> PÉDAGOGIE(S), DISCIPLINES, ACTIONS LOCALES (en EP) > PEDAGOGIES (LES) > Pédag. des enfants d’immigrés et Eana > B* L’école au jardin, le jardin à l’école : au coeur des apprentissages des (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

B* L’école au jardin, le jardin à l’école : au coeur des apprentissages des élèves non francophones de l’école REP Daniel Sorano de Saint-Denis

29 mars

L’école au jardin, le jardin à l’école : au coeur des apprentissages des élèves non francophones de l’école Daniel Sorano de Saint-Denis

Chaque année, et cela depuis 5 ans, les élèves du dispositif UPE2A de l’école élémentaire [REP] Daniel Sorano de Saint-Denis apprennent le français en jardinant. Les élèves ne bénéficient du dispositif que durant un an ; chaque année, ce sont donc des élèves différents.
Les UPE2A (Unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants) accueillent les enfants qui arrivent d’un pays étranger et qui ne maîtrisent pas suffisamment la langue française pour pouvoir suivre dans une classe ordinaire. A l’école Daniel Sorano, ces douze enfants viennent de pays aussi divers que la Syrie, la Roumanie ou encore l’Algérie.

Le projet "Un jardin à l’école, l’école au jardin" : le jardin Haguette

Cette aventure est portée par un collectif d’habitants, le collectif Haguette, ainsi que par les enseignantes de la classe d’UPE2A et d’autres classes ordinaires.
En effet, ce sont les habitants du quartier qui, un jour de 2016, ont décidé de transformer une friche sale et vide au cœur du centre-ville de Saint-Denis en agréable jardin pour les habitants et les familles, espace de partage et d’accueil de personnes venues de tous les horizons. C’est ensuite tout naturellement qu’ils se sont tournés vers l’école du quartier en 2017 afin de proposer un projet jardinage.

Ce projet, Mme Odiaux, enseignante de la classe UPE2A, s’en est emparé pour faire plus facilement et plus rapidement entrer ses élèves dans l’apprentissage de la langue française, de la lecture et de l’écriture. Et c’est ainsi que, tous les ans depuis 2017, les élèves d’UPE2A et les élèves d’une autre classe se rendent au jardin Haguette (cette année une classe de CP, soit une vingtaine d’élèves en tout) une fois par semaine pour apprendre les rudiments du jardinage et de la plantation de légumes et de fleurs, pour la plus grande joie des petits et des grands.

Un lieu de transmission et de partage intergénérationnel

Car, dans ce jardin, on ne fait pas que cultiver fraises, fleurs et carottes … On échange aussi, et surtout, entre les générations sur les savoir-faire que chacun possède, sur ce qu’on observe et découvre dans le jardin et sur l’évolution des plantations. C’est l’école de la transmission et des liens forts se nouent entre les seniors du collectif et les petits élèves de l’école. Petits et grands échangent ainsi sur leurs parcours de vie bien remplis : pour les enfants par leur parcours migratoire, pour les anciens par les aléas de leur vie.
Comme le dit Mme Bellanger, présidente du collectif Haguette, « le passage à Haguette est le lieu de transmission de toutes ces histoires […] On met tout ce qu’on sait dans un pot commun et on avance ensemble, on fabrique ensemble ; et on vit tout ça ensemble […] C’est très fort pour les enfants, pour les familles et pour nous, les habitants. »

Lieu de rencontres des cultures et des générations à deux pas de l’école, le jardin est devenu pour les élèves un véritable havre où chacun a quelque chose à apporter à l’autre. C’est une expérience très valorisante pour ces enfants pour qui l’arrivée en France a parfois été compliquée à cause de la barrière de la langue.

Une entrée facilitée dans les apprentissages

Plus scolairement, le projet « l’école au jardin, le jardin à l’école » permet à l’enseignante de la classe d’UPE2A de donner un sens aux apprentissages des élèves. Ici, développer son vocabulaire autour du jardinage et des plantes motivent les enfants à apprendre, à parler puis à écrire ce qui a été étudié lors de séances d’écriture et de lecture.
Une fois par semaine, les enfants et leur enseignante se rendent au jardin pendant 2 heures. Les séances se programment en amont, selon les saisons, avec les bénévoles du jardin qui s’occupent d’acheter le matériel (terre, gants, graines).
Les séances commencent par un tour du jardin pour observer ce qui a poussé. Puis le groupe est divisé en deux ateliers : un atelier plantation et un atelier production d’écrits sur ce que les enfants voient, sur ce qu’ils ont fait ou vont faire. Ces séances de productions son bien sûr motivantes pour les élèves qui ont envie de partager leurs découvertes.

En UPE2A, la priorité est donnée à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Au jardin comme en classe, les observations et les activités autour du projet sont réinvesties dans des séances de lecture et d’écriture (via, par exemple, la dictée à l’adulte dans un premier temps, puis via la production d’écrits courts, et plus élaborés en fin d’année). Au niveau de l’éducation au développement durable, ce sont des thématiques comme le vivant, notamment le cycle de vie d’un végétal, la biodiversité, la préservation de l’environnement, le tri des déchets ou les saisons qui sont développées et étudiées grâce au jardin. Enfin, en enseignement moral et civique, le projet permet de travailler de nombreuses compétences telles qu’être attentif à son environnement, s’engager dans un projet, développer le lien intergénérationnel…

Un apprentissage de la citoyenneté

Le jardin Haguette est donc devenu un lieu de rendez-vous incontournable pour les élèves, mais également pour leurs familles. C’est ensemble que certains fréquentent le jardin le samedi matin ou qu’ils assistent aux nombreux événements proposés tout au long de l’année : chocolat chaud, galette, soupe au potiron … Ce projet permet aux élèves de s’approprier un lieu au cœur de leur ville, de s’y sentir accueillis et de prendre part à un projet citoyen afin de conserver et d’embellir des espaces verts au sein d’une grande ville.

► Les élèves au jardin Haguette
Lien vers Balado

Extrait de dsden93.ac-creteil.fr du 07.03.22

Répondre à cet article