’éducation musicale mais refuse le travail de socialisation qu’il doit faire en collège Rep. Il veut enseigner la musique et ,’est pas aidé par l’institution. Juliette est nommée sur liste complémentaire et envoyée en classe sans aide.

Des tensions de gestion à l’indifférence

Les auteurs pointent d’abord l’indifférence de l’institution aux situations personnelles. " Le MEN fonctionne comme si tous les enseignants étaient interchangeables avec des barèmes liés à des facteurs objectifs13. Leur personnalité et leur vie familiale sont donc ignorées... Ce qui rend institutionnellement la formation et le début de carrière difficiles à vivre, c’est la désignation de lieux de stage situés non dans un réseau d’établissements formateurs mais selon une technique de « bouchage des trous » créés par les temps partiels ou les postes non pourvus". Ils montrent aussi " la montée en charge des exigences et l’état réel de la compétence enseignante en début de carrière... « Le niveau d’exigence […] n’a plus rien à voir avec ce qu’on exigeait d’un débutant dans les années 70 ou début 80 », selon le responsable de formation du premier degré". La formation est aussi interrogée : " la formation successive (licence, année de préparation du concours et année visant formation, titularisation et obtention du M2) ne favorise pas autant l’appropriation progressive de la réalité du métier qu’une formation longue et accompagnante (simultanée) sur cinq années."

Revoir la formation

Mais les auteurs insistent sur le fossé entre les valeurs proclamées par l’institution et celles pratiquées. " Celles professées par l’institution (citoyenneté, laïcité, démocratisation, égalité des chances, respect de la diversité, etc.) leur semblent insuffisamment traitées dans le « le réel de l’activité », que ce soit pendant la période de formation ou tout au long de la carrière. De plus, les pratiques administratives de l’Éducation nationale au quotidien suscitent les plus expresses réserves : absence d’écoute (que ce soit au rectorat ou dans les services départementaux), référence trop fréquente à des règles gestionnaires au détriment de la prise en compte de la situation des personnes ou des familles et déficit d’empathie".

Cela amène les auteurs à faire trois propositions. D’abord confronter le plus tôt possible les futurs enseignants à la réalité de la classe. Ensuite revoir la formation : " passer d’une formation successive (licence détachée du cursus de formation puis master 1 et 2 avec le concours, la formation et la titularisation) comptant très peu d’heures consacrées à la préparation au métier à une formation simultanée avec un accompagnement sur quatre ou cinq années en référence à un « établissement formateur »". Enfin avoir une écoute personnalisée des stagiaires.

François Jarraud

L’article

Extrait de cafepedagogique.net du 10.06.22

 

Pénurie d’enseignants et démissions : Au Québec aussi (La Presse)
Fin mai, Québec a lancé une campagne publicitaire qui encourage les titulaires d’un "baccalauréat (une licence dans le système français, ndlr) dans une discipline enseignée dans les écoles préscolaires, primaires, secondaires" à envisager une carrière en éducation dès la prochaine rentrée scolaire et, selon La Presse, elle "choque des enseignants démissionnaires... qui atteindraient des nombres jamais vus".

Nos confrères donnent l’exemple d’un enseignant à qui on a refusé un temps partiel, et qui a préféré démissionner après sept ans d’enseignement : "Ils mentionnent qu’il y a une pénurie, qu’il faut s’investir pour les jeunes, mais quand on arrive sur le plancher, il manque de ressources, on nous dit non pour des projets, pour (aménager) l’horaire." Une autre estime que le message publicitaire "minimise ce que c’est, l’enseignement, c’est comme si quiconque a un bac peut venir dans une classe et ça va fonctionner. Les enseignants non qualifiés, ce sont des collègues qui pleurent à la fin de la journée. Quand on leur offre du mentorat, il provient souvent de collègues… eux-mêmes débordés".

La présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement abonde dans son sens. "On a tous vu ça, des gens qui arrivent, qui n’ont aucune formation en pédagogie et qui au bout de quelques semaines disent : ’Je n’en peux plus, je m’en vais’." En cause notamment, une diminution du nombre des "techniciennes en éducation spécialisée" alors que le nombre des élèves en difficulté augmente : "En 2008, je voyais un ou deux élèves en orthopédagogie par classe ; maintenant, c’est le tiers de la classe", explique l’une d’elle.

A noter que les titulaires d’un baccalauréat déjà recrutés dans des écoles en raison de la pénurie auront accès l’automne prochain à deux nouvelles maîtrises à distance permettant d’accéder au brevet d’enseignement.

Le site de La Presse ici

Extrait de touteduc.fr du 12.06.22

Répondre à cet article