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Ecole et élitisme, dossier de Carnets rouges, n°24, février 2022

21 février

Ecole et élitisme
Carnets rouges, n° 24, 54 p.

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Paul Devin
Editorial

Florian Gulli
La question des élites

Pierre Merle
L’élitisation du système éducatif
français. Fondements idéologiques et politiques scolaires.

Agnès van Zanten
Le double élitisme de l’école française

Jean-Yves Rochex
L’élitisme et l’égalité des chances contre la démocratisation

Paul Devin
Soft skills : pour l’école du bonheur et de la croissance !

Erwan Lehoux
Des officines marchandes au monde associatif : l’individualisation comme élitisme ?

Thierry Delcourt
Contraintes de norme et d’adaptation scolaire : une machine à fabriquer du handicap

Viviane Youx

Oral et compétences langagières : des choix inégalitaires

Jean Michel Barreau
L’élite masculine contre l’élite féminine. L’exemple de l’enseignement secondaire des jeunes filles sous la Troisième République

Romain Gény
Réforme du lycée : des inégalités sociales qui se maintiennent

Romuald Bodin Sophie Orange
Démocratisation des licences universitaires : les effets possiblement désenchanteurs de la secondarisation et de la mise en œuvre des « parcours accompagnés »

Entretien avec Annabelle Allouch

Entretien avec Marie-Aleth Grard

Propositions de lecture

 

EXTRAITS
Pierre Merle
L’élitisation du système éducatif français. Fondements idéologiques et politiques scolaires.

(pp 6-9)

[...] Conclusion
L’élitisation du système scolaire français n’est pas une fatalité mais le produit de politiques éducatives et sociales favorables aux catégories aisées. La construction de logements sociaux dans les quartiers des centres-villes, une offre pédagogique équivalente dans tous les collèges, le maintien de professeurs expérimentés dans les collèges de l’éducation prioritaire grâce à des primes attractives, la modification de la carte scolaire avec des secteurs plus larges, comprenant deux collèges de façon
à procéder à des affectations sources de mixité sociale (Grenet et al., 2021), un calcul des ressources des établissements, non au prorata du nombre d’élèves, mais en prenant en compte la proportion d’enfants d’origine défavorisée, etc. favoriseraient une répartition plus équitable des ressources éducatives et une égalité des chances particulièrement réduite dans l’école française.

 

Jean-Yves Rochex (pp. 13-15)
L’élitisme et l’égalité des chances contre la démocratisation
Au nom de la « diversification » et de « l’ouverture » du recrutement des « élites », mais aussi de la « personnalisation » des parcours scolaires, se met en œuvre depuis vingt ans une reconfiguration des politiques publiques d’éducation et de la politique d’éducation prioritaire, qui substitue à l’objectif de démocratisation une rhétorique de « l’égalité des chances » qui lui tourne le dos.

[...] La démocratisation n’est pas l’égalité des chances
On voit ainsi que non seulement l’idée d’égalité des chances est bien loin de rimer avec celle de démocratisation, mais qu’elle peut lui tourner résolument le dos. Il n’est dès lors pas inutile de rappeler la manière dont, il y a plus de soixante ans, Henri Wallon critiquait la conception méritocratique de la démocratisation scolaire, fondée sur l’idéologie d’égalité des chances, y compris en se démarquant de certaines formulations utilisées dans le plan qui porte son nom. « Il y a deux façons de concevoir l’enseignement démocratique. Il y a d’abord une façon individualiste qui paraît avoir prédominé dans la période d’entre les deux guerres : c’est de poser que tout homme, tout enfant, quelle que soit son origine sociale, doit pouvoir, s’il en a les mérites, arriver aux plus hautes situations, aux situations dirigeantes. (…) C’est en fait une conception qui reste individualiste en ce sens que, si les situations les plus belles sont données aux plus méritants, il n’y a pas, à tout prendre,
une élévation sensible du niveau culturel pour la masse du pays », écrivait-il en 1946, dans un article intitulé « L’Éducation nouvelle et la réforme de l’enseignement ». Pour les tenants d’une telle conception, « que l’effectif de la future élite se rétrécisse avec les années de scolarité n’est pas pris comme un signal d’alarme, comme la preuve d’un échec pédagogique, mais comme un fait fatal et naturel. Au lieu de s’en prendre aux méthodes et aux programmes, d’en chercher qui soient ajustés au but essentiel, à la scolarisation culturelle de toute la jeunesse, qui soient en rapport avec l’orientation actuelle de ses curiosités et de ses intérêts, la solution est cherchée dans des "enseignements courts", dans des enseignements réduits aux rudiments indispensables » ; « Ce n’est plus d’élites dirigeantes et profiteuses qu’il (est) question, mais de chacun dans la dignité de sa personne et de son rôle professionnel et social. (…). La justice scolaire c’est l’école travaillant à la révélation et à l’épanouissement de toutes les activités virtuelles qui peuvent se rencontrer chez un
enfant », poursuivait-il dans une préface de 1960 à la réédition du plan Langevin-Wallon. Ce qui requiert de repenser la culture scolaire comme principe de culture commune, bien au-delà de l’idée de socle minimum, en remettant en cause la hiérarchie sociale et de légitimité culturelle des différentes filières, disciplines et spécialisations, et des différents domaines d’activité.

Ainsi écrivait-il que, si « la triade théorie-technique-pratique paraît bien avoir des applications en pédagogie », ce ne doit pas être « comme principe de différenciation scolaire entre les enfants, mais bien au contraire comme une obligation d’organiser pour chacun d’eux toutes les formes possibles de leur activité » (Éducation et psychologie, 1961) pour aller à l’encontre de « cette mutilation de l’homme en Homo sapiens et Homo faber (qui) a longtemps pesé sur l’organisation de notre enseignement » (1945, La Réforme de l’Université, Enseignement et Culture). Rappel éminemment salutaire en cette période de très grande confusion politique et idéologique !

 

Le double élitisme de l’école française
Agnès van Zanten
(pp.)
Pour comprendre l’élitisme de l’école française, et son rôle dans le maintien des inégalités, il est utile de se pencher sur les différentes modalités qu’il épouse. Il est également important de saisir aussi bien les racines historiques de ce phénomène que les visages différents qu’il peut prendre au fil des évolutions sociales et de celles des institutions d’enseignement.

[...] Conclusion
Le système scolaire français se caractérise ainsi par un double élitisme : un élitisme revendiqué, fondé sur un principe de compétition méritocratique censé faire émerger les « meilleurs » mais doublement biaisé par l’association des contenus d’enseignement, des méthodes de transmission et des critères d’évaluation à la culture des groupes dominants et par l’action externe de ces mêmes groupes pour maintenir l’avantage de leurs enfants ; un élitisme fondé sur la séparation précoce, sur une base plus ouvertement sociale, d’un petit groupe d’« élus », devenu partiellement illégitime mais ayant pu se maintenir par l’adoption de modes formellement méritocratiques de cooptation et la délégation de sa construction aux établissements, aux élèves et aux parents.
Ce double élitisme joue un rôle essentiel dans la perpétuation voire l’accentuation des inégalités.
Il entretient aussi la défiance des exclus à l’égard du système d’enseignement et, par le même mouvement, du système social dont il est censé soutenir la légitimité.

 

Voir :
la sous-rubrique Excellence, Mérite, Compétition
les mots-clés Excellence, Mérite, Compétit. (gr 5)/

et Concepts et labels : Discrimin. positive, Educ. prior., Egalité des chances, Zone...

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