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Dédoublements et locaux, forfait d’externat pour les maternelles du privé hors EP, pauvreté, Aesh... (Entretien de ToutEduc avec l’Andev, porte parole du collectif Ambition et éducation)

23 juin

"Ambition Éducation", les motifs de colère et d’inquiétude des élus, des syndicats, des associations (E. Kuchel, RFVE, interview exclusive)

Une vaste coalition a permis que s’expriment d’une seule voix, avant-hier pour la première réunion du CSE depuis la nomination de Pap Ndiaye (voir ToutEduc ici), des syndicats de l’Education nationale, des mouvements d’éducation populaire, des associations de responsables éducatifs et d’élus. Comment cela a-t-il été possible, avec quels enjeux ? Emilie Kuchel, est adjointe au maire de Brest, et présidente du RFVE (réseau français des villes éducatrices) et porte-parole de cet appel au ministre.

ToutEduc : Cette coalition a-t-elle été formée pour cette occasion ?

Emilie Kuchel : Non, elle s’est constituée en 2020 à l’issue du premier confinement. Les enseignants étaient inquiets, le déconfinement n’était-il pas trop précoce ? Ils ont vu se développer des initiatives privées, des entreprises qui organisaient du soutien scolaire pour les enfants de leurs salariés, nous, les élus du RFVE, voyions que l’école publique était menacée et nous avions très peu d’échanges avec le ministère pour exprimer nos inquiétudes ou pour avoir des réponses aux problèmes très concrets que nous posaient les divers protocoles. Nous nous sommes donc tournés vers nos partenaires, en visio souvent, nous avons multiplié les contacts.

ToutEduc : Mais vous êtes passés de l’informel au formel...

Emilie Kuchel : C’est l’appel à projet pour le financement de l’achat d’ordinateurs à destination des écoles qui nous a fait dire "ça suffit". En effet, c’est sous la responsabilité du maire que les demandes étaient adressées au ministère, qu’il s’agisse d’écoles publiques ou privées. Les élus étaient donc amenés à cautionner le financement public d’investissements pour le privé, ce qui est illégal. Et nous avons donc décidé de rencontrer les organisations syndicales, les mouvements d’éducation populaire, l’ANDEV (les directeurs des services éducation des collectivités, ndlr) et nous avons signé, au mois de juillet dernier à Nantes, un appel commun pour le renouveau du service public éducatif, celui-ci ne se limitant pas au scolaire... Nous sommes notamment particulièrement soucieux de voir trop d’enfants privés de la possibilité de partir en colonie de vacances quand les familles n’ont pas la possibilité de le leur permettre.

ToutEduc : Le risque des appels communs est d’être très généraux, un peu abstraits. Aviez-vous des questions concrètes à soumettre au nouveau ministre ?

Emilie Kuchel : Evidemment, nous essayons d’exprimer des valeurs communes, et elles ne sont pas toujours si consensuelles que vous semblez le dire. Un candidat à la présidentielle ne s’est-il pas prononcé contre l’école inclusive ? Et ces valeurs nous amènent à poser des problèmes très concrets. Quand, parmi nos priorités, nous appelons à une "mobilisation en faveur des 5 millions d’élèves issus de familles pauvres et très pauvres", nous citons l’allocation de rentrée scolaire, les bourses et fonds sociaux, y compris pour le premier degré, les aides publiques pour la restauration, le droit aux loisirs et aux vacances ! Et nous disons clairement au ministre que nous ne supportons pas de recevoir des ordres. Son prédécesseur prétendait dialoguer, en réalité, il nous informait de ses injonctions, de ses décisions. Nous disons donc à M. Diaye que l’État, qui ne peut pas seul inventer les solutions à ces crises, se doit plus que jamais de jouer son rôle de concertation, d’impulsion et de régulation au service du bien collectif et de l’intérêt général.

ToutEduc : En tant qu’élue et présidente du RFVE, avez-vous des sujets dont vous voudriez plus particulièrement parler avec le ministre ?

Emilie Kuchel : Il y en a beaucoup, mais la question des dédoublements, celle du forfait d’externat pour les maternelles et la gestion des AESH nous préoccupent plus particulièrement. Le président annonce vouloir des dédoublements en CE2, CM1 et CM2 pour les écoles en REP et REP+. Mais dans quels locaux ? Même les écoles neuves, nous ne pouvons pas les construire en ne prévoyant que des salles à surface réduite. Dans les autres, nous avons déjà récupéré toutes les salles disponibles, beaucoup d’écoles n’ont plus de BCD (bibliothèques, ndlr). Allons-nous devoir mettre des préfabriqués dans les cours de recréation ? Nous avons déjà dû sacrifier beaucoup d’espaces dévolus aux jeux. Et nous avons besoin de souplesse. Si vous avez dans une école 40 élèves de CP, vous faites 3 classes de 13, 14 élèves ou 4 classes de 10 ? Il suffit d’un élève en plus ou en moins, la veille de la rentrée, pour modifier la décision, et changer l’architecture de l’école. Comme nous avons déjà aménagé les locaux pour les CP et CE1, avec des structures rigides, nos écoles en éducation prioritaires sont pleines à ras bord, et nous sommes obligés d’envoyer certains enfants dans une école voisine, non REP … Mais cette question des locaux scolaire qui se pose aux commune n’est pas l’essentiel : il ne suffit pas de mettre un certain nombre d’élève dans une telle classe dédoublée. Encore faut que partout en France ces élèves ait face à eux et avec eux, des enseignant en nombre suffisant !

ToutEduc : Et pour le forfait d’externat ?

Emilie Kuchel : L’abaissement à trois ans de l’obligation scolaire a permis au privé de passer sous contrat ses classes de maternelle*, pour lesquelles nous devons donc payer le forfait d’externat, une somme équivalente aux dépenses engagées pour les enfants du public. Mais les bases de calcul du forfait doivent être précisées. Si à Brest, nous augmentons les moyens mis pour les écoles publiques en éducation prioritaire, nous augmentons la dépense moyenne par élève et donc la somme due pour les écoles privées alors que celles-ci ne sont pas en éducation prioritaire  ! Il faudra aussi demander à l’Etat de compenser le surcoût. Mais comment le calculer ? Jean-Michel Blanquer ignorait que de nombreuses villes comme nous à Brest nous versions déjà une aide aux écoles maternelles privées, de l’ordre de 2 M€, une somme inférieure à ce que nous dépensions pour le public. Nous allons donc avoir un surcoût, de l’ordre d’un million et demi, mais cette somme est évolutive... Si nous voulons éviter de multiplier les contentieux, avec le privé d’une part, avec l’Etat d’autre part, nous avons besoin de règles précises. Et c’est un enjeu financier à plusieurs millions pour un certain nombre de villes.

ToutEduc : Vous évoquez aussi la question des AESH...

Emilie Kuchel : Comme vous le savez, le Conseil d’Etat a distingué le temps scolaire, durant lequel les personnels accompagnant les enfants en situation de handicap sont rémunérés par l’Etat et le temps périscolaire, notamment celui de la pause méridienne, durant lequel ils dépendent des municipalités. Du coup, leurs contrats avec l’Etat ont été revus à la baisse une fois décomptées les heures de cantine, et ces personnels sont encore plus précaires. Il faut d’urgence éclaircir la situation, pour fixer réellement un objectif de suivi cohérent entre scolaire et périscolaire, en partant de l’enfant plutôt que des contraintes administratives. Pourquoi ne pas imaginer par exemple un seul employeur avec des systèmes de transferts financiers ?

* Seules les classes de primaire accueillant des élèves soumis à l’obligation scolaire peuvent être sous contrat. Certaines écoles avaient donc des classes élémentaire sous contrat (dont l’enseignant.e était rémunéré.e par l’Etat), et des classes de maternelle hors contrat. Avec la loi, ces classes sont passées sous contrat.

Propos recueillis par P. Bouchard, relus par E. Kuchel

Extrait de touteduc.fr du 22.06.22

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