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Selon une étude du séminaire Liepp de Sciences Po, le Plan numérique de 2015, stoppé en 2017, a eu un effet positif sur les collégiens, surtout en éducation prioritaire (Le Café)

6 mai Version imprimable de cet article Version imprimable

Retour sur le plan numérique de 2015
"La mise à disposition des équipements individuels mobiles (EIM : tablettes) a bien eu un effet positif qu’on peut évaluer à 10%". Clémence Lobut, doctorante Sciences Po, présentait le 4 mai les résultats de l’étude ELAINE sur le plan numérique lancé par F Hollande en 2015, dans le cadre du séminaire LIEPP de Sciences Po. ELAINE établit un lien de causalité entre le plan et les résultats des élèves en maths et en français. Un effet modéré mais d’environ 0.1 écart type (soit 10%) en moyenne ce qui est loin d’être négligeable. C’est comme si chaque élève avait progressé d’un rang dans sa classe. Reste à savoir pourquoi. Le pari de F Hollande était viable.

Un plan stoppé net en 2017

Il a bien été maudit le plan numérique. Lancé par F Hollande en 2015, il visait à équiper tous les collèges en 3 ans. Mais l’élan a été cassé dès 2017 avec l’alternance politique. La première campagne en 2015-2016 avait équipé chaque élève d’un équipement individuel mobile, c’est à dire une tablette. De 2016 à 2018 les tablettes ont été remplacées par des classes mobiles, c’est à dire des chariots dotés de 12 tablettes qui, à la différence des EIM, restent au collège et qu’il faut réserver à l’avance car il est partagé entre les classes. C’est que le financement n’a pas suivi l’élan initial. Et le milliard s’est transformé en 300 millions.

Le plan numérique a été aussi maudit par la Cour des Comptes dont nous avons publié en exclusivité en 2019 le rapport accablant. La Cour a pointé les insuffisances du financement et du pilotage. Confié au Programme d’investissement d’avenir (PIA), l’Etat a perdu le controle de son plan et les financements attendus ne sont pas arrivés. Mais la Cour accuse aussi le plan d’avoir accru les inégalités car certaines collectivités locales ont joué le jeu et d’autres pas. Ce qui est plus contestable. Au final ce sont quand même, au prix d’un effort inédit, 3000 collèges (sur 7000) qui ont bénéficié (on peut utiliser le terme maintenant) du plan soit plus d’un million d’élèves ce qui en fait le programme le plus important depuis le plan IPT.

Une étude qui vise la causalité pas la corrélation

La particularité de l’étude ELAINE, menée par Clémence Lobut, Ghazala Azmat et Denis Fougère, c’est d’avoir cherché à établir la causalité (et non une simple corrélation) entre l’équipement numérique et son efficacité auprès des élèves. Pour cela l’étude utilise un groupe témoin d’élèves de collèges ne participant pas au plan. Elle suit un panel de 5000 élèves quiont été évalués e juin 2018 et juin 2019 en maths français et sur leurs compétences numériques. En juin 2020 cette évaluation, impossible en raison de l’épidémie, a été remplacée par l’évaluation d’entrée en 2de. Elle suit aussi un panel de 2000 enseignants et près de 200 principaux.

Succès des tablettes, échec des classes mobiles

La première recherche porte sur l’accès aux équipements numériques : les élèves ont ils réellement pu les utiliser ? Incontestablement les élèves dotés de tablettes ont bien eu accès au matériel, qu’ils pouvaient d’ailleurs emmener chez eux. Le taux d’accès est plus faible pour les classes mobiles. L’étude montre aussi que les élèves de 4ème sont plus nombreux à déclarer utiliser en classe souvent l’équipement numérique, avec là aussi un écart entre tablette et classe mobile. Le plan a eu aussi un impact sur l’équipement des enseignants et sur l’intégration du numérique dans les pratiques enseignantes qui devient plus fréquente, du moins avec les tablettes. Il y a beaucoup moins d’impact poru les classes mobiles.

Un impact positif réel sur les résultats scolaires

Mais la grande question c’est l’amélioration des résultats en français et en maths. Les effets ont été évalués en 5ème et 4ème. En 5ème on constate un effet positif sur certains apprentissages mesurés comme la compréhension orale ou les compétences nuémriques. En compréhension orale l’écart type est de 30%. En 4ème l’effet est constaté partout en compétences numériques, en compréhension orale et écrite et en maths à hauteur de 10%. Cela pour les élèves équipés de tablettes. Les effets sont beaucoup plus faibles pour les élèves utilisant une classe mobile. Les effets sont plus forts pour les collèges de l’éducation prioritaire.

La conclusion c’est que le plan numérique de F Hollande avait bien un impact positif sur le niveau des élèves du moins pour les collèges dotés d’équipements individuels mobiles. C’est moins net pour les classes mobiles.

Si l’écart type de 10% peut sembler faible , il faut savoir qu’il équivaut à l’effet des dédoublements effectués en Cp et ce1 de l’éducation prioritaire par JM Blanquer. Mais pour un cout de revient beaucoup plus faible puisque pour plus d’un million d’élève le cout est évalué par la Cour des comptes à 303 millions.

Reste à comprendre pourquoi

Reste à savoir précisément pourquoi. Car les études internationales sont sévères sur l’impact du numérique. On se rappelle de Pisa établissant une correlation (pas une causalité) entre le temps passé avec le numérique en classe et de faibles compétences en lecture. Du moins pour la plupart des pays. Mais pas tous !

Il va donc maintenant falloir y regarder de plus près. On comprend facilement que la classe mobile ait peu d’effets. Il y a trop de contraintes pour les enseignants et moins d’appropriation par les élèves. Reste à savoir comment les enseignants ont utilisé les tablettes. Car au final c’est là que se cache l’information finale.

François Jarraud

Extrait de cafepedagogique.net du 05.05.21

 

Voir aussi La distribution de tablettes individuelles a des effets positifs sur les apprentissages des collégiens et ces effets sont plus forts en mathématiques et en compétences numériques dans les collèges défavorisés (Depp)

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