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"Des ZEP aux Conventions Sciences Po" : intervention d’A. Van Zanten au colloque de Lyon II Condition(s) enseignantes, conditions pour enseigner"

12 janvier 2015 Version imprimable de cet article Version imprimable

Nous manquons d’études sur la façon dont les enseignants des lycées qui ont passé une convention avec Sciences-Po s’en sont approprié les finalités, d’autant que les conditions ont changé. Agnès van Zanten intervenait ce samedi 10 janvier au colloque organisé à Lyon-II*, "Condition(s) enseignantes, conditions pour enseigner" et couplé avec un hommage à Philippe Meirieu. La sociologue avait titré sa conférence "Les enseignants et l’égalité des chances, des ZEP (zones d’éducation prioritaire) au CEP (conventions éducation prioritaire)", lancées en 2002 par Richard Descoings, "une politique qui s’est institutionnalisée" et qui implique aujourd’hui 105 lycées.

Peut-on déjà établir un lien entre cette politique et celle qu’avait initiée au début des années 80 Alain Savary ? Si les objectifs présentent des similitudes, ils sont pourtant très différents en termes de ciblage, ce n’est pas le même niveau, d’instruments politiques, puisqu’il s’agit avec les CEP de partenariats, mais aussi de conception de l’égalité des chances. Agnès Van Zanten indique qu’une enquête est en cours, notamment auprès des proviseurs, sur les politiques d’ouverture sociale.

Les ZEP lancées sans réflexion préalable poussée
Mais elle rappelle au préalable que c’est dans les années 60 aux Etats-Unis, avec Kennedy et Johnson que l’on a vu émerger l’échec scolaire comme un problème social, et que les américains ont mis en place des politiques de compensation, qui ont été analysées très tôt en France, où leur "naïveté" a été dénoncée, ainsi que la vision très négative des familles qu’elles impliquaient. Elles avaient toutefois le mérite d’amener des enseignants militants dans des établissements défavorisés. La création des ZEP n’a pas pour autant été précédée d’une réflexion "très poussée" sur les liens entre discrimination positive et réussite scolaire. "Le flou a été entretenu dans la durée" et l’institution n’a pas favorisé le travail réflexif. Lorsque l’IREDU (l’institut de recherche en éducation de Dijon) a montré que dans les écoles de ZEP, les élèves des milieux populaires réussissaient mieux que les enfants des milieux favorisés, les résultats non pas été diffusés, "il ne fallait pas montrer un effet égalitariste".
D’autre part, le ministère avait choisi une politique territoriale, pour toucher le maximum d’élèves en difficulté sans stigmatiser des individus. Mais sans s’appuyer sur le territoire et sur ses dynamiques propres. Sans dire non plus aux enseignants s’ils devaient mettre en oeuvre une pédagogie spécifique ou si le simple fait de faire plus allait compenser les inégalités. Et si une pédagogie spécifique était mise en oeuvre, devait-elle bénéficier aux élèves défavorisés, ou être bénéfique à tous ?

Résultat, du fait de ce flou, sont apparus de gros écarts entre les établissements, et "faute de vision sur les objectifs, les enseignants se sont contentés des objectifs intermédiaires". Dans les enquêtes, ils évoquent souvent l’amélioration du climat scolaire, avec les élèves comme entre collègues, comme si "la dimension relationnelle devenait un but en soi", d’où "une suradapation" aux difficultés des élèves, "une logique humanitaire" se substituant à "une logique pédagogique". La rareté des travaux scientifiques sur l’éducation prioritaire a favorisé "les interprétation abusives", les enseignants ont été décrits comme des démagogues", et s’est développé "le sentiment qu’on était en train de sacrifier les bons élèves".

Les conventions dans un contexte de massification
C’est dans ce contexte que la massification a gagné l’enseignement supérieur, avec, comme dans les lycées, "les mêmes effets de ségrégation renforcés, de fermeture sociale" et une différenciation croissante entre les lycées, "ceux qui préparent au bac et ceux qui préparent à la prépa".
Or Sciences Po recrute à l’époque essentiellement dans les lycées parisiens, surtout privés, mais son statut spécifique - ce n’est pas une "grande école" -, lui permet de modifier ses règles de recrutement pour diversifier les publics. La réflexion est lancée. Ouvrir aux filières technologiques ? Non, trop risqué. La meilleure façon de trouver des lycéens, c’est d’aller dans les établissements, de s’adresser aux lycées plutôt qu’aux élèves. Ce sont d’ailleurs les établissements scolaires qui vont supporter l’effort de les préparer leurs élèves. Le rôle des enseignants est "à la fois ambitieux et flou". Que signifie préparer les élèves à cette forme d’enseignement supérieur ?

D’ailleurs, le nombre des lycées conventionnés augmentant, de 7 à 105, dans chacun d’entre eux le nombre des élèves susceptible d’intégrer sciences po diminue, un ou deux au maximum. L’enseignant doit-il tout miser sur ceux qui ont une chance, ou sur tous les élèves de l’atelier ? Dès lors, à quoi les prépare-t-il ? Et que dire des élèves qui, ayant intégré, ont ensuite échoué ? A noter que l’Etat s’est emparé du dispositif avec "le fourre-tout des cordées de la réussite". Il est normal que les politiques emblématiques soient "très floues" puisque les décideurs doivent trouver des compromis qui satisfassent toutes les parties, mais "sur le terrain, les acteurs sont démunis".

* Organisé par le laboratoire ECP (Education, cultures, politiques) et l’ISPEF (Institut des sciences et pratiques de l’éducation et de la formation)

Extrait de touteduc.fr du 10.01.15 : Education prioritaire, conventions sciences-po : quelle pédagogie pour ces dispositifs ? (A. Van Zanten)

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