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B* Travail en commun (avec exerciseur) d’élèves d’UP2A NSA et de 3e du collège REP Doisneau de Paris autour de l’exposition "Picasso l’étranger"

9 novembre

Proposition de séquence autour de l’exposition "Picasso l’étranger"

Gaëlle Morois, enseignante en UPE2A NSA et en classe de Troisième au collège Robert Doisneau [à Paris], propose une présentation de séquence partagée et inclusive. Accompagnés par les enseignantes de français,d’arts plastiques et la professeure documentaliste, des élèves de Troisième et d’un dispositif UPE2A NSA ont travaillé ensemble sur les œuvres réunies à l’exposition” Picasso l’étranger” présentées au Musée de l’histoire de l’immigration. Cette activité a mobilisé les supports numériques de l’espace de travail disponible à Paris (PCN) puisque la restitution devait se faire sous la forme d’un cahier multimédia de groupe.

- Présentation de l’activité

L’inclusion des élèves à besoins particuliers constitue un défi pour les enseignants des classes ordinaires et des dispositifs mais aussi pour les élèves eux-mêmes. Elle peut prendre différentes modalités qui permettent de favoriser la découverte du fonctionnement scolaire et des exigences auxquelles des élèves, en l’occurrence allophones et non ou peu scolarisés antérieurement, devront se confronter.

Effectuant une partie de mon service en dispositif et une autre en Troisième ​il m’a paru pertinent de réunir ces deux groupes pour tenter un projet inclusif et pluridisciplinaire.

La thématique de l’exposition que le Musée de l’histoire de l’immigration a consacrée à « Picasso, l’étranger » entre novembre 2021 et février 2022 m’a semblé à cet égard porteuse.

La commissaire de l’exposition, Annie Cohen-Solal explique ainsi :

“La situation existentielle de Picasso étranger en France, insiste-t-elle, a conditionné sa démarche de création artistique. Six années de recherches dans des fonds d’archives inexploités ont permis de dévoiler les anomalies, les décalages, les scandales même parfois qui attendaient Picasso dans un pays aux institutions obsolètes, secoué par des vagues de xénophobie jusqu’en 1945.

(...)

Pendant quarante ans, dans les administrations françaises, Picasso sera perçu comme un intrus, un étranger, un homme d’extrême gauche, un artiste d’avant-garde - autant de stigmates dont il ne parla jamais à personne, mais qui marquèrent indéniablement son quotidien.”

Catalogue de l’exposition : Picasso l’étranger.Co-édition du Musée national de l’histoire de l’immigration et de Fayard, sous la direction d’Annie Cohen-Solal, octobre 2021,

Elle constitue une entrée dans l’univers d’un peintre connu et reconnu, par le biais d’un questionnement autour des valeurs liées à l’identité et à l’altérité.

Ces enjeux entrent en résonance avec les parcours de vie des élèves allophones et leur offrent la médiation de l’expression artistique et la connaissance culturelle pour penser leur situation. Ils font aussi sens pour les élèves de Troisième : d’une part parce que certains ont également des parents ou des grands-parents venus d’autres pays et que les interrogations identitaires et linguistiques sont aussi leur réalité. D’autre part parce que sur un plan plus scolaire, ces débats sont à rattacher aux programmes d’EMC et aux éléments du socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

“ La formation de la personne et du citoyen : ce domaine vise un apprentissage de la vie en société, de l’action collective et de la citoyenneté, par une formation morale et civique respectueuse des choix personnels et des responsabilités individuelles ;”
( Socle commun de connaissances, de compétences et de culture NOR MENE1506516D . Décret n° 2015-372 du 31-03-2015_ JO du 2-4-2015)

En classe de Troisième, les élèves préparent un oral pour le Diplôme national du brevet qui peut s’appuyer sur la présentation d’une œuvre artistique ; l’activité est également prévue dans cette perspective, les œuvres étant proposées dans la sélection du corpus de l’oral.

C’est pourquoi un projet commun a été proposé aux deux groupes.

Il associe le professeur d’arts plastiques, qui exerce également dans les deux classes, et le professeur documentaliste. Les élèves ont en effet travaillé sous la responsabilité des trois enseignantes qui ont orienté les recherches et les réalisations.

- Déroulement du projet

  • D’une visite sur site à une expostion virtuelle

La visite de l’exposition par les deux classes, prévue début février, n’a pu être réalisée en raison du contexte sanitaire qui limitait les sorties et compliquait l’organisation. Elle a été remplacée par une diffusion de photographies, prises par les enseignantes et montées sous forme de capsule vidéo sur Inshot . Les photographies des œuvres et des cartouches ont également mises à la disposition des élèves sous la forme d’un lien de consultation qui ouvrait sur un espace de stockage (Drive).

Consulter le montage des photographies de l’exposition

Les deux classes ont été réunies pour la première fois lors de l’exposition virtuelle ainsi proposée, que les élèves pouvaient à nouveau consulter de chez eux. Le lien ci-dessus leur a en effet été communiqué sur la messagerie PCN.

Des groupes ont été constitués à l’avance, qui mêlaient les élèves des deux classes en tenant compte des difficultés de communication des élèves allophones et de certaines problématiques de comportement.

Chaque groupe devait choisir une œuvre et le tableau ci-dessousa été l’un des premiers sélectionnés.

Chat saisissant un oiseau Pablo Picasso (1939 Huile sur toile 81 x 100 cm Musée national Picasso-Paris, MP178)

  • Utilisation des tablettes

Des tablettes ont été mises à disposition des élèves pour :

  1. Consulter les photographies et le montage vidéo de l’exposition
  2. Effectuer les recherches
  3. Créer et enrichir le cahier multimédia

Le travail de documentation a été accompagné par les enseignantes documentalistes, d’arts plastiques, et de français.

Cet encadrement a permis de guider les élèves dans l’utilisation des moteurs de recherches (mots clés, sélection de sites, tri des informations) et correspond au programme de de l’EMI (éducation aux médias et à l’information). Ce travail mobilise des compétences du socle, notamment le domaine “Des méthodes et des outils pour apprendre “ et entraîne les élèves à :

  1. Traiter, organiser et hiérarchiser l’information
  2. Organiser et planifier un travail de projet
  3. Garder une trace écrite sur un temps long (5 semaines)

C’était une première expérience de recherche documentaire pour les élèves du dispositif NSA qui ont bénéficié de l’entraînement des Troisièmes à cette pratique.

Dans certains groupes, il y a eu une volonté de guider cet apprentissage par un accompagnement étayé entre pairs.

Présentation du tableau "Le coupeur de têtes"

  • La tâche finale

La tâche finale, exposée dès la présentation du travail, devait comporter :

  1. Une présentation de l’œuvre (titre / date /dimensions / lieu de conservation
  2. Une description (lieux / couleurs/ personnages)
  3. Une mise en perspective avec la biographie de Picasso et la périodicisation de son œuvre
  4. Une justification du choix de l œuvre et une réflexion sur son rapport avec le thème de l’exposition

Le support de restitution attendu était le cahier multimédia de l’environnement numérique de travail de Paris (Paris Classe Numérique)

J’avais initialement envisagé de demander la réalisation de capsules vidéos montées par exemple sur Adobe spark (Creative cloud) mais les obstacles techniques (réseau fluctuant, prise en main des tablettes parfois laborieuse) m’ont fait renoncer à cette possibilité. Je la garde néanmoins en tête pour un autre projet.

Le cahier multimédia réunit plusieurs avantages :

  1. Facilité d’utilisation : les élèves NSA sont familiarisés avec sa consultation et sa création, quelques élèves de Troisième l’ avaient déjà utilisés pour des restitutions d’ exposés
  2. Enregistrement automatique du travail sans risque de perte ou d’ oubli
  3. Possibilité de varier les médias : images, sons, vidéos
  4. Entraînement à un travail collaboratif grâce au partage du support

La collaboration n’a cependant pas pas été aussi facile sur le plan technique que ce que j’imaginais, dans la mesure où des élèves de deux classes différentes ne peuvent pas partager directement un cahier multimédia. Il fallait systématiquement qu’ils le partagent en m’attribuant les droits de gestion pour que je puisse à mon tour le diffuser aux élèves de l’autre classe de leur groupe. Cette contrainte peut sans doute être levée facilement grâce à un paramétrage par le référent numérique.

Cet outil me semblait d’autant plus pertinent que les élèves allophones du dispositif NSA étant en difficulté avec l’écrit, j’espérais que la variété des ressources les aiderait à produire une réponse sous une forme enregistrée (captation son avec l’ outil Dictaphone de l’ ENT ou captation vidéo avec la tablette).

Seul un groupe s’est emparé de cette possibilité mais j’espère les voir se familiariser avec ce mode de restitution qui favorise la prise de parole et constitue un entraînement à l’oral.

Pour les autres groupes, l’activité a toutefois permis une diversification des productions écrites liée à une dynamique de projet. La perspective actionnelle ainsi mise en œuvre a favorisé un passage à l’écrit facilité par la brièveté de la production attendue, la dimension collaborative du travail et l’intérêt suscité par l’œuvre artistique.

- Bilans et perspectives

  • L’inclusion

Dans deux groupes, la dynamique inclusive ne s’est pas mise en place. Quelques élèves du dispositif NSA ne sont pas parvenus à s’intégrer dans leur groupe et n’ont pas bien compris ce qui était attendu d’eux. Ils se sont parfois mis en retrait et ont laissé les élèves de Troisième s’emparer seuls du travail de documentation et de production.

La réunion des deux classes a donné cependant lieu à des rencontres fructueuses.

Certains élèves de Troisième se sont engagés dans l’accompagnement des élèves NSA. L’une d’elle, dyslexique, s’est particulièrement investie dans la prise en charge d’un élève allophone et n’a eu de cesse de reformuler les consignes, de lui montrer des images et de le valoriser. C’est le seul groupe qui a utilisé la possibilité d’enregistrer le garçon allophone pour l’associer au projet final. La générosité dont cette jeune fille a fait preuve a été exemplaire. Elle lui a permis en retour de prendre en confiance et de se voir assigner un rôle d’experte qui lui a permis de progresser.

  • La pratique de la langue

Le travail que les élèves devaient fournir était cependant relayé par une préparation et un prolongement en dispositif NSA et en troisième ; le vocabulaire de la peinture a notamment été mobilisé tout au long des séances de langue, et j’ai veillé à diffuser des structures et lexicales à réinvestir dans le projet. De ce point de vue les compétences langagières mobilisées ont renforcé la maîtrise de la langue, dans les deux classes.

Description du tableau "Minotaure aveugle guidé par une fillette"

Les échanges oraux que j’espérais voir se mettre en place (phase de sélection de l’œuvre, justification des choix et analyse) ne se sont pas toujours enclenchés et certains groupes sont demeurés étrangement silencieux. Il a fallu que les trois enseignantes assurent un travail de relance des échanges et circulent au sein des groupes pour vérifier que chacun trouve une place et participe à la réalisation du projet.

Cela a été particulièrement difficile avec les élèves arrivés en cours de projet qui ont eu encore plus de mal à trouver leur place. Les arrivées progressives en dispositif constituent souvent un point d’achoppement dans la réalisation de projet échelonnés sur plusieurs semaines. Cependant, elles invitent également à des reformulations en forme de point d’étape qui font sens pour tous.

  • Les compétences numériques

Les contraintes techniques liées au réseau wifi ou aux limites des possibilités offertes par la tablette dans l’édition du cahier multimédia ont parfois constitué un obstacle. La déconnexion de PCN, le passage intempestif de la tablette en format portrait alors que l’édition du cahier requiert le format paysage sont des exemples de dysfonctionnements qui découragent rapidement des élèves.

Pour autant il m’a semblé que les « bugs » se faisaient de moins en moins fréquents. L’activité a contribué à une certaine automatisation des procédures de connexion à l’ Ent et d’accès au cahier multimédia. La mise en groupes et l’engagement dans le travail ont été de plus en plus rapides.

Cela m’incite à proposer d’autres réalisations sur tablette pour entraîner les élèves à une meilleure maîtrise de cet outil.

Quelques groupes ont valorisé les compétences numériques des élèves NSA, plus à l’aise avec le maniement des tablettes qu’ils utilisent pour faire leurs devoirs, sous formes d’exercices de systématisation. La plupart des cahiers envoyés ont d’ailleurs été mis au nom des élèves de NSA que je ne reproduis pas ici pour préserver leur anonymat.

La baie de Cannes

  • Une réflexion citoyenne et culturelle

Lors des échanges, certains élèves NSA ont pu nourrir la réflexion sur la thématique de l’exil.
L’ un d’eux a spontanément expliqué le choix de Picasso de peindre les montagnes de Malaga par le désir de faire ressurgir l’image des lieux de son enfance.

Una cantera de Pablo Picasso (1881-1973, Spain) | Reproductions D’art De Musée Pablo Picasso | WahooArt.com

“Montagnes de Malaga”, 1896, Musée Picasso, Barcelone

Pour les élèves de Troisième,l’accompagnement d’élèves en difficulté a nécessairement constitué une prise de responsabilité dans l’organisation du travail de groupes, à relier avec une dimension citoyenne. L’ouverture à l’altérité et à la différence s’est déclinée dans une action concrète.

Sur le plan culturel, les élèves de Troisième avaient pour la plupart entendu parler de Picasso. Ce travail leur a cependant permis d’approfondir leurs connaissances sur cet artiste et de questionner la notion d’engagement. Le thème de l’ouverture à l’autre et de l’ accueil de l’étranger s’est décliné dans une version artistique par l’ analyse des œuvres mais aussi par la mise en place du travail inclusif.

Pour les élèves NSA, l’artiste était inconnu. Ce travail a donc permis une initiation à l’observation d’œuvres picturales. La biographie de Picasso et son statut d’étranger, prisme de la sélection des œuvres, ont fait écho chez la plupart des élèves allophones à une histoire intime, mais devra être reprise avec les élèves de Troisième en vue de la préparation de leur oral de DNB.

L’évaluation des cahiers multimédias révèle en effet que la réflexion sur l’engagement et le sentiment de marginalité qui imprègnent les œuvres choisies n’ont pas toujours été assez perçues.

- L’évaluation du travail

Les cahiers multimédias ont été évalués à distance, grâce au partage des groupes. Cette phase a permis un rappel des enjeux de paramétrage puisque la correction par l’enseignant est facilitée par l’attribution des droits de modification.

Une grille d’évaluation a été proposée en fonction de la pertinence du travail de recherche, de la description de l’œuvre et des propositions d’analyse argumentée. La langue et la variété des média choisis constituaient également des objets d’évaluation.

J’ai choisi de ne pas évaluer l’engagement et la collaboration dans cette grille mais j’ai valorisé cet aspect par l’ajout de “bonus” dans le cas de deux groupes plus investis dans cette démarche.

Evaluation "Les montagnes de Malaga"

- Les prolongements

Les groupes les plus rapides ont commencé à réfléchir à la réalisation d’une oeuvre engagée sur le thème de leur choix. Ce travail va se poursuivre dans les semaines à venir, sous la responsabilité de l’enseignante d’arts plastiques.

J’ai également demandé aux élèves de Troisième de produire un texte en forme de bilan sur ce qu’ils retiennent de leur participation à ce projet, afin de mobiliser une forme de réflexivité.

Pour ma part, malgré les déceptions liées aux contraintes techniques et à l’investissement insuffisant de certains groupes, je suis satisfaite d’avoir pu réunir mes deux classes et d’assister à des interactions inattendues. Il me semble que l’inclusion qui constitue la modalité principale de scolarisation” des élèves allophones s’est déclinée dans un format encourageant qui m’invite à renouveler l’expérience.

Deux autres projets sont d’ailleurs en cours ou en préparation

  1. avec un enseignant d’Histoire-géographie de Cinquième (visite partagée du Château de Vincennes)
  2. avec une enseignante de Technologie et ses classes de Sixième (conception commentée d’un éventail et analyse de l’objet en termes de fonction et de besoins, réalisation d’une vidéo en forme de tutoriel).

Dans les deux cas, je pense mobiliser les outils numériques qui me semblent particulièrement pertinents pour le partage du travail entre deux classes.

Les questionnements soulevés par cette première expérience m’incitent à encadrer davantage l’inclusion des élèves NSA au sein des groupes et à favoriser la diversification des média proposés en en faisant explicitement des critères d’évaluation des tâches finales.

- Conclusion

Pour autant, il me semble que cette démarche qui s’appuie sur la montée en compétences numériques des élèves et favorise des pratiques langagières autour d’une démarche inclusive fait sens et contribue à assurer le rayonnement des dispositifs pour les élèves allophones. Elle permet aussi aux élèves des classes “ordinaires” d’endosser un rôle de tutorat qui les valorise et les fait progresser également.

Extrait de pia.ac-paris.fr du 08.06.22

 

Faire s’entraîner les élèves avec des exerciseurs (vidéo d’inspiration)

Dans l’UPE2A NSA du collège [REP] Robert Doisneau (Gaëlle Morois) et l’UPE2A du collège André Malraux (Julien Fumey) [à Paris], les élèves utilisent des exerciseurs sur tablettes. Alliant l’audio, la vidéo et le texte, Learning apps et Tactileo permettent de faire travailler les élèves de façon différenciée et ludique.

Fichier vidéo Faire s’entraîner avec des exerciseurs

La vidéo d’inspiration présentée ci-dessus est le résultat d’une formation organisée par la Maison du Geste et de l’Image (MGI) et de la DANE de Paris. La cellule vidéo de l’académie peut intervenir dans vos établissements pour mettre en valeur une pratique pédagogique liée au numérique.

Pour toute question, vous pouvez contacter :

  1. Julien Fumey (coordinateur du GIPTIC FLS) : julien.fumey@ac-paris.fr
  2. Gaëlle Morois (IAN du GIPTIC FLS) : Gaelle-Andree.Morois@ac-paris.fr

Extrait de pia.ac-paris.fr du 30.06.22

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