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1/11. Les ZEP, laboratoire du système éducatif ? Introduction (une série OZP)

11 septembre Version imprimable de cet article Version imprimable

Cette série d’articles, qui s’intègre dans la commémoration du 40e anniversaire de l’éducation prioritaire, est une actualisation de la série d’articles publiée par l’OZP en 2016 sous le titre "Les apports de l’éducation prioritaire au système éducatif".

Cette nouvelle série est plus sélective que la précédente (10 items au lieu de 24) et se concentre notamment sur les fondamentaux d’origine de l’éducation prioritaire tels qu’ils apparaissent en gras dans la définition suivante que nous proposons :

L’éducation prioritaire est un dispositif territorial de lutte contre les inégalités scolaire d’origine sociale qui s’appuie sur un projet local interdegrés et partenarial.

Comme dans la série précédente, notre recensement s’appuie essentiellement sur les textes officiels,

Nous avons laissé de côté des questions de fond qui ne manquent pas de se poser sur un tel sujet :
- L’innovation, réelle en éducation prioritaire, débouche-t-elle nécessairement sur un transfert dans le système éducatif ?
- L’innovation est-elle forcément synonyme de démocratisation ? On peut se demander par exemple si le profilage des postes introduit en éducation prioritaire ne peut pas susciter des effets pervers selon la manière dont on l’applique.
- Le terme de "laboratoire" sous-entend-il que les élèves de ZEP ont servi de cobayes involontaires parce que leurs parents auraient été jugés moins susceptibles que d’autres de protester contre une expérimentation ?
- Comment distinguer "innovation" et "expérimentation" ? (Voir en bas de cet article le rapport des IG de déc. 2016)
- Enfin, la "corrélation" entre des thématiques éducation prioritaire et des thématiques générales ultérieures implique-t-elle nécessairement un lien de causalité ? Il est un peu hasardeux en effet de déterminer si, sans l’éducation prioritaire, le système éducatif n’aurait pas continué à suivre sur bien des points l’évolution sociétale.

Le relevé systématique des thématiques à travers les textes officiels auquel nous avons procédé, à défaut d’être probant sur le plan méthodologique, a au moins l’intérêt, notamment dans le cadre d’une formation :
- de constituer un corpus tout prêt de textes officiels relatifs à telle ou telle problématique inhérente à l’éducation prioritaire ;
- d’éclairer l’historique de chacune d’entre elles : la politique de l’éducation prioritaire n’apparait pas en effet dans les textes comme un bloc défini une fois pour toutes. Elle s’est construite dans la durée et de façon non linéaire : des thématiques ont pu mettre des années avant d’émerger, comme le "plus de maîtres que de classes". D’autres ont pu disparaître quelques années avant de réapparaitre sous une autre forme, comme celle de l’"excellence".

 

Historique

Les ZEP, laboratoire de l’innovation ? Une question récurrente
L’idée que les ZEP sont des "laboratoires" du système éducatif a été exprimée très tôt.
On la trouve d’abord sous la signature du ministre Alain Savary (« un courant profond qui contribuer[ait] aussi à transformer tous les autres aspects de l’école » (circulaire du 03.01.84, intégrée dans la circulaire de rentrée), puis dans un article de Christian Bachmann en 1984, dans un ouvrage du Cresas de 1985, dans celui dirigé par Gérard Chauveau en 1989, et dans le rapport d’Inspection générale de Francine Best en 1992.

La circulaire du 7 décembre 1992 intitulée La politique éducative dans les zones d’éducation prioritaire voit dans l’innovation pédagogique un moyen d""améliorer l’image des ZEP", même si, précise-t-elle, "Ce principe inscrit dans la circulaire du 1er février a jusqu’alors trouvé trop peu d’échos."... " Les ZEP doivent s’affirmer comme des « espaces d’innovation pédagogique », ce qu’elles sont déjà en maints endroits à la fois grâce à la qualité des projets et aux actions menées. L’implantation d’équipements modernes (audiovisuel, micro-informatique, configurations techniques modernes en bureautique, productique, etc.) et de formations valorisantes sera systématiquement recherchée".

La question réapparaît beaucoup plus tard. Dans son discours de clôture du séminaire des RAR le 19.03.08, Xavier Darcos déclare que ceux-ci constituent "le fer de lance du système éducatif du point de vue de l’innovation pédagogique [...] Ainsi conçus, les réseaux « ambition réussite » renouent avec les principes fondateurs et parfois oubliés de l’éducation prioritaire. En effet, alors que le système mis en place prévoyait l’expérimentation, l’innovation, l’audace pédagogique, mais aussi la concentration des moyens et la possibilité d’entrer ou de sortir des dispositifs, les ambitions liminaires se sont peu à peu estompées au profit d’une extension toujours croissante des dispositifs. Ainsi, aujourd’hui, ce sont 1 119 collèges, soit plus d’un collège sur cinq, qui relèvent de l’éducation prioritaire".

L’année suivante, en 2009, François Lorcerie est interviewée par "Fenêtres sur cours sur le thème "Qu’a-t-on appris des ZEP ?.

La même année, l’article de Lydie Heurdier intitulé "La politique des ZEP en France, laboratoire des politiques d’éducation" et publié dans le dossier thématique de la Revue française de Pédagogie (oct.-nov. 2011), constitue la principale référence universitaire sur cette question. Jean-Yves Rochex présente longuement cet article en ces termes :
"Lydie Heurdier, quant à elle, examine l’hypothèse selon laquelle la politique ZEP a constitué, en France, un laboratoire dans lequel se sont expérimentés la transformation du rôle de l’État, l’avènement d’un État évaluateur et régulateur et celui des nouveaux modes et outils de pilotage des politiques éducatives aujourd’hui dominants. L’étude – portant sur les vingt premières années de la politique ZEP – de l’intégralité des textes réglementaires et des études et rapports produits par les inspections générales et la direction des études statistiques du ministère (DEP) lui permet de montrer que ce processus d’expérimentation s’est noué, de manière plus ou moins aboutie, autour des questions de l’efficacité de la politique ZEP et de la définition et de la refonte de la carte de l’éducation prioritaire. Elle montre combien la problématique et les outils de l’évaluation vont être introduits de manière progressive et prudente par les instances ministérielles lors des premières années de cette politique, dans une logique que l’on pourrait aujourd’hui qualifier d’« évaluation participative » (Demailly, 2001), visant à offrir une aide méthodologique aux équipes pour l’« évaluation régulatrice de leurs actions » (selon le titre du premier guide d’évaluation diffusé en 1984 dans les ZEP), et non dans une logique ou une imposition institutionnelle de reddition de comptes. Il s’agissait, pour les promoteurs de cette démarche d’évaluation régulatrice, de fournir aux responsables et acteurs de ZEP des critères et des outils plus objectifs de diagnostic de la situation et des difficultés scolaires des élèves et des établissements, et d’appréciation des effets de leurs actions et projets ; la visée de suivi ou de pilotage national de la politique ZEP n’était alors pas présente. Elle s’affirmera néanmoins progressivement, parallèlement au perfectionnement des outils statistiques et à la montée en puissance de cette « science du constat chiffré » (Pons, 2010) dont la DEP devient en France l’outil de production quasi exclusif. L’élaboration d’instruments tels que les tableaux de bord va permettre de conjuguer les deux finalités, d’évaluation régulatrice sur le plan local, et de pilotage, de mesure de l’efficacité et de rationalisation de la politique ZEP pour les décideurs et gestionnaires des niveaux national ou académique. La première de ces deux finalités va dès lors être supplantée par la seconde ; l’expertise statisticienne de la DEP et les outils de plus en plus élaborés qu’elle produit vont être utilisés par les gestionnaires et décideurs, bien plus que par les « acteurs de terrain » qui les considèrent plus comme moyens de contrôle que comme outils de régulation de leur travail. En revanche, l’usage, par les décideurs, de cette expertise ou des recommandations émanant des inspections générales sera très différent concernant cet autre volet de la « rationalisation » de la politique ZEP que représente la question de la carte de l’éducation prioritaire, carte jugée par la plupart des analystes comme « inflationniste et hétérogène », faite de zones et de réseaux « socialement très peu comparables » (Armand & Gille, 2006). Les propositions de refonte et de rationalisation de cette carte, appuyées aussi bien sur des outils statistiques que sur des études plus « qualitatives », demeureront vouées à l’échec jusqu’en 2006, échec qui atteste que la résistance à la « science du constat chiffré » et à la « rationalisation » de l’action politique n’est pas le seul fait des acteurs de terrain, mais peut s’observer tout autant chez les décideurs politiques (élus et ministres successifs) et chez les responsables des différents niveaux de la hiérarchie intermédiaire.

Le 8 avril 2010, Luc Chatel déclare dans son discours de clôture des états généraux de la sécurité à l’école :
"Le programme CLAIR se caractérisera par trois innovations majeures :
- des innovations dans le champ des ressources humaines. Tout le monde est d’accord pour dire que la stabilité des équipes est essentielle à la sérénité au sein de l’établissement. Je veux donc que les chefs d’établissement puissent choisir leurs équipes et disposent des moyens pour attirer les professeurs déterminés à relever ce défi. La formation des personnels devra également être renforcée ;
- des innovations dans le champ de la pédagogie. Seule doit compter la validation du socle commun de connaissances et de compétences au terme de la scolarité obligatoire. Je veux donc laisser toute latitude aux équipes pédagogiques pour mettre en œuvre le projet pédagogique pour atteindre cet objectif. Pour cela, je les encouragerai à recourir le plus largement possible aux expérimentations permises par la loi ;
- des innovations dans le champ de la vie scolaire. Un préfet des études sera nommé par niveau. Il en aura l’entière responsabilité sur le plan pédagogique et éducatif.

En 2011, Jean-Michel Blanquer, alors directeur de la Dgesco, souligne : "Mais l’essentiel se joue ailleurs. Paradoxalement, les transformations les plus radicales sont engagées dans les quartiers les plus difficiles. C’est en effet dans les zones d’éducation prioritaires (ZEP) que sont testées les innovations les plus stratégiques. Celles qui serviront de modèle à l’ensemble du système. Le maître mot est l’autonomie".

En 2012, Luc Chatel, dans un long discours de voeux à la presse, affirme à nouveau que le dispositif Eclair est le "précurseur de l’éducation nationale future" et annonce la publication prochaine d’une circulaire sur le mouvement dans le programme Eclair.

La circulaire de rentrée 2015 reprend cette thématique en ces termes : "La valorisation des expériences efficaces et scientifiquement accompagnées, ainsi que la démarche de recherche-action dans des domaines où existent de réels besoins, seront renforcées. Les réussites forgées par les équipes dans le cadre de la refondation de l’éducation prioritaire, qui est principalement une réforme pédagogique, devront être partagées et largement diffusées."

En 2016, ce thème est approfondi dans un article de la Dgesco dans la revue Diversité, 4ème trimestre 2016, et dans le rapport annuel 2015 des inspections générales en décembre 2016 qui revient sur la création d’Eclair.

 

III - LES PRODUCTIONS OZP

- Les sous-rubriques OZP
Liaison Recherche / Pratiques (Général.)

- Les mots-clés OZP :
Innovation (généralités, Journées de l’), Réformes (gr 4)/
Liaison Recherche/ Pratiques (Général.) (gr 4)/
Liaison Recherche/Pratiques (Action loc.) (gr 4)/

- Journée nationale OZP, 2 juin 2012 : L’innovation en éducation prioritaire. Sommaire des actes (avec les liens vers chaque séance)

- B* L’innovation en Eclair est-elle une idée neuve ? Etude de l’OZP sur les aléas de la valorisation des actions de ZEP (août 2011)

 

- La base de données OZP d’actions locales innovantes en éducation prioritaire

Depuis 2004, l’OZP développe une base de données d’actions innovantes en éducation prioritaire, alimentée majoritairement à partir de fiches de la base Expérithèque puis Innovathèque mais aussi à partir de sites académiques, de sites nationaux comme le Café pédagogique ou les Cahiers pédagogiques ou bien conre de sites de la presse régionale.
Ces actions, au nombre de plus de 5 000, sont classées dans la sous-rubrique ACTIONS PEDAGOGIQUES LOCALES (par niveau et discipline) :
- par niveau : collège (nettement majoritaires), école, maternelle, lycée
- et par discipline : Français et Langues, Maths et Sciences, Numérique et EMI, Citoyenneté, Sport et EPS, Psychologie cognitive - Autonomie/Apprentissage, Travail et évaluation par compétences, Climat scolaire et Harcèlement, Actions autres ou interdisciplinaires...
Elle sont indexées par les mots-clés **REP+ (Action locale) (gr 4)/ ou bien **REP (Action locale) (gr 4)/ .
Les actions qui font l’objet d’une présentation assez détailée sont marquées du code B* .
Les actions de cette base de données d’actions pédagogiques peuvent être croisées avec d’autres critères (académie, acteurs, théme...) à partir du tableau de croisement (colonne 4).

 

Ci-dessous la liste des 10 fiches suivqntes de la série : Les ZEP, laboratoire du sytème éducatif ? (2021) :

2. Une politique territoriale

3. Une politique interdegrés et de réseau

4. Une politique du projet

5. Une politique partenariale

6. Une politique d’acteurs spécifiques

7. Une politique d’ouverture sociale du supérieur

8. Une politique de "l’excellence"

9. Une politique du collectif

10. Une politique de l’accompagnement

11. Une politique du dédoublement

 

Cette série est rédigée par Jean-Paul Tauvel, membre du bureau de l’OZP et responsable du site.

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