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Comment apprendre à comprendre ? (Controverses de Descartes, avec l’intervention de J.-M. Blanquer sur les fondamentaux et les évaluations nationales) (ToutEduc)

23 novembre Version imprimable de cet article Version imprimable

Jean-Michel Blanquer : “Les évaluations en CP, CE1 et 6e ont été utiles pendant cette crise sanitaire”

Français, mathématiques, compréhension, lecture… Lors de l’édition 2021 des Controverses de Descartes à la Sorbonne, le 17 novembre, le ministre de l’Education nationale a rappelé les fondamentaux que les élèves doivent maîtriser. Au lendemain de la publication des résultats des évaluations des élèves de CP, CE1 et 6e (voir ToutEduc ici et ici), Jean-Michel Blanquer estime que ces évaluations "ont été extrêmement utiles pendant cette crise sanitaire”, affirme-t-il, évoquant des “résultats en hausse sensible”.

Il fait valoir qu’en CP, la proportion d’élèves maîtrisant la reconnaissance des lettres de manière satisfaisante progresse de 3 points depuis 2018 ; en écriture des nombres, elle augmente de 6 points sur la même durée (de 83 % en 2018 à 89 %). 
En CE1, en lecture des mots à voix haute, la proportion d’élèves maîtrisant ce domaine de manière satisfaisante progresse de 7 points. 
En classe de 6e, au collège, 89,4 % des élèves ont une maîtrise satisfaisante ou très bonne des connaissances et des compétences en français ; ils sont 72,3% en mathématiques. Mais le ministre souligne l’importance des inégalités à combler, notamment “devant le vocabulaire”. Il compte sur une meilleure répartition des élèves en classes, afin d’accorder un meilleur traitement aux difficultés rencontrées par les élèves. Il attend aussi le rapport de David Bauduin et Marie Megard, tous deux inspecteurs généraux, sur la mise en œuvre du "Plan français" de formation des enseignants pour remédier aux difficultés persistantes des élèves.

Mais comment "apprendre à comprendre" ?

Cette édition des Controverses de Descartes avait pour thème "comment apprendre à comprendre ?" et pour le ministre, "comprendre, cela se stimule, il faut expliciter, c’est un des actes qui permet de comprendre”. Il fait aussi référence à Platon pour qui la première vertu du philosophe est de s’étonner. "C’est aussi le cas de l’enfant”, poursuit le ministre de l’Education.

Et l’étonnement était visiblement de taille lors de l’un des ateliers mené par la professeure d’école Juliette Mahalin dans une classe REP de grande section de maternelle, dans le XXe arrondissement. Christine Rouchon, enseignante formatrice à l’académie de Paris, a projeté la vidéo de cet atelier sur grand écran pour illustrer le cheminement intellectuel des enfants qui s’attellent à restituer le conte “Le coup de balai de la sorcière”.

Compréhension orale et représentation mentale

La démarche, dite “ACT”, comprend quatre étapes : lecture, recueil des représentations spontanées, relecture du texte et vérification des propositions et enfin, rappel du récit. Avec une spécificité : aucune image n’est présentée aux élèves. Tout repose sur l’écoute… et la compréhension orale. “On enregistre, on imagine les images”, rend compte un enfant qui répond à la question de l’enseignante : qu’est-ce que l’on fait dans sa tête quand on lit une histoire ? Le but, selon Christine Rouchon, est d’engager les enfants dans un processus de représentation mentale.
 “Mettons-les dans des conditions de chercheurs, il faut les laisser émettre des hypothèses, même si elles sont erronées." L’enseignant est alors dans une position de recul, il est en réception et se pose en médiateur et en garde-fou afin de contenir certaines imaginations débordantes. L’intérêt de cette approche est de favoriser l’écoute, –qui n’est pas innée–, via des ateliers. D’inciter aux questionnements, de percevoir l’implicite du texte… et de comprendre un vocabulaire moins familier.

Le vocabulaire constitue bien un enjeu fondamental pour le lecteur. Maryse Bianco, docteure en psychologie cognitive, souligne que pour que l’enfant comprenne un texte, il doit s’appuyer sur des habiletés propres de lectures (décodage, fluidité de lecture, rythme de la parole, ponctuation du texte) et sur des habiletés communes à la compréhension orale d’un texte, à savoir, les connaissances langagières (qui permettent d’éviter les contresens) et la capacité de raisonnement. 
Au fur et à mesure de la lecture, l’enfant construit une représentation précise, imagée et vivante. Parmi ces enfants, le “lecteur stratège” sera alors celui qui est capable de raisonner à partir du contenu et de s’auto-évaluer. C’est là tout le défi du pacte entre l’auteur et le lecteur.

Le linguiste Alain Bentolila rappelle que la compréhension de lecture, chez l’enfant comme chez tout un chacun, réside dans l’incertitude, la rencontre entre celui qui écrit et celui qui le lit”. Le professeur de linguistique à l’Université Paris-Descartes rappelle, à ce titre, la maxime littéraire : “J’espère te lire comme tu espères être lu”.

Apprendre à comprendre, avant d’apprendre à lire

Chez les petits, en maternelle, la spécificité est toutefois autre. Alain Bentolila explique qu’à l’école maternelle, il faut apprendre aux enfants à comprendre avant qu’ils n’apprennent à lire. L’organisateur des Controverses de Descartes trouve d’ailleurs, sur son cheminement, Pierre Peroz. Ce dernier, maître conférences en sciences du langage à l’INSPE de Lorraine, explique qu’ ”avant 5 ans, c’est le langage qui donne forme à la compréhension”. 
S’opère donc une différence qui n’est pas négligeable en matière d’enseignement : alors que le lecteur adulte et aguerri doit mobiliser des connaissances métacognitives et linguistiques, “l’enfant, on ne lui demande pas de réfléchir avant de parler. Chez l’enfant, le langage aide à faire advenir” une idée, une représentation mentale. Vidéo à l’appui, Pierre Peroz projette une séance qui se déroule en REP+, en grande section de maternelle, en 2017. Il est demandé à onze élèves allophones ce dont ils se souviennent à propos du conte “Jack et le haricot magique”. La séance, qui se déroule en trois temps (restitution, compréhension, interprétation), permet de faire naître une parole autonome, “gage de réussite scolaire” car selon Pierre Peroz, “à l’école maternelle, il ne s’agit pas de faire comprendre mais de donner aux élèves la possibilité de comprendre”.

Les méthodes décrites par les différents intervenants permettent, selon eux, de réduire les inégalités présentes chez les enfants, notamment en matière de langage. “Il faut faire en sorte que tous les élèves soient tous au même niveau”, plaide Alain Bentolila. Pierre Peroz abonde dans son sens en conseillant à ses pairs de donner la parole même aux plus timorés : “Les petits parleurs, il faut les laisser participer à leur rythme. Bien souvent, ils ont des choses intelligentes à dire !”

Les Controverses de Descartes existent depuis 2012. 47 intervenants se sont succédé, en l’espace de neuf ans, sur l’estrade de l’amphithéâtre de la Sorbonne. A ce jour, l’établissement dénombre 4 000 participants à l’événement. Parmi eux, Jean-Michel Blanquer qui affirme qu’il s’y rendait déjà “avant d’être ministre”.

Crézia Ndongo

Extrait de touteduc.fr du 22.11.21

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