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« Le concept d’éducation prioritaire, au départ porteur de valeurs républicaines fortes, a participé à ancrer des idées préconçues », tribune d’un professeur agrégé [Ipr] dans le Monde de l’éducation

11 janvier Version imprimable de cet article Version imprimable

« Le concept d’éducation prioritaire, au départ porteur de valeurs républicaines fortes, a participé à ancrer des idées préconçues »
Radouan Raoui, agrégé de mathématiques, montre, dans une tribune au « Monde », comment les zones d’éducation prioritaire, nées dans l’esprit de professeurs passionnés, ont progressivement été dévoyées.

[...] L’éducation prioritaire est le résultat d’un long cheminement de pensée débuté durant les années 1960 par des professeurs expérimentés et passionnés de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), qui a abouti dans la foulée de l’élection de François Mitterrand, en 1981. Inspirée du système anglo-saxon, elle a été adaptée, car la distinction ethnique, présente en Angleterre ou aux Etats-Unis, n’est pas conforme aux principes républicains français.

[...] Durant les années 1980, l’idée a évolué pour associer présence d’enfants étrangers ou assimilés comme tels et problèmes en tous genres : gestion de classe, niveau des élèves, manque d’engagement des parents. En 1997, seize ans après la création de l’éducation prioritaire, on pouvait lire dans le livret d’accueil des jeunes professeurs stagiaires de l’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) : « Les jeunes enseignants sont souvent nommés dans des quartiers populaires où la présence des enfants issus de l’immigration est plus visible qu’ailleurs (…). Les différences culturelles entre les enseignants et leurs élèves sont-elles devenues telles que la transmission des connaissances soit remise en cause ? » Le lien entre immigration, différences culturelles et apprentissages était alors déjà établi.

[...] Ainsi, le concept d’éducation prioritaire, au départ porteur de valeurs républicaines fortes, a participé à ancrer des idées préconçues éloignées de l’idéal républicain. Il n’a par ailleurs jamais montré de plus-value dans le temps. Plusieurs pistes à l’étude ont été annoncées très récemment, contribuant à maintenir le dispositif : le recrutement des enseignants par les directeurs d’écoles de REP+ (réseau d’éducation prioritaire renforcé), la contractualisation des établissements avec leurs rectorats, la restriction dans la loi de finances 2021 de la revalorisation salariale aux seuls REP+ de l’éducation prioritaire, pour recentrer et concentrer les efforts budgétaires.

Le dispositif mis en place à Toulouse est plus que prometteur et permet de remettre en question l’existence même de l’éducation prioritaire. Une telle initiative pourrait être reproduite en plusieurs endroits, mais nécessiterait une adaptation pour un territoire aussi vaste que la Seine-Saint-Denis. Toutefois, elle permet de réaffirmer haut et fort l’importance des principes républicains que porte l’école et que l’on retrouve dans le premier article du code de l’éducation : l’intégration de tous à la société et aux valeurs françaises par l’école.

Extrait de lemonde.fr du 11.01.21

 

Notes du Quotidien des ZEP :
Radouan Raoui est aussi IPR

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1 Message

  • Je suis effaré qu’un cadre de l’Education, IPR de mathématiques, donc participant au pilotage de son académie de Toulouse, se permette une tribune dans un quotidien national sur le concept d’éducation prioritaire en ignorant tout de ce concept. Certainement, il n’a pas lu le référentiel d’éducation prioritaire » ni les « manifestes » de l’OZP ? Que sait-il de l’histoire de l’éducation prioritaire ?
    Il se réfère à une initiative très intéressante et « prometteuse » de son académie et du Conseil Départemental de Haute Garonne visant à introduire plus de mixité sociale (dans sa tribune, il ne parle que de la mixité ethnique, ce qui est réducteur). En quoi ce dispositif prometteur « permet de remettre en question l’existence même de l’éducation prioritaire » ?En quoi ce dispositif est-il contraire à l’existence de réseaux réunissant un collège et écoles maternelles et élémentaires autour d’un projet de réseau, avec un conseil de réseau et un coordonnateur, avec un dispositif de formation, des formateurs d’éducation, un temps de formation et de concertation inclus dans le temps de service des enseignants de REP+ ? Etc…je le renvoie aux comptes rendus de la dernière journée de l’OZP.
    Sans doute, cet IPR ne voit de l’éducation prioritaire que ce qu’il en subsiste dans son Académie après 5 années de Ministère Blanquer qui a renoncé à tout pilotage, à toute impulsion pour s’en tenir aux seul dédoublements des CP et CE1, mais en détruisant le dispositif plus de maîtres que de classes qui permettaient un travail collectif des enseignants. Il ignore aussi sans doute que le Ministre a lors de son arrivée en 2017 mis l’embargo sur la publication de l’évaluation de ce dispositif ; publication qui aurait sans doute montré l’existence de dispositifs « prometteurs » dans l’éducation prioritaire.
    Nous sommes à sa disposition pour compléter sa documentation.
    François Régis GUILLAUME

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