> EDUCATION PRIORITAIRE (politique d’) > CARTE DE L’EP > Carte de l’EP (refonte 2023) > Repères pour la Carte de l’éducation prioritaire (1), par Marc Bablet (Ozp) : (...)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Repères pour la Carte de l’éducation prioritaire (1), par Marc Bablet (Ozp) : le rapport Mesliand de 1993-1994

8 novembre 2022

Repères pour la Carte de l’éducation prioritaire, par Marc Bablet (Ozp)

Suite à la publication de l’IPS, qui a relancé le débat sur la carte de l’éducation prioritaire, l’OZP choisit de consolider votre information en vous fournissant des repères.

 

1) Le rapport Mesliand (1993-1994)
Un rapport déjà ancien mais particulièrement marquant pour cette question

Le rapport Mesliand (1993) est un rapport sur la carte de l’éducation prioritaire peu connu (car pas diffusé à l’époque) mais porteur d’idées fortes sur beaucoup de sujets encore d’actualité. Ce rapport, qui ne sera pas cité par le rapport Moisan Simon de 1997 va en fait assez loin sur certaines questions et propose des points de vue forts qui ne furent vraiment suivis que lors de la refondation en 2015 et qui mériteraient de l’être encore tant ils sont aujourd’hui encore d’actualité. Quelques exemples :

A propos de la relance Jospin de 1988-1990 :
« Le terme de relance dit bien ce qu’il veut dire : la politique mise en œuvre en 1982 s’était, avec le temps effilochée, alors que les principes et objectifs qui l’avaient fondée n’avaient rien perdu de leur force et de leur pertinence. »
A propos du changement politique de 1986 :
« Cette année là, le principe de « discrimination positive » disparaît des critères recommandés aux recteurs dans la répartition de leurs moyens. Il y a peut être plus grave : le principe de libre choix par les familles de l’établissement scolaire, traduit en politique de « désectorisation » dans les collèges porte en lui inévitablement une discrimination négative »
Et le recteur appelle de son vœu des études pour vérifier si « nous ne sommes pas dans un processus d’identification socio-culturelle toujours plus typée de nos établissements scolaires ? » pour finir par conclure ce passage par « ce processus, qui peut aller jusqu’à l’établisssement ghetto, est il compatible avec une politique ZEP ? » Depuis lors de telles études ont eu lieu et ont confirmé les inquiétudes du recteur Mesliand. On le voit nettement avec la publication des IPS qui montrent un système clivé où le privé scolarise les plus favorisés tandis que le public scolarise les plus défavorisés.
Sur le besoin d’un pilotage national de la carte de l’éducation prioritaire pour éviter des disparités injustifiées :
« Comment ne pas voir les graves inconvénients de l’absence d’un pilotage national pour une opération de cette nature, touchant au principe d’égalité devant la réussite scolaire, dont l’importance stratégique est soulignée par l’importance des moyens qui lui sont affectés ? » et il plaide en conséquence pour que toutes les académies utilisent les mêmes indicateurs repérés par la DEP : CSP défavorisées, retards scolaires de deux ans et plus, proportion d’élèves étrangers. Et il dénonce le cloisonnement du système dont la « tradition individualiste et particulariste » met en cause le principe même de politique éducative à même de réduire les inégalités.
Sur le partenariat et le fait que la relance de 1988-1990 a lié EP et politique des DSQ :
« le partenariat présente bien des avantages, mais il a aussi ses contraintes » et notamment le fait que les ZEP ainsi définies n’ont pas laissé de place à l’engagement des enseignants tel qu’il existait lors des premiers projets de 1982. Mais aussi le fait que cela a contribué à étendre la carte de manière non maîtrisée : « On le voit, l’intégration des sites DSQ dans les ZEP intervenant après la mise en chantier et même parfois la réalisation de la carte des ZEP a été un facteur d’élargissement des ZEP et de diversification de leur profil. » Cela confirme qu’il y a lieu de traiter la question éducative selon des critères d’abord pertinents sur le plan éducatif comme l’IPS plutôt que selon des décisions politiques de signatures de contrats entre des collectivités locales et l’Etat.
Sur les ZEP rurales :
A propos de celles qui ont été développées en 1989, il dénonce la simplification qui consiste à prétendre qu’elles pourraient ressembler aux ZEP urbaines et il plaide pour une autre politique compte tenu du fait que « la caractéristique des conditions de l’activité scolaire dans le rural profond, c’est l’isolement géographique et plus encore culturel » et non les résultats scolaires à l’école et au collège. Et ceci afin de faire « ainsi disparaître un important facteur de disparité et de confusion ». Déjà à cette époque le recteur s’inscrit en faux contre le type de réponses donnés par le rapport Azema Mathiot qui laisse planer l’ambiguïté sur le rôle de l’éducation prioritaire dans le rural.
Sur la méthode et le pilotage national de la carte :
Et le recteur propose que sur la base des indicateurs ce soit le ministère qui fixe les seuils à l’intérieur desquels les recteurs et les inspecteurs d’académie devraient se tenir et c’est là « que commencera le travail propre des recteurs et des inspecteurs d’académie, que s’exercera, dans un cadre convenablement fixé, leur capacité d’initiative. » Il précise la démarche attendue de manière précise et récuse l’usage des résultats scolaires pour établir les cartes tant les résultats peuvent être tantôt le fait de la situation sociale tantôt le fait de la qualité de l’enseignement.
A propos de l’évaluation des ZEP :
Il plaide pour la prudence et pour son inscription dans la durée. Mais surtout il indique : « L’évaluation des actions du projet de ZEP doit donc être conçue comme une expertise et un conseil, accompagnant leur suivi. » et il plaide pour que l’on n’utilise pas les résultats scolaires pour faire sortir un établissement de ZEP car il ne faudrait pas pénaliser des établissements difficiles qui réussissent.
Sur la question des lycées :
« La présence d’établissements de second cycle est moins évidente, celle du lycée en particulier qui réalise un brassage de populations scolaires différentes. »

Et il conclut avec cette formule qui reste d’actualité aujourd’hui : 
« On le voit : s’attacher à réduire les disparités ne fera pas disparaître la diversité des situations, mais permettra d’inscrire les ZEP sur tout le territoire national dans une bien meilleure cohérence que ce qu’on observe actuellement »

 

file :///C :/Users/Utilisateur/Downloads/1993%20Rapport%20Mesliand%20concernant%20la%20carte%20de%20l’%C3%A9ducation%20prioritaire%20(3).pdf

Rapport intégral : Voir le Pdf ci-dessous

 

Note : Biographie de Claude Mesliand (source : Le Maitron)

Documents joints



  • PDF - 14.7 Mo

Répondre à cet article