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Comprendre la relation école-famille du côté des parents (Centre Alain Savary)

27 janvier 2023

 ?? non public

Comprendre la relation école-famille du côté des parents d’élèves
La relation coéducative entre l’école et les parents est recommandée par les instructions officielles. Pourtant , elle ne va pas de soi, notamment dans les milieux populaires où les enseignants sont souvent désemparés devant la faible participation des parents, pourtant très sollicités. En juin 2022, lors d’une formation de formateurs sur le thème "coopérer avec les parents au quotidien", Chloé Riban et Xavier Conus éclairent cette question à la lumière de leurs recherches sur le terrain et de leurs analyses des points de vue des parents et des professionnel·le·s.

Xavier Conus, enseignant chercheur en sciences de l’éducation à l’Université de Fribourg (Suisse) travaille depuis plusieurs années sur la relation école-famille. Son intervention rend compte de plusieurs de ses recherches, croisées avec les résultats d’autres recherches en France et au Canada.

Conférence de Xavier Conus

INTRODUCTION
Après s’être présenté, le chercheur revient sur le titre complet de sa conférence, qui évoque "alliance", "collaboration" et "réciprocité". Il précise qu’il n’emploie le mot "coéducation" car celui-ci n’est pas employé en Suisse pour désigner la relation école-famille, mais que "collaboration" est entendu dans le sens d’une mutualisation de la dynamique éducative.

Un paradoxe de départ
D’un côté, le partenariat avec les familles est préconisé et mis en œuvre depuis une vingtaine d’années, en lien avec une volonté de réduction des inégalités scolaires. De l’autre, les recherches montrent que les initiatives diverses produisent une « connivence scolaire » pour les familles les plus proches des codes de l’école, sans parvenir à résoudre le problème de l’éloignement des familles de milieu populaire.

La recherche COREL
Afin de mieux comprendre ce paradoxe, la recherche "COnstruction de la RELation" s’est attachée à observer la relation tissée entre école et familles de milieu populaire, à l’entrée à l’école maternelle (âge de 4 ans en Suisse). Il s’agit d’une recherche qualitative en immersion pendant trois ans, dans une école de quartier prioritaire. Le recueil de données est fondé sur des observations de situations formelles et informelles, des entretiens avec les parents et les professionnel·le·s, ainsi que l’étude des documents qui circulent entre l’école et les familles. Seuls quelques résultats saillants sont présentés ici.

les attentes des enseignants et des parents face a la scolarité
Du côté des enseignants, une attente normée et un regard déficitaire
Cette recherche montre que les enseignant·e·s attendent des parents qu’ils façonnent un enfant "scolarisable" avant même son entrée à l’école, c’est-à-dire :
un enfant autonome, au sens d’être indépendant dans les gestes du quotidien, capable de se séparer de son parent et d’agir par soi-même ;
un enfant maîtrisant des compétences de socialisation nécessaires pour intégrer les règles de la vie collective, voire de certaines compétences techniques (tenue du crayon, ciseaux...).
L’entrée à l’école est perçue par les enseignant·e·s comme un espace de confrontation entre les deux modèles éducatifs véhiculés par la famille et l’école. Lorsque l’enfant n’est pas conforme à leurs attentes et que les enseignants constatent un écart, ils·elles se sentent démuni.e·s et développent un discours déficitaire sur les familles, interprétant l’éloignement comme du désintérêt.

Du côté des parents, une attente forte mais imprécise
Les parents, de leur côté, ont de fortes attentes vis-à-vis de l’école, en qui ils accordent une grande confiance. Ils savent qu’ils ont un rôle à jouer et le prennent au sérieux, mais sans savoir précisément ce qui est attendu. Ils consacrent du temps à faire du lien, à travers des pratiques parfois invisibles pour les enseignants, ou parfois réprouvées par eux (systèmes de sanctions par exemple). Ces attitudes sont conformes aux travaux des sociologues qui ont démontré le mythe du parent "démissionnaire" , notamment ceux de Bernard Lahire dans son ouvrage "Tableaux de famille". (voir bibliographie)

un dispositif a la loupe
Face à ces constats, les enseignant·e·s cherchent à rapprocher les parents de l’école. La recherche COREL s’est intéressée à un dispositif innovant : des ateliers de préparation à l’entrée à l’école maternelle. Il s’agit de moments proposés aux parents suite à l’inscription de l’enfant, animés par un professionnel extérieur (ici une éducatrice d’une association de quartier) et centrés sur les pratiques parentales favorables à la réussite scolaire : autonomie, sommeil, langage, etc... Les résultats permettent de comprendre comment ce dispositif, pensé pour faciliter l’adaptation à l’école, créé du malentendu. On observe des décalages entre les objectifs annoncés -comprendre le monde de l’école- et le déroulement réel -centré sur ce qui se passe à la maison- ainsi qu’entre les attentes des uns et des autres. Finalement, les enseignants en sortent satisfaits, alors que les parents sont déçus par ce qui a été proposé et désemparés devant ce qui est attendu.

regards sur Les DIFFICULTES de communication au quotidien
Au quotidien, l’observation et l’analyse des outils de communication montrent les efforts de l’école combler la distance. Le chercheur voit ces dispositifs comme des entreprises de conditionnement du parent, appelé à devenir un partenaire en conformité avec la norme scolaire. Mais force est de constater l’échec fréquent de cette démarche et la persistance des expressions d’insatisfaction de la part des professionnel·le·s. Pourtant les entretiens avec les parents montrent qu’ils ne sont pas dans le refus, mais plutôt dans l’incompréhension de ce qui est attendu, dans la perception d’une norme complexe de "juste présence" à ajuster dans le "ni trop, ni trop peu".

un exemple emblématique autour de la confiance
Le chercheur expose ici une situation mettant en scène une enseignante experte, soucieuse de coéducation, dans sa relation avec une mère confiante au départ, investie et soucieuse de collaborer. Il montre comment malgré ce contexte favorable, la confiance mutuelle se dégrade au lieu de se construire. Il explique cela par une vision négative de l’enseignante sur les conduites éducatives parentales et par des prescriptions répétées et incomprises relative à l’autonomie du jeune enfant, qui éloignent la mère de l’école à l’insu de l’enseignante.

Pistes pour favoriser une communication bi-directionnelle
Xavier Conus suggère une ouverture, pour faire bouger les lignes : si on rapprochait l’école des familles pour réduire l’écart, au lieu de leur faire l’injonction de s’approcher elles-mêmes ? Quelques principes peuvent pour cela être mobilisés, en référence aux travaux de Pierre Périer sur les parents invisibles (voir bibliographie). Il développe ici le principe d’explicitation -à distinguer d’information ou prescription- vu comme un levier de justice.

Il propose ensuite quatre pistes avec des exemples concrets :

proposer des supports de communication et d’expression ;
diversifier les canaux et penser à l’oral ;
favoriser les échanges informels ;
ne pas laisser aux parents la seule initiative de l’échange.
Communiquer ne suffit pas : un nouvel exemple
A travers l’analyse des relations entre enseignant·e·s et parents dans une école élémentaire et de ce qu’en disent les protagonistes, le chercheur montre comment la politique de la porte ouverte peut générer des interprétations erronées et une spirale de malentendus. Son analyse met l’accent sur le passage de "je ne veux pas déranger" du côté des parents en "il-elle ne s’intéresse pas à l’école" du côté des enseignant·e·s.

des pistes d’action pour conclure
Le chercheur propose de dépasser le paradigme de la communication, pour aller vers une recherche de co-construction de l’alliance. Cela passe par des dépassements nécessaires pour les professionnel·le·s, qui doivent cesser de considérer la collaboration comme une obligation contraignante, remettre en cause une vision normative du rôle parental et accepter de voir la diversité des engagements parentaux auprès de la scolarité de leur enfant.
Xavier Conus évoque finalement deux exemples de dispositifs co-construits avec des parents d’élèves, notamment un projet autour du passage de l’école au collège, pensé et mis en œuvre à partir de propositions des parents. Il revient aussi sur l’atelier de préparation à l’école maternelle qu’il a présenté auparavant de manière critique, en suggérant des pistes qui pourraient permettre de l’investir comme espace d’inter-connaissance.
Il conclut sur l’énoncé de principes basés sur la réciprocité qui pourraient sous-tendre les dispositifs et les formations, afin de viser à ce rapprochement bi-directionnel entre l’école et les familles.

Extrait de centre-alain-savary.ens-lyon.fr du 25.01.23

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