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Quelle direction d’établissement et quelle autonomie ?, un article de Christophe Prochasson, ex-recteur, dans l’Ecole émancipatrice (Le Café)

14 décembre 2022

Comment être un chef d’établissement en démocratie ?
Peut-on aller contre le nouveau management public et imaginer une autre direction d’établissement que celle des managers ? C’est ce que tente de faire Christophe Prochasson, historien, mais aussi ancien recteur et conseiller éducation du président de la République (entre 2015 et 2017). Dans la revue Germinal (n°5), il dessine ce que pourrait être cette nouvelle autorité en appelant à inventer une nouvelle forme de charisme.

Le manager, une réponse paresseuse

« La réponse managériale est sans doute l’une des plus paresseuses qui soient, effaçant en un tournemain les obstacles démocratiques qu’opposent celles et ceux qui en appellent à ouvrir la décision à des dispositifs plus participatifs et à des écoutes plus attentives. Les établissements scolaires ne peuvent échapper à cette demande légitime. Il est donc urgent de dégager la bonne formule pour assurer aux proviseurs de lycée et aux principaux de collège une autorité en régime démocratique, ni trop faible, ni trop forte, mais à la bonne mesure, accueillante au débat, voire au désaccord ». Christophe Prochasson s’attache dans Germinal (n°5) à présenter ce que pourrait être cette « bonne formule ».

Partant de la conception très verticale de l’autorité, héritée de la IIIème République, il montre qu’elle n’est plus adaptée à la société actuelle, même si de nombreux nostalgiques le regrettent.

Un métier technique désarmé face au cœur du métier

À la place de cette autorité ancienne, s’est installée l’image du « manager ». « Les nouveaux chefs d’établissement du second degré, dont le nombre s’est accru suivant la courbe de la massification du second degré (plus de 13 000 personnes en 2018 selon la statistique de la DEPP) ont cessé d’être des primus inter pares, anciens collègues ayant évolué dans une carrière en continu, pour se muer en véritables professionnels de l’encadrement, d’ailleurs désormais recrutés par un concours exigeant et non plus à partir de listes d’aptitude. Leur professionnalisation appelle des formations beaucoup plus techniques, notamment pour ce qui relève des compétences psychosociales et émotionnelles, très sollicitées dans la conduite des changements comme dans la prise de décision ».

Voici ces managers sommés de faire face à de nombreux défis, rappelle-t-il. « La technicité du métier ne cesse de s’accroître et éloigne le chef d’établissement de son rôle de soutien accompagnant au plus près des enseignants en quête de conseils et de coordination. Dans les toutes dernières années, la succession de « crises » de natures très différentes, sociales, politiques ou sanitaires, a conduit les responsables à s’armer dans la « gestion de crises ». Tout se passe d’ailleurs comme si celle-ci devenait le régime normal de la conduite des établissements scolaires… Cette multiplicité des tâches et la complexité qui les caractérisent se greffent sur de nouvelles sociétés démocratisées, qui supportent désormais fort mal l’exercice d’une autorité si ce n’est non partagée, pour le moins non négociée ». De plus en plus formés aux procédures et à la gestion de ressources, ils sont de plus en plus démunis face à ce qui est au cœur du métier : « exercer une fonction d’autorité auprès de personnes qui ont pu être il n’y a pas si longtemps des collègues ».

Réinventer le charisme

Pour C Prochasson, la réponse doit se trouver dans la culture républicaine. « Toute la culture républicaine s’est orientée vers une conception du dirigeant dont l’autorité ne repose ni sur l’héroïsme ni sur l’idolâtrie, mais sur des qualités personnelles faites de savoir et d’intelligence des situations : c’est à ces fondamentaux que doivent revenir les chefs d’établissement, c’est-à-dire à un charisme de la simplicité et de l’authenticité ». Le chef d’établissement ne peut revendiquer une autorité qui se serait perdue et ne peut pas non plus être un simple manager, explique C Prochasson. « Si autonomie des établissements, il doit y avoir, celle-ci doit être partagée par l’ensemble des acteurs coordonnés par les chefs d’établissements ».

« La nouvelle école doit en prendre acte, et faire advenir une fonction charismatique de chef qui, sans sacrifier aux tendances libéralisantes de l’institution scolaire, soit compatible avec l’exigence démocratique des sociétés modernes. » Un sacré défi…

François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 13.12.22

L’école émancipatrice

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