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Marie Duru-Bellat analyse "Les structures fondamentales des sociétés humaines" de Bernard Lahire dans "journals.openedition" (extraits)

28 mars

Bernard Lahire, Les structures fondamentales des sociétés humaines
, Paris, La Découverte, coll. « Sciences sociales du vivant », 2023, 972 p., ISBN : 978-2-3480-7761-6.
Marie-Duru Bellat

Le dernier ouvrage de Bernard Lahire a de quoi impressionner par son volume (970 pages) et l’ampleur de la documentation mobilisée, mais plus encore par son ambition, peu commune dans l’univers des sociologues contemporains : montrer « par la comparaison interspécifique et inter-sociétés que des constantes, des invariants, des mécanismes généraux, des impératifs transhistoriques et transculturels existent bel et bien » (p. 12) dans les sociétés humaines, et que les mettre à jour est la vocation de la sociologie.

[...] La question ici n’est pas de faire la part de ce qui serait inné ou acquis, génétique ou culturel, dans les comportements sociaux. Ainsi posée, cette question n’a même guère de sens. Pour en convaincre, il faut repartir du principe de base de la biologie évolutive selon lequel « les organismes vivants sont “sélectionnés” par leur environnement qui, par les pressions que celui-ci exerce sur eux, “décide” de ce qui est le plus apte à rester en vie et à se reproduire en transmettant ses propriétés génétiques à sa descendance » (p. 250). Ce rappel effectué, Bernard Lahire peut alors souligner ce qui va constituer un élément central de ses analyses, à savoir le phénomène de « coévolution gène-culture » (p. 251). Il s’agit de reconnaître le fait que l’homme est capable de construire son environnement, concrètement de concevoir des techniques (des artefacts) qui vont ensuite le modifier jusque dans ses gènes ; par exemple, en inventant des possibilités de cuisson des aliments, les hommes ont transformé leur appareil digestif. Il faut admettre que « la nature humaine n’est pas un sac vide que la culture viendrait non seulement remplir mais déformer à sa guise » (p. 307), tout comme il faut savoir « voir la culture dans la nature », selon l’expression du bio-anthropologue Alan Goodman (cité p. 304).

[...] Parmi les grandes propriétés biologiques de l’espèce humaine, il cite notamment la séparation des sexes, la grande longévité, et l’historicité, « liée à l’existence d’une culture cumulative et donc d’une transmission culturelle intergénérationnelle » (p. 337). Mais il insiste tout particulièrement sur l’altricialité secondaire ; ce concept désigne l’immaturité du jeune humain, qui doit poursuivre son développement grâce à des interactions sociales. Deux conséquences s’en suivent : il va apprendre tout au long de sa vie, et il se trouve dans une situation de dépendance vis-à-vis des adultes. Cette dernière caractéristique va constituer un facteur important de la structuration des sociétés : non seulement il va falloir concevoir des structures familiales stables, mais cette socialisation initiale impose à tous une expérience de domination.

[...] Dans la dernière étape de son raisonnement, Bernard Lahire formule seize lois générales telles que la tendance à la conservation-reproduction, la différenciation croissante, la conventionnalisation et l’abstraction progressive des moyens de représentation du réel, la lutte entre les groupes, l’accroissement démographique tendanciel, etc. Évidemment, ces lois souffrent d’exceptions, mais c’est du fait de leur entrecroisement dans des configurations singulières. L’auteur cite en particulier ses travaux sur les réussites improbables à l’école, quand la loi de la reproduction s’articule avec celle de la domination masculine ou celle de la transmission des héritages culturels.

Extrait de journals.openedition.org

 

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