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Cités éducatives : ToutEduc ouvre une série d’entretiens avec des responsables. 1er volet : la principale du collège REP Mendès-France à Paris 20ème

11 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Une cité éducative au plus près de la réalité du terrain (1er volet)
ToutEduc, partenaire de la Cité éducative "Les portes du XXème" à Paris et de la Ligue de l’enseignement, ouvre une série de dépêches sur ce dispositif par une interview de Nathalie Dupain, principale du collège Mendès-France qui est chef de file du projet.

ToutEduc : Où en est le projet de “cité éducative“ ?

Nathalie Dupain : Il avance, mais du fait du contexte sanitaire, c’est plus lent que prévu. L’année dernière la pandémie nous a tous bloqués à partir de la mi-mars. La réflexion intellectuelle menée dans les groupes de travail qui se mettait en place a été très perturbée car chacun s’est recentré sur ses missions premières, parce que c’était une situation de crise qui nous a demandé énormément de travail. Il y a moins de flottement cette année, pour autant nos groupes opérationnels n’ont pas tous pu se tenir en présentiel, ils se tiennent aujourd’hui avec toutes les limites d’un travail en visioconférence. Nous voyons en revanche la cité éducative maintenant comme un atout dans ce contexte-là, et on a utilisé le dispositif pour penser des réponses adaptées.

ToutEduc : Pouvez-vous nous décrire l’évolution du projet ?

Nathalie Dupain : On a réfléchi en termes de territoire sur plusieurs sujets, notamment sur un parcours artistique et culturel parce que c’est une entrée extrêmement importante pour un public de cité éducative, il y a ici beaucoup de choses qui vont se jouer sur cette question, de même que sur la parentalité et l’éducation à la santé et à la citoyenneté. Ces notions là, au départ du projet, ont nécessité des temps de discussion extrêmement importants. Définir la parentalité, ce n’est pas si simple, en fonction d’où on est, de qui on est, il a donc fallu vraiment travailler là-dessus pour avancer. Une fois que cela a été posé, il a fallu penser à comment construire sens et continuité entre temps scolaire et temps hors scolaire. Un parcours culturel par exemple, ce n’est pas juste "on emmène les enfants au musée".

ToutEduc : Comment cela s’est-il construit ?

Nathalie Dupain : L’idée était de se dire, on travaille tous sur le même territoire. Auparavant, on se parlait peu et on ne savait pas ce que faisait l’autre. Un élève pouvait aller 5 fois au Louvre, avec l’école, puis avec le collège, avec le centre de loisir, avec une association, avec une autre et n’avoir aucune occasion de pratiquer jamais les arts vivants ou la musique... Donc l’idée, c’est d’organiser pour chaque enfant du territoire la rencontre avec tous les arts et tous les types de culture, chacun gardant à l’interne de chaque structure sa liberté de travail. Ça va permettre de construire un projet avec des repères et une progressivité. De même pour la santé, un enfant peut participer à quatre séances de prévention des caries, alors que d’autres domaines sont totalement absents. De même également pour les parents qui pouvaient être “sur-sollicités“ par une multitude d’acteurs... On s’épuisait à proposer les uns les autres des actions de prévention au lieu de les penser au niveau d’un territoire.

Nous avons donc mis en place sept groupes opérationnels", "maîtrise de la langue", "sciences", "Santé Citoyenneté", "parcours d’Education artistique et culturelle", "parcours orientation/insertion", "parcours parentalité", "parcours santé", ce dernier mettant l’accent sur les problèmes "psy" et sur l’orthophonie.

ToutEduc : Vous étiez déjà en REP, qu’apporte de plus la Cité ?

Nathalie Dupain : La cité éducative apporte un plus, indéniablement, il y a une vision beaucoup plus large et un travail collectif de tous les intervenants auprès des enfants, un partage de priorité, sur le périscolaire, qui est un temps important dans la journée de l’enfant, la recherche de cohérence avec ce qui peut se faire sur la journée à l’école. Le travail dans ce projet commence dès la petite enfance. De plus, il n’y a plus de réels blocages. Ils ont été levés pendant tout le temps du diagnostic et de l’élaboration du projet, parce qu’on a tous pris le temps, plusieurs réunions par mois pendant huit mois pour bien appréhender les missions de chacun, pour que tout le monde vise bien le même objectif, chacun dans son domaine de compétence, et qu’on se parle au sein des structures.

ToutEduc : D’où pouvaient venir certains blocages ?

Nathalie Dupain : Sur notre cité éducative, c’était plutôt de la méconnaissance, voire du “ça ne me concerne pas" ou "ça ne me regarde pas“, il n’y a jamais eu de conflit mais il fallait que l’on comprenne bien le métier de chacun. Chacun était dans sa posture professionnelle, il y a par exemple eu une réunion entière consacrée à l’acquisition de la langue, avec comme sujet “cet enfant ne parle pas le français à la maison“, sachant que si il avait des parents américains tout le monde trouverait ça génial. C’est moins souvent le cas quand l’enfant est bilingue bambara-français. Ce sont des choses que l’on a pu poser entre nous, et cela a créé des marqueurs de culture commune.

On a eu aussi des discussions très importantes sur le rôle de parent auprès de leur enfant scolarisé, plutôt que de parent d’élève, ce qui n’est pas du tout la même notion. Car quelles sont les attentes de l’école par rapport aux parents ? Cela nous a permis de nous mettre d’accord, et c’est un travail qui continue.

ToutEduc : Quels sont vos objectifs ?

Nathalie Dupain : L’objectif le plus important c’est la cohérence de l’action des acteurs de service public et plus largement des professionnels qui travaillent auprès des enfants. C’est extrêmement ambitieux, je le reconnais. Mais je pense que c’est important qu’un consensus soit trouvé. C’est de cette manière que des enseignants et des animateurs du péri-éducatif par exemple vont mieux se comprendre et se concerter.

Autre exemple, la ville de Paris a monté un dispositif, "Toutes et Tous au collège", qui est un centre de loisir sur toutes les périodes de vacances destiné aux collégiens pour qu’ils ne soient pas affiliés à des écoles primaires où finalement ils ne viennent pas. Avant chaque session de centre, il y a une réunion avec le directeur, les animateurs et les responsables ville pour échanger sur le programme du dispositif. Ça fonctionne très bien et sans la cité éducative, ça n’aurait pas eu lieu. On se serait limité à la signature d’une convention de mise à disposition des locaux, et nous nous serions demandé qui paye le chauffage, alors qu’au final, c’est toujours la Ville... Là nous sommes passés dans totalement autre chose, ça a été très intéressant de travailler avec la DASCO (la direction des affaires scolaires de Paris, ndlr) et de construire avec elle le programme pour les jeunes, y compris avec des associations, ne serait-ce que pour éviter des doublons, par exemple pour la préparation au PSC1 (Prévention et secours civiques de niveau 1) puisque nous formons déjà tous nos élèves de 4ème au PSC1. En revanche, nous avons un réel enjeu sur la pratique de l’oral et la Cité a permis d’avoir l’atelier Eloquentia inscrit dans le programme de "Tous et Toutes au collège", et dont nos enseignants ont pu se rapprocher.

ToutEduc : Quel est le rôle des parents dans ce projet ?

Nathalie Dupain : Ils ont toute leur place. La difficulté reste celle qu’on connaît dans les établissements scolaires. Sur le secteur des collèges Pierre Mendès-France et Jean Perrin, on a des parents élus et tous les sièges sont occupés, mais les bases des associations de parents sont fragiles. Ce qu’apporte la cité éducative c’est que l’addition de tous les parents élus (conseils d’administration, conseils de classe, conseils d’école, ndlr) permet d’avoir un ensemble assez représentatif du territoire, un panel intéressant et les faire travailler ensemble enrichit considérablement la réflexion. Ça nous oblige tous, professionnels et parents, quand on travaille ensemble, à nous décaler, à nous élever pour avoir des échanges plus riches et on rentre par quelque chose de plutôt théorique pour arriver sur le terrain, plutôt que de partir du petit problème de terrain. C’est une vraie différence avec le REP.

ToutEduc : Le projet contient une part de rénovation urbaine, comment cela s’intègre-t-il ?

Nathalie Dupain : C’est du temps tellement long. Pour le moment, c’est encore un projet. Oui il y aura des impacts. Ça apporte d’ores et déjà une réflexion sur les espaces qui deviendront collectifs sur les bas d’immeubles par exemple, et avec tous les professionnels, on a davantage une vision partagée de ces espaces-là. Et du coup, j’ai un avis, je me sens totalement concernée. Tout se connecte en fait. La cité éducative apporte de se sentir légitime. C’est d’ailleurs la première fois depuis 1997 que j’ai une aussi bonne connaissance du territoire sur lequel je travaille : en 3 mois je me suis rendue compte que l’espace géographique des élèves est exactement entre les maréchaux et le périphérique, il va de la porte de Bagnolet à la porte des Lilas, très peu de l’autre côté. Auparavant, j’en avais une connaissance essentiellement statistique.

ToutEduc : Qu’en est-il de l’aspect santé ?

Nathalie Dupain : Nous sommes sur un secteur qui ressemble un petit peu à un désert médical. Au moins en termes de suivi psychologique et d’orthophonie, l’offre est très pauvre. Même en accompagnant les familles pour trouver un rendez-vous, on n’y arrive pas, les délais d’attente sont extrêmement longs... Or, concernant les dys, on est quand même sur un enjeu majeur, il faut au moins lorsqu’il y a des inquiétudes sur des difficultés d’apprentissage qu’il y ait le regard d’un professionnel et qu’il trace des pistes pour accompagner l’enfant. Dans chaque collège, nous avons un point écoute, une psychologue un jour par semaine, qu’on a pu garder grâce au financement de la cité éducative. Ces psychologues travaillent dans une structure associative (Eidip) spécialisée pour les adolescents. Souvent, deux ou trois rendez-vous suffisent pour débloquer quelque chose, et si elles considèrent qu’il y a besoin d’un accompagnement, elles rencontrent les familles et les orientent vers des structures adaptées. Ce dispositif fonctionne vraiment bien et apporte beaucoup, l’action est mutualisée sur les deux collèges.

ToutEduc : En quoi la cité éducative est-elle différente d’un PEDT (projets éducatifs de territoire, créés par la "loi Peillon" en même temps que la semaine de 4,5 jours pour le 1er degré, ndlr) ?

Nathalie Dupain : De mon point de vue , ce que cela change très clairement, c’est qu’il y a un budget très important et un suivi des actions. J’ai participé, dans le cadre d’affectations précédentes, à deux PEDT, je participais à des réunions pour élaborer un diagnostic, on fixait des objectifs et ça disparaissait de mon champ. Là, les acteurs Ville, Education nationale, associatifs, cela nous engage. On suit nos budgets, on crée nos partenariats, c’est autrement plus présent. Je pense que certains acteurs du projet comme des enseignants du collège ne font pas encore bien la différence, mais c’est normal, surtout après tant de temps sans avoir pu avoir de vraies rencontres. La pandémie est un vrai frein, et il y a cet enjeu de créer une culture commune.

ToutEduc : Le projet est-il à la hauteur financièrement ?

Nathalie Dupain : La cité éducative amène des marges de manœuvre financières importantes. Dans les collèges, nous avons une autonomie financière avec les dotations de la Ville qui est aussi Département, donc en charge des collèges. Elles nous permettent sereinement de penser un parcours culturel, nous avons des crédits pour la pédagogie.. Pour les écoles, la situation est plus compliquée ! Et comme on avait un enjeu important sur la culture, il a été acté que la part culture du budget de la Cité irait entièrement aux écoles. Ça leur donne une liberté et une souplesse importante qui n’existait pas avant. Par ailleurs, pour les collèges et les écoles, les autres parties prenantes et notamment la ville, la dotation financière de la Cité éducative a permis de penser et d’investir des champs qui jusque là étaient trop peu travaillés, comme la parentalité, la fracture numérique, le psy et la question des dys.

Extrait de touteduc.fr du 10.05.21

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