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Enseignement à distance et inégalités (Veille et analyses, Ifé)

19 décembre 2022

La classe à distance : quelles reconfigurations des pratiques ?
Veille et Analyses
n° 141, décembre 2022

Auteur(s) : Prisca Fenoglio

Résumé :
La formation à distance pose d’emblée, depuis les années 2000, des questions liées aux usages numériques éducatifs, notamment du point de vue des compétences et des stratégies requises pour enseigner et apprendre en ligne. En particulier, la « classe virtuelle » – c’est-à-dire l’enseignement synchrone par le moyen d’un système de visioconférence – suscite un intérêt grandissant afin de conjuguer des bénéfices de l’enseignement à distance et en présence. Cependant, la classe virtuelle ne reproduit pas le présentiel et comporte son lot de contraintes, crument mises en lumière par le passage imposé à la « continuité pédagogique » lors de la crise sanitaire du printemps 2020. L’enseignement-apprentissage à distance en ligne est alors devenu un enjeu d’intérêt public fortement médiatisé et occupant une place importante dans l’actualité institutionnelle et universitaire.

Ce contexte nous conduit, dans ce Dossier de veille n° 141, à examiner l’enseignement-apprentissage à distance en ligne, et en son sein un dispositif particulièrement d’actualité, la classe virtuelle. Comment cette dernière réinterroge-t-elle l’enseignement et l’apprentissage ? Nous la situons tout d’abord au sein de la formation à distance et en ligne et de son évolution d’un point de vue terminologique, technologique et politique. Puis nous faisons état de fonctions et compétences spécifiques à l’enseignement-apprentissage à distance en ligne et, en particulier, en classe virtuelle, dans l’objectif d’interroger les pratiques et la transformation des modes d’organisation du travail que ce dispositif implique pour les enseignant·es, les étudiant·es et les personnel·les de soutien. Des enjeux actuels majeurs sont ensuite présentés, les changements en cours étant sous la loupe des travaux de recherches.

Ce Dossier explicite en quoi la classe virtuelle se situe au sein de et en continuité avec les évolutions politiques, stratégiques et technologiques de la formation à distance et en ligne, mais aussi comment, par le biais de ses médiatisations et médiations nécessitant des compétences spécifiques (d’ordre relationnel, communicatif, technologique, interactionnel, pédagogique, didactique, ou encore en ingénierie pédagogique), elle réinterroge profondément l’agir enseignant.

[...] Renforcement des inégalités ou inclusion numérique ?
Si la FADEL apparait comme une solution d’avenir, on ne peut ignorer le risque inhérent de creuser les inégalités, autant à une échelle nationale qu’internationale, mis en exergue par la crise sanitaire (Netter, 2022). La prise en compte de la réalité des conditions d’étude des apprenant·es en FADEL nécessite d’aborder les questions d’inégalités d’accès aux outils numériques, de compétences inégalement maitrisées et potentiellement socialement différenciatrices vis-à-vis des apprentissages.
Alors que des projets en cours à l’université (projet ANR Include) comme à l’école primaire dans des zones de grande ruralité (projet éNUM) ambitionnent d’inclure avec e numérique « au service de l’égalité des chances », les questions d’inclusion par, ou avec, le numérique, se posent avec acuité et complexité. En effet, la « fracture numérique » renvoie avant tout à des inégalités sociales, et traverse le domaine de l’éducation à des niveaux institutionnels, académiques, ainsi qu’entre enseignant·es et entre élèves ou étudiant·es, avec des conséquences possibles sur les parcours scolaires (voir Collin et al., 2022 ; Fenoglio, 2021).

Face à ces inégalités, l’inclusion numérique33, orientée vers la recherche de solutions pour résorber les inégalités numériques, se réfère souvent à l’action des pouvoirs publics (Reisedorf et Rhinesmith, 2020, p. 133) : « digital inclusion more often focuses on the actual policies implemented to “close the digital divide and promote digital literacy” (Jaeger et al., 2012, p. 3) »34. Cependant, les promoteurs de cette inclusion numérique ont d’une part pour ambition de s’inscrire dans une recherche
d’égalité plus que d’équité – conception selon laquelle chacun·e a des besoins particuliers35 –, et, d’autre part, véhiculent une idéologie technocentrée qui peut être interrogée (Brotcorne, 2022). Dans le champ de l’éducation, les études à ce sujet sont, à notre connaissance, encore peu nombreuses (ex. Selwyn 2017 ; Plantard, 2021 ; Livingston et al., 2022) : il sera donc intéressant de connaitre les résultats de travaux futurs avant d’élargir des dispositifs de FADEL et de CV visant à inclure des élèves à distance par et avec le numérique.

Extrait de veille-et-analyses.ens-lyon.fr de décembre 2022

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