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Education et fractures scolaires, questions de géographes à propos de l’école, par Rémi Rouault et Patrice Caro, Chronique sociale, mai 2022 [avec une question sur l’éducation prioritaire] (ToutEduc, Le Café)

31 mai

Additif du 03.06.22
Education et fractures scolaires

Rémi Rouault et Patrice Caro apportent leur regard de géographe à la question particulièrement prenante en France des fractures scolaires. Cela nous vaut une approche originale et éclairante. Ils questionnent le fonctionnement de l’école sur 5 points : l’école s’adapte-elle aux contextes locaux, comment sont répartis les moyens, les parents influent-ils sur la carte scolaire, les lieux scolaires sont ils genrés et l’Ecole est elle au service de la reproduction sociale.
A l’évidence la densité scolaire reflète la hiérarchie du réseau urbain avec en plus des irrégularités liés à l’histoire par exemple dans la répartition des lycées ou des formations professionnelles. Une nouvelle hiérarchie apparait avec la répartition des spécialités. Ils révèlent aussi une grande disparité dans les dépenses des collectivités locales pour l’éducation ou encore dans la répartition des enseignants expérimentés. Il y a quand même un reproche à faire à cet ouvrage. Les auteurs se limitent à l’échelle nationale ou départementale. Même quand ils disposent des données, ou quand elles sont facilement exploitables, ils ne descendent jamais à une échelle plus précise qui serait pourtant éclairante , par exemple celle des agglomérations.

Rémi Rouault, Patrice Caro, Education et fractures scolaires. Questions de géographes à propos de l’Ecole, Chronique sociale, ISBN 978-2-36717-793-9. 14e

Extrait de cafepedagogique.net du 03.06.22

 

L’Education nationale se donne-t-elle les moyens de connaître et de combattre les inégalités socio-scolaires ? (ouvrage)

"Tant que les apprentissages scolaires seront évalués autant, et sans doute plus, sur ce qui est acquis en dehors de l’Ecole que sur ce qui est véritablement apporté par l’Ecole, les fractures scolaires ne se réduiront pas", estiment Rémi Rouault et Patrice Caro, deux géographes (U. de Caen) qui publient "Education et fractures scolaires". Encore faudrait-il que l’institution se donne les moyens de connaître ces fractures.

"De manière surprenante, ce sont les questions autour de l’efficacité des méthodes d’enseignement qui sont privilégiées, plus que l’analyse sociale du fonctionnement de l’Ecole. L’important semble être de comparer les résultats avec ceux des autres systèmes éducatifs (...) plutôt que de s’interroger davantage sur les inégalités persistantes entre élèves en France (...). Les seules informations disponibles sont relatives à la réussite aux examens (...)." Or "le redoublement a quasi disparu, l’orientation en fin de cinquième n’existe plus, les taux de réussite au bac sont de plus en plus élevés." Dès lors, les seules informations pertinentes sont celles des évaluations, à condition de pouvoir les associer aux caractéristiques de l’école, ce que les deux chercheurs ont fait à Caen : "les élèves des écoles à recrutement social favorisé (...) réussissent à plus de 90 % en mathématiques et à plus de 95 % en maîtrise de la langue", tandis que dans certaines écoles, la moitié des élèves échouent en mathématiques et plus d’un quart en maîtrise de la langue. "Malgré les dispositifs mis en place, l’école ne réduit pas fortement ces inégalités."

Echappe aux chercheurs "tout ce qui pourrait informer sur la composition des équipes éducatives, des équipes administratives", ils n’ont pas "accès à des données localisées sur le climat scolaire, les violences à l’école, le décrochage scolaire, ou le taux de démission des professeurs débutants (...). Des pans entiers des faits scolaires ne font l’objet d’aucun enregistrement (...). D’autres faits sont documentés à l’échelle nationale, sans qu’il soit possible pour l’instant d’en analyser la distribution dans l’espace. Par ailleurs (...), les établissements scolaires hors contrat ne sont pas tenus de répondre aux enquêtes du ministère de l’Education nationale, pas plus que les entreprises de cours particuliers"...

Des inégalités de moyens

Les inégalités de réussite scolaire s’expliquent aussi par des données spatiales. C’est ainsi par exemple que "les moyens dont disposent les écoles élémentaires sont très inégaux d’une commune à l’autre en termes de crédits de fonctionnement" et que "les crédits annuels alloués aux collèges varient du simple au triple, moins de 1 100 €/an/élève en Moselle, près de 3 400 €/an/élève en Lozère". Mais "les sources disponibles ne permettent pas l’analyse de la répartition de ces dépenses".

Dans quelle mesure "les adaptations de l’Ecole aux particularités (locales)" sont-elles efficaces ? Elles sont "ambivalentes", elles permettent de répondre à des besoins spécifiques, et les auteurs en donnent deux exemples, l’éducation prioritaire et "l’enseignement en immersion dans une langue régionale", mais ils considèrent que l’implantation "de manière différenciée" des options et des spécialités "contribue à hiérarchiser les lieux scolaires et renforce la hiérarchie urbaine", processus qui conduit "à réduire encore plus la mixité sociale".

"Education et fractures scolaires, questions de géographes à propos de l’école", Rémi Rouault et Patrice Caro, Chronique sociale, 168 p., 14€

Extrait de touteduc.fr du 30.05.22

 

Du même auteur :

Atlas de fractures sociales en France. Une école à plusieurs vitesses, Autrement, 2010)

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